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RAPPORT DE TRAVAIL DU GROUPE A : INFRASTRUCTURES ET RÉSEAUX



Le 8 mars 2002

Le Gouvernement a annoncé un objectif ambitieux d'une couverture de l'ensemble de la population française par une offre d'accès aux réseaux à haut débit pour 2005. Diverses mesures ont d'ores et déjà été mises en place afin d'accélérer la pénétration de ces réseaux : le dégroupage de la boucle locale a ainsi été mis en œuvre en début d'année 2001 ; par ailleurs, la Caisse des Dépôts et Consignation s'est vu dotée d'un objectif d'investissement dans des projets de service et d'infrastructure ; enfin, le Réseau de Transport de l'Electricité (RTE) a été mobilisé pour permettre une ouverture d'artères à haut débit sur ses infrastructures. Conscient de la nécessité d'aller plus loin, le Gouvernement a demandé au Conseil Stratégique des Technologies de l'Information (CSTI) d'engager une réflexion sur la question et de lui faire des recommandations.

La question posée au groupe de travail du CSTI peut se formuler ainsi : comment permettre au plus grand nombre d'accéder rapidement aux services de données à haut débit en évitant la formation d'une " fracture numérique ", que celle-ci soit géographique ou sociale ?

- Le groupe a tout d'abord cherché à définir la notion de " haut débit ". Davantage qu'une caractérisation en termes techniques, il est apparu plus pertinent de définir le haut débit par ses attributs fonctionnels, notamment en ce qu'ils se différencient de l'accès Internet " classique ". Deux caractéristiques principales sont ainsi à prendre en compte : la permanence de la connexion et la capacité à transmettre des images animées avec une qualité acceptable (de type vidéo). Cette dernière caractéristique conduit à fixer la limite entre bas et haut débits aux environs de quelques centaines de kbit/s.

Il est apparu, notamment au travers des comparaisons internationales, que le groupe devait également aborder la question de l'accès aux réseaux à " très haut débit ". Ces services qui se déploient rapidement dans certains pays concernent des débits de plusieurs dizaines de Mbit/s accessibles directement chez l'abonné.

S'est ensuite posée la question de savoir à quelle partie du réseau il convenait de s'intéresser prioritairement : le réseau de transport, de collecte ou d'accès. Il est vite apparu que c'était au niveau de l'accès que se situait le goulot d'étranglement le plus important et que c'est au plus près des utilisateurs que devait se porter l'attention du groupe. La résolution du problème de l'accès entraînerait en effet des concentrations de trafic qui justifieraient économiquement les investissements nécessaires aux niveaux de la collecte et du transport.

- La question des populations visées par les travaux du groupe s'est ensuite posée. Trois types d'utilisateurs sont globalement à considérer. Les grandes entreprises, les petites et très petites entreprises et les particuliers. Un constat s'est imposé très rapidement : si les grandes entreprises sont très majoritairement déjà connectées aux réseaux à haut et très haut débit, les deux dernières populations souffrent encore de retards importants et c'est sur celles-ci que pèse le risque de fracture numérique. Il convient de noter que ces deux populations ont des besoins de nature sensiblement différente : les particuliers ont actuellement des besoins en bande passante asymétrique (voie descendante de plus grand débit que la voie montante) alors que les entreprises émettent autant qu'elles reçoivent.

Le document comprend sept parties :

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1. Quelques éléments de constat

A- Situation internationale.

Une première série de constats simples apparaît immédiatement de l'étude des situations comparées des pays de l'OCDE :

  • Si certains pays comme la Corée, la Suède et les Pays-Bas connaissent des taux de pénétration significatifs, la plupart des pays n'en sont encore qu'au décollage des offres de services à haut débit.

Pays DSL Câble FTTx Autres Total Pénétration
en %
(population)
% ménages
ayant accès
à Internet *
Corée 4205 2310 530 50 7096 15,15 51
Suède 200 78 199  
477
4,55
54
Etats-Unis 4500 5500   250 92500 3,30 41
Pays-Bas 105 336     441 2,75 48
Japon 525 967 1 1 1494 1,18 24**
Allemagne 780 165     945 1,14 32
France 177 200     377 0,61 20
Australie 27 85     112 0,59 40
Italie 300   15   315 0,48 24
RU 81 84     165 0,28 40

Chiffres exprimés en milliers.
source : OCDE (juin 2001) / IDATE juin 2001
* source OCDE octobre 2001
** : non compris accès i-mode

France : en octobre 2001, il y avait 6,2 millions abonnés à Internet.
Source ART : le chiffre d'affaires généré par Internet au second trimestre 2001 se monte à 292 M€ et le nombre d'abonnés à Internet augmente, pour le bas débit et le haut débit, respectivement de 25,4 % et 7,4 % par rapport au premier trimestre 2001.


  • Dans ce paysage, la France, bien que dans la moyenne européenne, connaît un retard d'équipement significatif par rapport aux pays les plus avancés.

    La plupart des Gouvernements des pays industrialisés ont engagé des programmes, très ambitieux pour certains, visant à généraliser l'accès aux réseaux à haut débit. Certains d'entre eux (Japon, Corée, Allemagne, Suède, Pays-Bas, …) ont prévu également une accélération des accès à " très haut débit ". Par exemple : le Japon a annoncé un programme visant à raccorder 10 millions de ménages en fibre optiques en 2005 et la Corée envisage 13 millions de ménages raccordés à très haut débit en 2005 tandis que l'Allemagne a lancé un programme " fibre optique pour tous. "


  • Le niveau des interventions publiques varie fortement d'un pays à l'autre, de même que les modalités d'action de chaque Etat. Cependant, il est à noter que la plupart des programmes d'actions gouvernementaux prévoient un accompagnement volontariste de la part du secteur public.



  • Le développement des services à haut débit est, dans la plupart des cas, d'autant plus rapide que la concurrence s'exerce sur les infrastructures. Cette concurrence peut s'exercer entre différents réseaux de télécommunications (cas de la Corée par exemple) ou bien entre des opérateurs d'infrastructures de nature différente (câble versus DSL dans le cas des Pays-Bas, par exemple).
  • B- Situation française.

    La France se caractérise par un déploiement du câble beaucoup plus faible que dans certains autres pays de même que par un faible niveau de concurrence sur les infrastructures de collecte ou d'accès.

    A ce jour, l'offre d'accès aux services à haut débit se segmente comme suit :

    Sur le marché résidentiel, les deux technologies présentes sont essentiellement :

    • Le câble qui couvre essentiellement les zones urbaines et peri-urbaines (aujourd'hui près de 8,5 millions de foyers sont raccordés et le nombre des foyers raccordables atteint 11 millions, soit près de la moitié des foyers français). Noos est leader sur le marché avec 30 % des abonnés au 30 septembre 2001 suivi par NC Numéricâble (27 %), France Télécom câble (18 %), UPC France (15 %) et de nombreux autres opérateurs. Le coût pour un foyer varie entre 190 F (pour une offre à 64 kbit/s) à 390 F par mois pour un accès à haut débit. Les opérateurs proposent généralement des offres groupées avec des services de télévision numérique.

    • L'ADSL qui dispose d'un potentiel plus important en terme de couverture puisque France Télécom prévoit que 70 % des foyers seront raccordables à la fin 2002. Wanadoo est le principal acteur sur le marché avec près de 85 % de parts de marché en mars 2001. Le coût total mensuel, y compris l'abonnement au fournisseur d'accès, est proche de 300 F par mois.

    Sur le marché professionnel, on retrouve :

    • Les technologies DSL via l'offre Netissimo 2 de France Télécom qui offre un accès 1 Mbit/s pour 500 F par mois. Le SDSL devrait également se développer rapidement dans la mesure où il propose des accès symétriques davantage adaptés aux besoins des professionnels.

    • La Boucle Locale Radio qui se déploie très progressivement permet des débits garantis et symétriques. Une gamme complète d'offres et de tarifs (de 300 F pour un service analogue à l'ADSL à 12 000 F pour un accès Internet à 2 Mbit/s) existe en fonction du débit avec notamment la possibilité d'interconnecter des sites à 2 Mbit/s.

    • Ces technologies sont en concurrence directe avec les services de liaisons louées.

    C- Une accélération de la pénétration du haut débit en France passe par une politique ambitieuse.


    Plusieurs évolutions en cours vont conduire à une accélération de la pénétration de l'accès aux réseaux à haut débit dans les mois qui viennent :

    • Un grand nombre de projets d'infrastructure de transport et de collecte voit le jour, notamment grâce au soutien des collectivités locales. Ces nouvelles artères permettront un meilleur acheminement du trafic, essentiellement sur fibre optique, vers des zones aujourd'hui mal desservies.

    • Le déploiement d'une infrastructure alternative sur le RTE deviendra effectif à compter de 2002.

    • Le dégroupage de la boucle locale devrait prendre son essor en 2002, accélérant ainsi potentiellement la concurrence sur l'offre d'accès ADSL.

    • Le déploiement volontariste de France Télécom d'une offre ADSL sur le territoire français va permettre une accélération de la pénétration de cette technologie tant auprès des professionnels que du grand public.

    Le CSTI considère toutefois que les conditions ne sont pas encore réunies pour que l'objectif annoncé par le Gouvernement soit atteint en 2005. La situation française comparée à certains autres pays plus avancés milite en effet pour une action qui ne se repose pas uniquement sur les tendances actuelles. S'ajoutent d'autres facteurs particuliers, notamment :

    • Les tarifs d'accès demeurent encore élevés pour une grande partie de la population. L'accélération de la concurrence, ainsi qu'une plus grande diversité des offres devraient être promues afin d'engager une véritable baisse des tarifs d'accès. Il apparaît en effet que, dans les conditions actuelles du dégroupage, la concurrence ne pourra rester qu'un niveau marginal sur le marché résidentiel.

    • Les moyens financiers mis en place par l'intermédiaire de la Caisse des Dépôts ne permettront probablement pas de couvrir les zones à trop faible densité même si elle a vocation à investir dans des zones à rentabilité " différée " avec un retour sur investissement qui n'est pas celui du marché. L'établissement travaille à l'heure actuelle sur des montages de partenariats publics-privés associant notamment une démarche de subventionnement avec celle d'investisseur public.

    • La faiblesse relative des débits accessibles pour le grand public, l'absence de contenus véritablement innovants et attractifs dédiés aux hauts débits et la pénétration faible des terminaux d'accès constituent autant de facteurs qui limiteront l'intérêt de la population pour des connexions aux réseaux à haut débit. Une réflexion doit ainsi être menée pour augmenter les débits disponibles, pour accroître le parc des terminaux et promouvoir des services et des contenus attractifs.

    Le CSTI considère ainsi que :

    • La France doit se doter d'une politique ambitieuse et volontariste visant à généraliser rapidement l'accès aux réseaux et services à haut débit. Un programme complet doit être développé rapidement afin de mobiliser et fédérer les initiatives des administrations, des collectivités locales et des entreprises du secteur privé.

    • Ce programme doit cibler en priorité les PME et les particuliers.

    • A court terme, le CSTI préconise une démarche articulée sur les principes suivants :

      - il convient de créer les conditions d'une plus grande concurrence sur les marchés des PME et du grand public dans les zones où la présence de plusieurs opérateurs peut se justifier économiquement (appelées zones 1 dans ce rapport) ;

      - il convient dans le même temps de réduire le périmètre géographique des zones où seul, aujourd'hui, l'opérateur historique a la possibilité économique d'offrir un service d'accès à haut débit (zones 2). Cet objectif doit être atteint en facilitant les conditions d'accès au marché pour les opérateurs alternatifs ;

      - il faut élaborer les modalités d'un financement public permettant d'assurer la couverture des zones géographiques où aucun opérateur ne trouve un intérêt économique à offrir un accès à haut débit dans des conditions aujourd'hui abordables (zones 3) ;

      - enfin, des technologies alternatives doivent être proposées dans les zones où les technologies actuelles (câble, ADSL) ne peuvent être déployées pour des raisons de limitation technique (zones 4).

    • La France doit se doter d'une politique ambitieuse et volontariste visant à généraliser rapidement l'accès aux réseaux et services à haut débit. Un programme complet doit être développé rapidement afin de mobiliser et fédérer les initiatives des administrations, des collectivités locales et des entreprises du secteur privé.

    • La France doit se doter d'une politique ambitieuse et volontariste visant à généraliser rapidement l'accès aux réseaux et services à haut débit. Un programme complet doit être développé rapidement afin de mobiliser et fédérer les initiatives des administrations, des collectivités locales et des entreprises du secteur privé.

    De façon générale, même si une part d'investissement public est nécessaire pour accélérer le déploiement des infrastructures à haut débit et pour éviter une répartition inégale sur le territoire, le moteur de la concurrence reste le meilleur garant de l'émergence d'une offre diversifiée, de qualité et accessible à des prix permettant la pénétration la plus grande.

    • En complément de ces objectifs de court terme sur les accès à haut débit, le Gouvernement devrait définir une politique volontariste favorisant le déploiement des services à très haut débit sur le plus long terme.

    A l'échelle européenne, la question de l'accès aux réseaux à haut débit ne fait pas encore l'objet d'une politique spécifique (le service universel, notamment, n'inclut pas ce type de services). Il serait sans doute souhaitable qu'une démarche commune des Etats de l'Union européenne soit mise en place afin d'amplifier, sur une échelle plus large, les politiques nationales en la matière.

    Au-delà de l'objectif d'un développement du haut débit en Europe, il apparaît de plus en plus un besoin d'harmonisation des pratiques nationales à l'échelle européenne. Les conditions de l'intervention publique marquent en effet des disparités substantielles dans les pays de l'Union. Ce qui est autorisé dans l'un peut être interdit dans l'autre créant ainsi des inégalités de traitement à la fois pour les utilisateurs et les acteurs du marché. Il convient de réfléchir à une action coordonnée dans ce domaine entre la politique européenne régionale et celle qui est en charge du développement de la société de l'information.

    Le CSTI recommande que la France profite de la mise en place d'un programme ambitieux d'accès au haut débit à l'échelle nationale pour proposer, à l'occasion par exemple d'un prochain sommet européen, l'ouverture d'un programme d'actions européen sur le déploiement du haut débit en Europe. Ce programme devrait entre autres choses aborder les aspects relatifs à la recherche concernant les technologies et les usages, au cadre réglementaire, ainsi qu'à la politique d'aménagement du territoire de l'Union européenne.

     

    2. Les différentes technologies d'accès

    Le groupe de travail a examiné les différentes technologies existantes pour la boucle locale. L'objectif de cette étude était double : il s'agissait en premier lieu d'identifier des technologies pouvant être privilégiées en vue d'augmenter la concurrence sur les services à haut débit " de masse " ; il fallait également rechercher des méthodes d'accès spécifiquement adaptées à certaines zones géographiques (rurales et montagneuses) de sorte à pallier le risque de fracture numérique géographique.

    2.1. Les technologies xDSL

    Les technologies xDSL présentent certaines limitations :

    • économiques : elles supposent la présence chez l'abonné d'un modem spécifique ;

    • techniques dès lors que la qualité des lignes de cuivre ne permet pas la transmission à haut débit ou que la distance de l'abonné au premier répartiteur est trop importante. Cette limite technique n'interviendra que sur une fraction limitée des ménages français (5 à 10 % selon France Télécom). Cette proportion pourra encore être réduite de façon significative au moyen de petites configurations de DSLAM disposées en extérieur, à moins de 3,5 km de l'usager ;

    • réglementaires : les boucles locales de cuivre appartiennent et sont exploitées majoritairement par l'opérateur historique, ce qui limite l'accès de la concurrence à ces technologies.

    Les techniques de ADSL et HDSL sont d'ores et déjà matures et permettent des débits de quelques centaines de kbit/s à quelques Mbit/s.

    Les technologies SDSL (accès symétrique, c'est-à-dire offrant le même débit dans les deux sens) sont davantage destinées aux PME car elles permettent de constituer des liaisons semi-permanentes semblables à des liaisons louées.

    Le VDSL offre des débits supérieurs (quelques dizaines de Mbit/s) mais sur des distances beaucoup plus courtes. Cette technologie prometteuse viendra probablement en complément d'accès par fibre optique (FTTC et FTTB).

    L'accès xDSL sera l'objet de la partie 3.

    2.2. Le Câble

    Initialement destiné à la diffusion audiovisuelle, le câble permet aujourd'hui la transmission bilatérale de données à haut débit, voire à très haut débit. C'est le déploiement des technologies hybrides HFC (fibre + coaxial) associé à l'apparition de normes pour les modems (DOCSIS et DVB) qui ont permis cette mutation technologique.

    Le câble constitue une alternative crédible aux technologies xDSL, mais uniquement limitée aux zones couvertes par les réseaux câblés. Force est de constater que, dans les pays fortement câblés, cette alternative s'est avérée un aiguillon puissant pour le développement des accès à haut débit.

    En France, l'option offerte par le câble est restreinte aux grandes agglomérations. Cette technologie constitue un vecteur de déploiement des services à haut débit sur une partie seulement du territoire. Elle contribue néanmoins positivement au démarrage du haut débit, car elle constitue aujourd'hui la seule alternative aux infrastructures d'accès de l'opérateur historique de télécommunications. Son usage devrait pouvoir être étendu et son rôle " d'aiguillon de la concurrence " ne doit pas être sous-estimé. L'ouverture de cette infrastructure à une plus grande diversité de services devra sans doute être envisagée.

    Par ailleurs les technologies d'accès par radiofréquences (à 40 GHz notamment) peuvent permettre d'étendre le périmètre géographique des réseaux câblés tout en limitant les investissements pour les câblo-opérateurs. Il peut résulter de ce mode d'extension des possibilités en matière de haut débit.

    2.3. Le satellite

    Les technologies satellitaires sont les seules capables d'atteindre un point quelconque si isolé soit-il. Elles souffraient, toutefois, pour les applications liées à l'Internet, de l'absence d'une voie de retour simple à mettre en œuvre (souvent la ligne téléphonique devait être utilisée en complément du satellite). Il existe désormais des solutions de communications à haut débit bidirectionnelles asymétriques pouvant répondre aux besoins des particuliers.

    Le coût des terminaux correspondants reste cependant encore élevé et le satellite sera probablement réservé à des zones à faible densité où tout autre accès est techniquement difficile ou économiquement non viable. En outre, les caractéristiques particulières du satellite (multi-diffusion) peuvent s'avérer adaptées pour des usages particuliers.

    Par ailleurs, des offres de liaisons symétriques destinées aux PME sont actuellement disponibles et restent d'actualité (VSAT).

    Le CSTI recommande que, dans une perspective d'aménagement du territoire, les pouvoirs publics étudient la mise à disposition de segments spatiaux pour l'accès à haut débit dans des zones faiblement peuplées et difficilement accessibles par des moyens d'accès moins coûteux (boucle locale radio notamment).

    Il recommande également que
    - le développement de terminaux non-propriétaires bidirectionnels soit soutenu ;
    - les conditions réglementaires et financières de l'émergence en Europe d'une offre de services Internet par satellites, en particulier avec les fournisseurs de programmes télévision par satellites, soient explorées.

    2.4. La fibre optique

    La fibre optique (FITL : fiber in the loop) permet d'envisager des boucles locales à très haute capacité et au rayon de couverture étendu. Des développements récents ont permis l'émergence de technologies en arbres optiques passifs (Passive Optical Networks) réduisant la nécessité de recourir à des installations électriques le long de l'infrastructure, permettant ainsi une baisse importante des coûts.

    Plusieurs types de configurations sont envisageables :
    - FTTH (fiber to the home) : la fibre optique dessert directement les utilisateurs.
    - FTTB (fiber to the building/to the business) : la fibre optique dessert le bas des immeubles.
    - FTTC (fiber to the curb) : la fibre optique s'arrête au dernier répartiteur.

    Dans les deux derniers cas, une technologie différente doit être employée pour effectuer la distribution jusqu'à l'utilisateur final (radio, xDSL, fibre plastique).

    La partie 4 sera consacrée spécifiquement à la fibre optique.

    2.5. Les technologies radio

    En théorie, la boucle locale radio offre aux opérateurs alternatifs le moyen le plus efficace pour s'affranchir des infrastructures de l'opérateur historique. Trois bandes de fréquences sont à ce jour principalement dédiées à cette technologie (MMDS : 2-3 GHz ; LMDS : 26 GHz et 40 GHz) auxquelles il faut ajouter la bande 1880-1900 MHz mettant en œuvre la technologie DECT.

    Deux obstacles importants semblent toutefois limiter la possibilité d'une pénétration importante de ces technologies sur le marché grand public.
    - En haute fréquence, les terminaux des utilisateurs doivent se trouver en visibilité directe par rapport à la station de base. Cette contrainte topologique peut limiter de façon importante le nombre d'utilisateurs qu'il est possible de capter dans chaque cellule et, ainsi, la capacité, pour les opérateurs, de rentabiliser leurs investissements. Cependant, cette contrainte de visibilité directe est fortement relâchée à 3,5 GHz puisqu'elle n'est, dans ce cas, pas indispensable. De plus, la portée est limitée.
    - Les raccordements d'abonnés restent onéreux compte tenu du coût élevé des équipements et de la nécessité d'installer chez l'utilisateur final une antenne couplée à un émetteur/récepteur.

    De cette dernière contrainte, il résulte que le marché visé en priorité est celui des PME. La boucle locale radio peut également être envisagée dans des zones particulières (zones rurales à 3,5 GHz, zones à forte densité dans les fréquences plus élevées) ou bien en complément des réseaux câblés ou des accès par fibre optique.

    Les technologies BLR ne constituent donc pas la solution universelle pour le raccordement aux réseaux à haut débit. Elles peuvent toutefois être adaptées en complément des technologies filaires sur certaines zones géographiques ou pour certaines catégories d'utilisateurs (PME par exemple).

    De nouvelles perspectives sont offertes de par les évolutions techniques en cours des technologies radio. Ces évolutions devraient permettent d'envisager leur déploiement dans de meilleures conditions techniques ou économiques.

    Malgré un démarrage difficile en France, les technologies radio constituent une alternative qui permet de s'affranchir des infrastructures d'accès existantes. Pour cette raison, le CSTI considère qu'il conviendrait d'examiner les moyens de relancer le déploiement de cette technologie. Il est possible d'envisager des améliorations dans plusieurs directions :

    - L'optimisation de l'utilisation du spectre doit être poursuivie : les fréquences laissées en " jachère " par les opérateurs disposant de licences non exploitées devraient notamment être redistribuées.

    - L'examen des contraintes spectrales qui limitent aujourd'hui la bande de fréquence utilisable à 3,5 GHz. L'élargissement de cette bande faciliterait la mise en œuvre d'une solution d'accès à haut débit pour les zones peu denses (rurales) et non couvertes par des solutions filaires (DSL, câble). Par ailleurs, dans l'optique d'accroître la concurrence et donc de réduire le coût des terminaux, il conviendrait de poursuivre les efforts de normalisations engagés sur cette technologie.

    - En parallèle, la conduite d'études et d'expérimentations en milieu rural afin de valider l'utilisation des fréquences à 3,5 GHz associées à diverses technologies pour accéder aux populations non couvertes (zone 4) et proposer cette solution comme une alternative. De manière plus générale, l'encadrement réglementaire de l'utilisation de cette bande de fréquence pourrait être réexaminé afin d'en permettre un usage plus large dans les zones faiblement peuplées.

    - Les expérimentations à 40 GHz devraient être poursuivies afin de vérifier si cette technologie peut constituer un moyen économiquement et techniquement approprié pour étendre la couverture des réseaux câblés.

    - La réduction du coût des stations radio : des travaux de R&D devraient être menés dans ce sens.

    Plus généralement, le CSTI considère que les techniques radio constituent une alternative potentiellement importante dans le cadre de la couverture des zones 3 et 4. Ainsi, il est probable que les conditions d'exclusivité régissant actuellement les licences constituent un frein au déploiement de la BLR dans ces zones. Un assouplissement de ces conditions pourrait être proposé le cas échéant.

    Les technologies radio peuvent être également utilisées dans le cadre de réseaux locaux à haut débit pour couvrir un bâtiment ou une zone géographique réduite. Ces technologies à haut débit utilisent des fréquences à 2,4 GHz ou à 5 GHz et sont maintenant normalisées à l'échelle internationale (802.11a, HYPERLAN, 802.11b).

    Ce type de réseaux peut couvrir des besoins de communication à domicile ou au sein des entreprises, mais elles peuvent aussi compléter des accès filaires (fibres optiques) pour accéder aux utilisateurs finaux depuis un point de raccordement situé au pied des bâtiments (architectures de type WIFI ; bande des 2,4 GHz, aujourd'hui non autorisée en France, mais dont il conviendrait d'organiser et d'accompagner la réglementation). Elles constituent ainsi des solutions potentiellement économiques pour pénétrer chez les utilisateurs sans avoir à effectuer de nouveaux câblages ou de s'en remettre aux infrastructures existantes.

    Le CSTI recommande qu'en complément de l'enquête engagée par l'ART, une analyse rapide soit menée sur les conditions d'utilisation tant techniques que réglementaires de ces fréquences de sorte que leur usage puisse être étendu à l'accès aux réseaux à haut et très haut débits.

    Des expérimentations en vraie grandeur devraient en parallèle être menées sur l'utilisation de ces réseaux et de ces nouveaux modes d'accès.

    2.6. Le réseau électrique

    L'utilisation du réseau électrique de distribution pour acheminer des données à haut débit offrirait également une alternative à l'utilisation des infrastructures de l'opérateur historique. La faisabilité d'un tel déploiement se heurte aujourd'hui à divers obstacles :

    - Juridiquement, le principe de spécialité défini par la loi limite les capacités d'intervention d'EDF à la distribution d'électricité.

    - Le nombre d'utilisateurs accessibles au niveau d'une station centrale serait réduit compte tenu de la topologie du réseau de distribution d'EDF.

    - Le débit accessible par utilisateur est, semble-t-il, limité.

    Tout en reconnaissant l'existence de ces limitations, le CSTI estime que la possibilité d'un accès à haut débit par le réseau électrique devrait être validée. Le CSTI préconise que deux types d'actions soient conduits en parallèle :

    • Une étude approfondie des capacités réelles de cette technologie et de sa viabilité économique en prenant en compte les expériences étrangères (échec au Royaume-Uni, reprise des essais en Allemagne) et les expérimentations françaises en cours (Alsace).

    • Des dérogations au principe de spécialité pourraient être autorisées pour effectuer des expérimentations sur le terrain et permettre à EDF de tester différentes solutions techniques avant d'engager des actions plus pérennes.

    2.7. La télévision numérique terrestre

    La numérisation de la distribution de la télévision par voie hertzienne va donner naissance à un réseau numérique à large bande capable de pénétrer dans la quasi-totalité des foyers. Des services interactifs à haut débit pourraient être associés aux programmes de télévision. Cette perspective se heurte toutefois à des difficultés importantes :

    - La bande passante totale reste assez réduite par rapport au câble et au satellite.

    - La réglementation française privilégie les programmes audiovisuels vis-à-vis des services interactifs.

    - A court terme, la mise en place d'une voie de retour suppose l'utilisation du réseau filaire (DSL). A plus long terme, une voie de retour hertzienne pourrait être envisagée, même si pour l'instant, cette solution reste à l'état de prototype.

    - Enfin, la pénétration de la télévision numérique de terre sera progressive pendant les 5 à 10 prochaines années.

    La télévision numérique hertzienne offre peu de perspective pour accélérer à court terme l'accès aux réseaux à haut débit en France.

    2.8 . Les technologies plus lointaines

    Certaines alternatives plus prospectives ont été examinées :

    - plates-formes en haute altitude (ballons, avions télécommandés) ;
    - boucles locales laser.

    Ces technologies sont à l'état expérimental, mais peuvent, à terme, offrir des alternatives prometteuses.

    De manière générale, le CSTI recommande d'engager plusieurs programmes de recherche visant à améliorer les performances des technologies matures (BLR, fibres optiques, réseaux Ethernet (E-DSL), réseaux locaux sans fil (802.11), …) et à étudier des alternatives plus futuristes.

    Compte tenu de l'importance des technologies xDSL, il conviendrait d'engager des travaux de recherche afin de déterminer les débits maximaux que permettront d'atteindre ces techniques.

    Un tel programme de recherche sur les hauts débits devrait être fédéré à l'échelle nationale, voire européenne, en s'appuyant sur les compétences des organismes de recherche et des industriels.

     

    3. Accélérer la pénétration de l'accès aux technologies à haut débit

    Le déploiement de l'accès haut débit doit se fonder sur une démarche indépendante de la technologie, néanmoins la première partie est essentiellement consacrée à l'accès xDSL, aucune autre technologie n'offrant aujourd'hui une alternative crédible permettant de réduire le coût d'accès aux services à haut débit sur l'ensemble du territoire français.

    Les recommandations proposées dans cette partie relèvent en partie de la politique de régulation pilotée par l'Autorité de Régulation des Télécommunications (ART). Il reviendra à cette institution de statuer au final sur les mesures qu'il conviendra de prendre. Celles-ci ne pourront être décidées qu'à l'issue d'une concertation entre les opérateurs alternatifs et l'opérateur historique, concertation qui ne peut, par nature, trouver son cadre au sein du CSTI. Ces recommandations doivent donc être considérées comme un apport aux débats en cours.

    3.1 . Vers une baisse des prix d'accès

    La question traitée ici sera celle des marchés sur lesquels la rentabilité attendue justifie la présence de plusieurs opérateurs (zones 1 définies page 6). La question connexe des zones de faible rentabilité (notamment les zones peu denses) et des zones non " ADSLisables " sera traitée au paragraphe 3.2.

    La technologie DSL représente, pour la majorité des usagers français, la meilleure possibilité d'accès aux services Internet haut débit, voire à des Canaux vidéo (70 % des lignes téléphoniques devraient être " équipables " d'ici la fin 2002). Après un démarrage difficile, l'ADSL se déploie d'ailleurs rapidement en France : le nombre d'abonnés à la fin 2001 est de 400 000.

    Le tarif pratiqué en France, bien que comparable à celui pratiqué dans les pays voisins se situe à un niveau qui ne semble pas permettre la diffusion massive et rapide du haut débit dans les ménages. La baisse de ce prix d'accès pourrait être accélérée grâce à une montée en puissance de la concurrence sur le marché du DSL et l'entrée d'opérateurs alternatifs sur une plus grande partie du territoire.

    La technologie du DSL permet une offre Internet haut débit sur la paire de cuivre du réseau téléphonique classique moyennant l'installation d'un modem chez l'abonné et d'équipements spécifiques (DSLAM) au niveau du répartiteur de l'abonné. Le " dégroupage ", effectif en France depuis le 1er janvier 2001, permet aux opérateurs alternatifs d'offrir leurs propres services DSL sur la boucle locale de France Télécom.

    Force est de constater que le dégroupage n'a, dans aucun pays, permis à ce jour aux opérateurs alternatifs de conquérir une part importante du marché DSL. Un rapport de la Federal Communications Commission du 6 février 2002 sur la disponibilité du haut débit aux Etats-Unis indique que dans ce pays, où le dégroupage a été introduit dans la législation dès 1996, 93 % des accès DSL sont fournis par les opérateurs historiques et 7 % seulement par les opérateurs alternatifs.

    Compte tenu des tarifs du dégroupage qui réglementairement sont " orientés vers les coûts correspondants ", on peut penser que, dès lors que la baisse de ces coûts ne serait pas suffisamment rapide, le dégroupage ne se développera réellement que lorsqu'il permettra aux opérateurs alternatifs de rentabiliser cette charge en proposant d'autres services que l'Internet haut débit : par exemple la voix sur DSL et la vidéo. A ce moment-là, le dégroupage sera susceptible de jouer effectivement un rôle de stimulation de l'offre par le développement de la concurrence. Ceci peut prendre encore un ou deux ans. Il convient donc d'envisager des mesures transitoires.

    1 - L'objectif de l'émergence d'une concurrence effective sur le marché des particuliers devrait notamment être retenu.

    L'évolution tendancielle des coûts des matériels et réseaux aura pour effet indirect une baisse corrélative des tarifs.

    En complément, le CSTI estime qu'une baisse temporaire des tarifs du dégroupage en dessous des coûts permettrait au dégroupage d'amorcer rapidement un élargissement du périmètre de la concurrence, tant en termes géographiques qu'en termes de population accessible.

    Il est souhaitable que les pouvoirs publics, en liaison avec l'Autorité de Régulation des Télécommunications (ART), identifient les leviers les plus efficaces et les moins déstabilisateurs pour l'opérateur historique.

    2 - Parallèlement à cette baisse temporaire destinée à faire décoller le marché, une visibilité pluriannuelle des conditions du dégroupage devrait être donnée aux opérateurs alternatifs. En effet, seule une prévisibilité des conditions du dégroupage peut permettre de justifier des investissements dont la rentabilité ne se conçoit que sur des périodes longues.

    3.2 . L'investissement public dans les infrastructures

    Au-delà d'une amélioration des conditions concurrentielles sur les offres d'accès, les pouvoirs publics peuvent agir par une aide à l'investissement dans des infrastructures partagées et ouvertes aux différents opérateurs.

    En effet, une amélioration des conditions de dégroupage ne permettra que de stimuler la concurrence dans les zones à fort potentiel, tout en réduisant la taille des zones où seul France Télécom peut trouver un intérêt d'offrir le service. Mais à court terme, et dans l'état actuel de la législation, seule l'aide des pouvoirs publics permettra une couverture des zones où aucun opérateur ne peut trouver les conditions d'un marché rentable.

    C'est ainsi que les collectivités locales se sont vues attribuer le droit de procéder à des investissements dans les infrastructures. Dans le même esprit, le CIADT de juillet 2001 a demandé à la Caisse des Dépôts et Consignations d'allouer sur fonds propres 228 M€ sur 5 ans et d'accorder des prêts à taux préférentiels sur 30 ans d'un montant cumulé de 1 524 M€ sur 5 ans dans des projets d'infrastructures et de services de télécommunication.

    Les pouvoirs publics devraient accompagner ces développements en définissant une stratégie à l'échelle nationale permettant d'atteindre les objectifs d'aménagement du territoire tout en veillant à la bonne utilisation des investissements publics.

    A ce propos, il convient de signaler la consultation publique entreprise par le Premier ministre sur la mise en œuvre du droit d'intervention des collectivités locales en matière d'infrastructures de télécommunications (6 février - 6 mars 2002).

    • Trois niveaux d'analyse sont à prendre en compte :

    - l'interconnexion entre les réseaux " longue distance " au plus près des territoires à desservir ;

    - la mise en œuvre d'une infrastructure de collecte sur les territoires concernés ;

    - la mise en œuvre de solutions permettant une couverture complète au niveau de la boucle locale.

    Même si le problème majeur se situe au niveau de l'accès, il convient de s'assurer que les réseaux " longue distance " et de collecte permettent d'acheminer le trafic dans des conditions économiquement acceptables pour une diversité d'opérateurs.

    3.2.1. Actions aux niveaux des réseaux " longue distance " et de collecte.

    Toute politique publique conduisant à des investissements au niveau de la boucle locale dans les zones où le marché ne permettra pas d'atteindre une couverture complète doit se préoccuper en parallèle de la desserte de ces zones et de leurs raccordements aux réseaux " longue distance ". En effet, ces infrastructures financées par la collectivité doivent s'ouvrir à tous les opérateurs désireux d'exploiter un service dans ces zones. Il ne doit donc pas y avoir de " goulot d'étranglement " au niveau de la desserte qui doit symétriquement permettre cette pluralité. Cette nécessaire diversité ne doit pas pour autant conduire à une duplication des investissements là où le trafic ne le justifie pas.

    Deux problèmes potentiels doivent être résolus.

    a- Il convient d'une part de s'assurer de l'existence de " points de présence " des réseaux " longue distance " afin d'assurer l'entrée et la sortie du trafic à un niveau assez fin du territoire. Il existe en général un point de raccordement de ce type au niveau de chaque région ce qui ne permet pas aujourd'hui un accès économiquement viable pour des réseaux de collecte souvent structurés à l'échelle des départements ou des agglomérations. Ainsi l'objectif d'une offre diversifiée d'interconnexion aux réseaux " longue distance " au niveau départemental devrait être retenu.

    b- Il faut d'autre part palier l'insuffisance des réseaux de collecte dans certaines zones peu denses du territoire. Dans ce domaine, l'action des pouvoirs publics, et tout particulièrement des collectivités locales, a largement commencé à se faire sentir. Différents types de montage ont vu le jour présentant des degrés variables de dépendance vis-à-vis de l'opérateur historique.

    L'action des pouvoirs publics (Etat et collectivités locales) devrait, dans ce domaine se fixer l'objectif d'une couverture des zones non couvertes par des réseaux de collectes de capacité suffisante. Ces investissements publics dans des infrastructures de collectes doivent promouvoir un accès équitable aux zones ainsi couvertes tout en évitant une duplication injustifiée des infrastructures.

    Deux types de montage sont à considérer :

    1 - là où les collectivités cherchent à compléter les infrastructures existantes (celles principalement de France Télécom) en proposant de mailler là où nécessaire les réseaux optiques de desserte. Cette hypothèse est la moins coûteuse, puisque, par construction, elle ne conduit à aucune redondance de réseaux. Elle devrait toutefois être assortie de conditions qui permettent à la collectivité de mettre le réseau de collecte à la disposition des opérateurs concurrents afin d'éviter la création d'un monopole sur une partie du réseau financée en partie par la puissance publique. L'opérateur déjà présent sur le territoire considéré devrait notamment être obligé de permettre, dans des conditions acceptables, l'usage de ses capacités par des opérateurs tiers pour permettre à ceux-ci d'accéder aux infrastructures d'accès financées par les pouvoirs publics.

    2 - là où les collectivités engagent un programme de construction globale d'une infrastructure neutre et ouverte. Ce schéma est plus coûteux mais a le mérite d'être plus lisible et plus simple à mettre en œuvre. Il évite de surcroît toute dépendance vis-à-vis d'un opérateur déjà partiellement présent. Il devrait néanmoins n'être privilégié que dans les cas où un partage des infrastructures existantes s'avère impossible. L'usage du RTE (voir partie 7) permettra probablement de générer des économies substantielles sur ce type de projets.

    Tout en reconnaissant la nécessité d'adapter la forme des montages à mettre en œuvre aux caractéristiques locales, le CSTI estime que des principes généraux devraient être établis au niveau national de sorte à ce que les collectivités locales puissent se reposer sur des lignes directrices communes en matière d'investissement dans les réseaux de collecte dans les zones nécessitant un accompagnement des pouvoirs publics.

    Ces " lignes directrices " devraient être définies en liaison avec l'ART et porter sur la stratégie locale d'investissement dans ce type d'infrastructure de même que sur les conditions juridiques et réglementaires encadrant l'exploitation de ces réseaux (on peut par exemple s'interroger sur l'interdiction qui est faite aujourd'hui aux collectivités locales d'adopter le statut d'opérateur dans le cas où celles-ci investiraient dans des réseaux complets).

    Les projets locaux pourraient ainsi s'inscrire dans le cadre de " schémas directeurs de la desserte à haut débit ". Les contrats de plan Etat - Régions pourraient servir de support à la déclinaison régionale d'une telle stratégie.

    3.2.2. Investissements au niveau de l'accès

    Il s'agit du maillon le plus sensible et le plus important dans l'action publique.

    Nous le distinguons sur le plan de la méthode même si les processus proposés doivent, dans certains cas, être mis en œuvre en synergie avec ceux décrits ci-dessus pour les réseaux de collecte.

    En effet, c'est ici que la question relative aux zones de type 3 et 4 devient particulièrement déterminante. Dans les zones 1 et 2, la collectivité peut se contenter de limiter ses interventions à l'interconnexion des grandes agglomérations avec les réseaux longues distances et à la mise en œuvre de réseaux de collecte satisfaisants.

    Pour les zones 3 et 4, l'intervention publique sur la boucle locale apparaît comme le seul recours à moyen terme pour disposer d'une offre innovante sur les réseaux terrestres (l'alternative reste l'offre satellite dont la nature des services et les modalités tarifaires ne sont pas comparables aux réseaux terrestres, même si leur apport est incontestable dans les zones les plus isolées).

    Afin de limiter l'ampleur de l'investissement public et d'éviter de perturber le jeu normal de la concurrence, il convient en premier lieu de définir une méthode permettant d'identifier les zones où seule l'intervention des pouvoirs publics peut permettre l'existence d'une offre d'accès à haut débit.
    • Détermination des zones 3 et 4.

    Se pose tout d'abord la question de la date à laquelle il convient d'effectuer cette détermination. Il faut probablement attendre que le marché ait atteint un certain niveau de maturité et que des conditions économiques stables et prévisibles soient connues pour engager cette démarche.

    Avant d'engager ce processus, il faut également définir précisément la notion " d'absence de service ", et ceci à l'échelle nationale. Pour cela, il convient de préciser en particulier les éléments suivants :

    - La date à la quelle cette absence est constatée.
    - Définition précise des services dont on doit constater la carence sur certaines parties du territoire : caractéristiques techniques et tarifaires des services considérés.
    - Identification des zones géographiques à considérer.
    - Définition de l'absence de service : la présence d'un seul opérateur est-elle considérée comme satisfaisante ? (Certains pays européens ont choisi de considérer en carence les territoires où au moins deux opérateurs n'étaient pas présents).

    Il convient ensuite de définir, toujours à l'échelle nationale une méthode générique permettant d'effectuer pratiquement la détermination des zones.

    Le CSTI recommande d'engager un processus de détermination des zones 3 et 4 fondé sur la démarche suivante :

    - Lancement d'une concertation nationale entre les opérateurs, l'ART et les représentants des pouvoirs publics afin de préciser les principes et les modalités permettant de définir les zones où une intervention publique peut se justifier au niveau de l'accès. L'objectif serait de donner une définition commune des " zones ne permettant pas une offre rentable de nouveaux moyens d'accès terrestres à haut débit ". Les éventuelles contraintes du droit européen seront prises en compte dans cette phase de définition.

    - Le processus d'identification des zones devrait ensuite prendre la forme d'une consultation du marché dans des conditions juridiques à déterminer. Celle-ci devrait probablement être conduite conjointement par l'Etat et les collectivités locales sur la base de principes généraux édictés au niveau national. Dans ce cadre, il serait demandé aux opérateurs de préciser les secteurs qu'ils n'envisagent pas de couvrir dans un délai qui devrait être défini en fonction des objectifs politiques de couverture du territoire et pour un niveau de service qui serait fixé nationalement.

    • Il convient ensuite de définir les modalités de l'investissement public.

    Dans les zones où l'absence de service a pu être constatée suite à la procédure proposée ci-dessus, il reviendra aux pouvoirs publics (Etat et collectivités locales) de financer tout ou partie des infrastructures d'accès nécessaires à une offre de service à haut débit dans ces zones.

    Deux cas de figure complémentaires peuvent se présenter :

    - Un premier cas où une offre DSL est la plus adaptée techniquement et économiquement pour remplir les besoins en accès à haut débit.

    Dans ce cadre, la collectivité financerait les équipements actifs afin de produire le service de transport à haut débit sur la boucle locale (DSLAM par exemple). Elle financerait également le raccordement de ces boucles locales à un réseau de collecte " neutre " qui aurait été financé par la collectivité.

    Dans ce schéma, se pose le problème des conditions d'utilisation de la boucle locale de l'opérateur historique. Il convient en effet que la collectivité puisse ouvrir les infrastructures ainsi financées à tous les opérateurs souhaitant offrir un service. Il faut également éviter que l'opérateur historique soit mis dans une position privilégiée qui conduise à ce qu'il soit retenu à l'issue de tous les appels d'offres locaux.

    Il existe plusieurs solutions plus ou moins lourdes à mettre en œuvre pour permettre un accès équitable aux appels d'offres locaux.

    o Il est possible de définir des conditions d'accès à la boucle locale de France Télécom spécifiques aux zones de carence. Serait ainsi créé un dégroupage particulier à ces parties du territoire.

    o Alternativement, on peut concevoir que la collectivité rachète à l'opérateur historique les infrastructures filaires d'accès dans les zones où seule l'intervention de la puissance publique permet l'accès aux services haut débit.

    o Il est possible d'envisager de se reposer davantage sur l'opérateur historique. Pour que ce schéma puisse être acceptable au regard du droit de la concurrence, il convient probablement d'imposer à celui-ci une séparation effective de ses activités de transport et de service dans ces zones. L'opérateur historique devrait faire la démonstration qu'il offre les mêmes conditions d'accès à ces infrastructures aux opérateurs alternatifs que celles qu'il se fait à lui-même.

    Aucune de ses solutions n'est aisée à mettre en œuvre et une réflexion plus approfondie est sans doute nécessaire pour définir les modalités d'interconnexion des infrastructures financées par l'argent public avec la boucle locale. La solution à ce problème doit toutefois être trouvée à moins de faire reposer la couverture des zones de carence sur le seul opérateur historique.

    - Les collectivités peuvent alternativement envisager la création complète d'un réseau jusqu'à l'abonné (exemple technologie 3,5 GHz, technologies 802.11, technologies satellites…).

    Ce second scénario permet de s'affranchir totalement de la boucle locale appartenant à l'opérateur historique. Il doit être privilégié dans les cas où la technologie DSL est inadaptée (zones 4). Dans ces zones, les technologies radio de type BLR (3,5 GHz) semblent aujourd'hui les plus prometteuses, mais toute autre technologie devra pouvoir être envisagée pour étendre dans les meilleures conditions technico-économiques l'accès haut débit.

    La forme juridique liée à l'exploitation de tels réseaux peut s'envisager selon plusieurs schémas. Les collectivités concernées peuvent, à l'issue d'un appel d'offres, s'appuyer sur un opérateur existant comme elles peuvent décider d'opérer directement ou indirectement ces services.


    Le CSTI recommande que des appels d'offres soient lancés localement dans les zones 3 et 4. A l'issue de cette procédure, des délégations de service d'intérêt général seraient conférées à l'opérateur ayant offert les conditions les plus avantageuses selon la forme juridique la plus adaptée.

    Ces appels d'offres doivent être réalisés dans des conditions qui ne privilégient pas l'opérateur historique, même dans les zones où l'utilisation de la boucle locale de cuivre s'avère être la solution la plus adaptée (voir ci-dessus). La procédure mise en place doit en effet veiller à la nécessaire égalité entre les opérateurs.

    Le CSTI recommande que les conditions réglementaires permettant d'atteindre cet objectif de neutralité soit examinées rapidement.

    L'évaluation des financements nécessaires ne sera possible qu'à l'issue du processus d'identification des zones 3 et 4 (une première estimation a conduit à une fourchette allant de 3 à 10 milliards d'euros). Ces financements pourraient être mis en œuvre au travers des contrats de plan Etat - Régions qui doivent bientôt être révisés.

     

    3.3. Mesures d'accompagnement

    Le CSTI considère qu'un tel programme d'investissement nécessite la mise en œuvre des mesures d'accompagnement suivantes :

    • Expertise locale

      Les projets d'infrastructure naissent souvent d'initiatives locales et leur financement est de plus en plus soutenu par les collectivités urbaines, départementales et régionales. A ce jour, l'essentiel des projets porte sur la collecte d'un nombre limité de points et, dans une moindre mesure, les contenus. Les projets d'accès peinent encore à voir le jour faute d'une définition claire des besoins et des possibilités des collectivités locales et des opérateurs en la matière.

      Il apparaît que, dans ce domaine comme plus généralement en matière de TIC, les partenaires locaux souffrent d'un manque d'expertise indépendante. Ils sont amenés à s'appuyer soit sur les ressources de l'opérateur historique, soit sur des organismes privés (industriels, consultants) dont l'impartialité ne peut être démontrée.

    Le CSTI préconise la consolidation, au sein de l'administration de l'Etat, de pôles d'expertise en NTIC auprès des collectivités locales pour la définition de leurs besoins et la maîtrise d'ouvrage et le montage de projets d'investissement, notamment en matière d'infrastructure d'accès à haut débit. Ils devraient également, au travers d'une coordination nationale, s'assurer de l'homogénéité méthodologique des modes de financement des projets sur l'ensemble du territoire.

    De plus, ces pôles devraient se voir dotés d'une mission de sensibilisation et d'appui aux PME. Celles-ci souffrent en effet davantage d'une méconnaissance des capacités offertes par les TIC que de l'absence d'une offre adaptée à leurs besoins.

     

    • Pilotage national.

      La conduite de ces actions nécessite qu'un suivi et une coordination soient opérés au niveau national.

    Le CSTI propose qu'un comité d'orientation (une " mission pour les hauts débits ") soit créé. Il devra réunir l'ensemble des services de l'Etat concernés (DATAR, SEI, MI, …) et associer l'Autorité de Régulation des télécommunications. Il lui sera demandé de définir des orientations stratégiques pour l'accompagnement des projets d'investissement, de veiller à la bonne conduite de ceux-ci et d'opérer un suivi des évolutions du marché.

    3.4. Les pouvoirs publics, utilisateurs des réseaux à haut débit

    En parallèle de ces mesures à caractère incitatif, les pouvoirs publics peuvent avoir un rôle moteur par une politique ambitieuse de raccordement des établissements publics.

    Une telle politique d'investissement doit avoir pour effet de créer des services innovants et de générer des usages plus larges associés à ces réseaux. Elle doit aussi se fixer pour objectif d'utiliser le levier puissant que constitue la commande publique pour développer l'offre technologique tout en favorisant la pluralité des solutions.

    Ainsi, le CSTI recommande à l'Etat et aux collectivités locales concernées que l'ensemble des établissements de recherche et d'éducation ainsi que les bibliothèques soient raccordées aux réseaux à haut débit dans un délai de deux ans.

    De même, les établissements hospitaliers devraient pouvoir bénéficier de connexions à des débits suffisants pour pouvoir mettre en place sur une large échelle une politique volontariste en faveur de la télé-médecine.

    Par ailleurs, le réseau RENATER et les plates-formes du RNRT doivent devenir des références en matière de technologie à haut débit en France. Ces réseaux, tout en conservant leur vocation de raccordement des établissements de recherche, devraient constituer des plates-formes permettant de tester de nouvelles technologies, de nouveaux services et de nouveaux usages.

     

    4. L'accès aux réseaux à très haut débit

    Les limitations techniques des technologies xDSL, ainsi que la " dépendance " qu'elles génèrent vis-à-vis des opérateurs historiques, en font des modes d'accès transitoires qui laisseront place progressivement aux technologies à très haut débit.

    La fibre optique comme technologie d'accès semble constituer une voie aujourd'hui très prometteuse. Deux raisons essentielles viennent conforter cette assertion :

    - La fibre optique est maintenant utilisée sur l'intégralité du réseau longue distance et domine largement sur la partie " collecte ". L'optique s'approche donc de plus en plus des abonnés rendant ainsi techniquement possible un prolongement optique jusque chez l'utilisateur final.
    - Le protocole Ethernet devient le standard le plus répandu sur la boucle locale à haut débit et notamment sur les supports à fibres optiques. Les équipements supportant ce protocole étant amortis sur des quantités importantes du fait de leur utilisation massive dans les réseaux locaux d'entreprises, les coûts des équipements terminaux à très haut débit seront ainsi fortement réduits.

    Les difficultés de câblage en fibre optique semblent devoir imposer la constitution d'un réseau domestique intermédiaire entre les réseaux d'accès à très haut débit et les terminaux. Plusieurs technologies peuvent être proposées (paires de cuivre, câbles coaxiaux, réseaux sans fil, réseau électrique). Toutefois, de par leur facilité d'installation, les technologies sans fil paraissent très prometteuses même si la situation n'est pas totalement stabilisée au niveau de la normalisation et si plusieurs standards s'affrontent encore.

    4.1. Les expériences d'accès à " très haut débit " à l'étranger

    Un grand nombre des pays de l'OCDE a engagé des expérimentations sur les technologies FTTx et les investissements dans ce domaine croissent de manière exponentielle.

    La Suède est le pays d'Europe le plus interventionniste dans le domaine des technologies de l'information, et conserve une forte tradition d'avant-garde dans le domaine des télécommunications depuis le début du 20e siècle. L'objectif du gouvernement suédois est ainsi de proposer un accès de 5Mbit/s à tous d'ici 2005 avec un choix d'un minimum de 5 opérateurs. Un système complexe de subventions et d'exonérations fiscales à été mis en place pour atteindre cet objectif.

    L'Allemagne, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne ont aussi engagé des programmes visant à faire de la fibre optique la priorité en matière de déploiement d'infrastructures. Le Japon, la Corée, Singapour, Hong-Kong et la Malaisie ont par ailleurs annoncé l'objectif d'une couverture de la majorité des foyers en FTTB d'ici 2005.

    Les expérimentations qui voient le jour actuellement en Europe s'appuient sur des acteurs publics et privés.

    - En Suède, les collectivités territoriales (en particulier les communes) jouent un rôle majeur dans la construction des " boucles optiques " métropolitaines.

    Les boucles optiques de collecte ou MAN (Metropolitan Area Network) sont le cœur de la dynamique des infrastructures d'accès à " très haut débit " (FTTC) en Suède.

    - Les collectivités territoriales (" kommun ") sont souvent à l'origine du financement des boucles optiques, et s'appuient principalement sur les concessionnaires d'utilité d'électricité dont elles sont généralement propriétaires. Ceux-ci disposent d'importantes ressources financières en raison de la privatisation récente du marché de l'électricité. On citera les villes de Vasteras (Malarenergi), Gavle (Gavlenet) et Stockholm (Stokab) dans cette approche.

    - Dans certains cas, la construction de l'infrastructure est effectuée directement à l'initiative des collectivités. L'exemple sans doute le plus notoire est celui de la ville de Tierp (KanalTierp), où la commune a intégralement financé l'infrastructure et en a donné la gestion à un opérateur neutre (DigidocOpenIp). Cet opérateur doit ouvrir son réseau à tous les fournisseurs de services.

    Il faut noter qu'un grand nombre de collectivités rurales ou périphériques bénéficient d'aide du gouvernement et de l'Union européenne (fonds FEDER) dans les zones d'objectif 1 et 2.

    - Aux Pays-Bas, les pouvoirs publics privilégient des expérimentations dans des zones à forte densité démographique et économique afin de promouvoir des applications et des services nouveaux.

    Les Pays-Bas ont récemment lancé un projet ambitieux avec la création du " quartier du Savoir " (Kenniswijk). L'objectif de cette plate-forme d'innovation est de permettre aux Pays-Bas de se doter d'un site d'essai pour les nouvelles applications et les nouveaux services associés aux réseaux à très haut débit dans une zone d'habitation urbaine, qui permet d'atteindre un large éventail de population. L'impact technologique, économique, administratif et sociologique peut ainsi être mesuré et permettra de dimensionner le projet national qui sera décidé en fonction de la réussite du Kenniswijk.

    Le projet a été lancé sur l'initiative du ministère des Transports, des Travaux-Publics, et de la Gestion de l'eau. Celui-ci a procédé par un appel d'offres national au premier trimestre 2000. Sur les 15 villes ayant montré leur intérêt pour " l'e-City ", Eindhoven a été retenu. La particularité de ce projet est sans doute sa nature mixte associant des acteurs publics et privés. En effet, la réalisation du projet prévue pour mi-2002 dépend de la participation de partenaires privés à même hauteur que la participation publique (elle-même répartie entre ministères, régions, administrations locales, universités et corps médicaux). Ce sont ainsi 100 millions de florins, soit 45 millions d'euros, qui seront affectés de part et d'autre.

    - Des sociétés innovantes dans le domaine du FTTB et FTTH voient le jour.

    Bredbandsbolaget (B2), société suédoise détenue à 34 % par NTL, est le premier opérateur large bande FTTU (user) ayant proposé de construire l'infrastructure optique sur le dernier kilomètre grâce, notamment, à un accord avec les propriétaires fonciers. Ce réseau d'accès permet de délivrer des débits de 10 Mbit/s au consommateur final de certains quartiers résidentiels.

    E-bizcom est une entreprise privée qui s'associe à des concessionnaires d'utilité semi-publique et déploie actuellement le réseau le plus performant d'Italie à Milan, et bientôt Gênes, Turin, Rome et Naples (MAN-Metroweb et FTTx-Fastweb) en proposant des débits de 10 Mbit/s symétriques.

    Ces sociétés ouvrent la voie vers des offres de services à valeur ajoutée pour le grand public (vidéo, téléphonie, musique, …).

    4.2. Recommandations d'actions gouvernementales

    Le déploiement des réseaux à " très haut débit " constitue un enjeu de société fondamental. Les pays asiatiques y voient ainsi aujourd'hui l'un des principaux facteurs de la relance de leur économie. D'autres, comme la Suède, considèrent que ces réseaux permettront, au même titre que les transports au début du siècle, de désenclaver les parties les plus isolées de leur territoire. De manière plus générale, la société de l'information ne prendra son véritable essor qu'avec la pénétration à grande échelle des réseaux à haut et " très haut " débits. Essentiels à la compétitivité des entreprises, ces réseaux bouleverseront les relations avec les administrations, l'accès au savoir et la formation, la gestion des territoires, …

    A la lumière des expériences internationales, le CSTI considère qu'il est urgent que le gouvernement engage un programme ambitieux qui prenne en compte les questions relatives non seulement au déploiement des réseaux optiques, mais aussi aux technologies, aux applications et services associés à ces réseaux.


    Le CSTI recommande que ce programme comprenne les éléments suivants.

    1- Des expérimentations à grande échelle.

    Le CSTI préconise le lancement, dès 2002, d'expérimentations de raccordements optiques des abonnés sur une ou plusieurs zones urbaines et/ou péri-urbaines :

    - plusieurs milliers de foyers devraient être ainsi couverts de sorte à pouvoir bénéficier d'un effet d'échelle qui permette de tester plusieurs technologies d'accès et justifier le développement de services innovants sur de telles plates-formes. Le choix des sites doit prendre en compte l'existence préalable de boucles optiques de façon à limiter l'investissement ;

    - un tel déploiement nécessiterait un investissement de 2 à 3 000 euros par foyer. Ce financement devrait être réparti entre les pouvoirs publics (Etat et collectivités) et des opérateurs privés désireux d'intervenir sur ces nouvelles technologies. Des financements sous la forme de crédit d'impôt (pour le câblage des bâtiments par exemple) seraient, dans la mesure du possible, à privilégier aux financements directs ;

    - plusieurs types de technologies seraient expérimentés dans ce cadre : fibre optique jusqu'à l'abonné (FTTH), technologies FTTB/FTTC couplées au VDSL ou à des réseaux sans fil, … ;

    - ces expérimentations devraient non seulement tester des technologies, mais aussi et surtout, valider des modèles économiques de partenariat public/privé permettant d'anticiper un déploiement ultérieur plus large sur le territoire national. Les pouvoirs publics devraient en effet avoir un rôle d'amorçage et d'incitation vis-à-vis du secteur privé : ils doivent créer les conditions d'émergence d'un marché du " très haut " débit sans pour autant se substituer au marché ;

    - ces expérimentations doivent veiller à la création de nouveaux contenus et services. Une observation fine des usages ainsi que des opérations de sensibilisation et de formation doivent être couplées à la réalisation des réseaux proprement dits ;

    - le choix des partenaires privés devrait se faire au travers d'appels d'offres. Il est fondamental, pour ces nouvelles infrastructures, de permettre la mise en place d'une concurrence sur l'ensemble des éléments du réseau. Les partenaires privés potentiels pourraient être les entreprises de distribution et de services (les " utilities " des pays anglo-saxons) ou-bien des entreprises de travaux publics pouvant apporter leur support dans le câblage des villes et bâtiments.

    2- Ces expérimentations devraient s'appuyer sur des programmes de R&D opérées en particulier au sein des réseaux de technologies (RNRT, RNTL, RIAM, …) :

    - si les industriels français et européens maîtrisent les technologies ADSL et ATM, il n'est pas certain que le passage aux technologies optiques Ethernet ou sans fil ne conduisent pas à une plus grande dépendance vis-à-vis de l'industrie américaine. Le CSTI suggère que, dès aujourd'hui, les pouvoirs publics amplifient leur effort de recherche vers ces nouvelles technologies ;

    - ils permettraient de soutenir le développement de compétences dans des domaines relatifs aux technologies à très haut débit (protocoles d'accès sur fibre optique, technologies de réseaux domestiques sans fil,…) et aux services associés (vidéo à la demande, distribution décentralisée des contenus, …).

     

     

    5. Les terminaux d'accès

    L'accès effectif de la population française aux services à haut débit sera toujours borné par le taux de pénétration des terminaux susceptibles de recevoir de tels services. Ainsi tout programme volontariste en faveur des accès à haut débit devrait s'accompagner de mesures visant à augmenter la pénétration des terminaux.

    Les terminaux à considérer sont :

    - Les équipements d'extrémité de réseaux (modems DSL, modems câbles, récepteurs BLR, …).
    - Les ordinateurs individuels associés à un modem permettant d'accéder au service.
    - Tout équipement équivalent permettant de se connecter aux réseaux et d'exploiter les services sur un écran d'ordinateur ou de télévision.


    La définition des mesures envisageables dépasse le cadre de ce groupe de travail, mais devrait être au cœur de toute politique en faveur du haut débit.

    - Le Gouvernement devrait considérer des mesures incitatives fondées sur une défiscalisation partielle de ces équipements qui doivent, à terme, devenir des biens de consommations de masse. La réglementation européenne, qui peut faire obstacle à ce type de mesure, devrait évoluer pour permettre à l'Europe de rattraper son retard par rapport aux Etats-Unis et à certains pays d'Asie.

    - Des aides directes ciblées sur certaines catégories de population doivent aussi être envisagées.

     


    Par ailleurs, le déploiement du haut débit ira de pair avec le développement d'infrastructures de réseaux domestiques à large bande qui doivent permettre la mise en œuvre d'applications nouvelles :
    - télésurveillance,
    - réseaux vidéo domestiques,
    - jeux,
    - commandes à distance, …

    Les avatars de la " domotique " dans les années 70-80 ont semble-t-il retardé l'intérêt porté, en France, sur ce type de technologies en fort développement actuellement en Asie, aux Etats-Unis et en Scandinavie.

    Le CSTI considère qu'un effort accru de recherche et développement est nécessaire sur ce type de technologies.

    Le CSTI devra prolonger ses travaux pour approfondir ces sujets.

    6. Les contenus (en liaison avec le groupe B " applications et services ")

    Donner l'accès aux services à haut débit au plus grand nombre suppose qu'il existe une demande de la population pour les services associés à ces réseaux. Ainsi, toute politique en faveur d'un accès généralisé aux réseaux à haut débit doit englober un volet relatif aux contenus, aux services et aux usages.
    Outre les services correspondant aux usages actuels du réseau Internet (web, messagerie électronique, newsgroup, …), un certain nombre d'offres devraient se développer en tirant bénéfice de la montée en puissance des réseaux à haut débit.

    6.1. Convergence voix/données/images

    La mise à disposition, auprès d'un public large, d'un accès à des réseaux à haut et très haut débits, va donner naissance à des offres de services qui pourront associer l'Internet, la téléphonie et la vidéo sur un même support. Les technologies de transport de la voix sur le protocole Internet, de même que les améliorations du codage de l'image permettent en effet, dès aujourd'hui, une véritable convergence de ces services. Notamment la diffusion de 2 ou 3 canaux vidéo sur ADSL est possible et, en enrichissant l'offre de services, peut contribuer à la pénétration du haut débit.

    Ainsi, pourront voir le jour des offres d'accès aux chaînes de télévision sur les réseaux de données à haut débit, tout comme la mise à disposition de contenus audio et vidéo qu'il sera possible de télécharger à la demande. Les réseaux à large bande peuvent ainsi devenir une alternative aux réseaux " classiques " de distribution et d'échange des contenus.

    Les pouvoirs publics devraient rapidement clarifier le statut réglementaire des services accessibles depuis les réseaux de données à haut débit, notamment en matière de transport de la voix et de l'image.

    Il convient de favoriser l'émergence de tels services qui, tout en créant un produit d'appel pour l'accès aux réseaux à haut débit, permettront d'amortir les coûts d'accès sur une gamme plus élargie de services.

     

    6.2. Des contenus spécifiques

    Les pouvoirs publics peuvent par ailleurs avoir un rôle moteur dans la création de contenus spécifiques aux réseaux à haut débit.

    Le CSTI préconise la mise en place de programmes de création de contenus, par exemple dans les domaines de la culture (événements, patrimoine, bibliothèques, …), de l'éducation (programmes éducatifs sous le contrôle du ministère de l'Education Nationale) et de la santé (information médicale). Ces contenus associeront l'attractivité de l'image aux possibilités liées à l'interactivité.

     

    6.3. L'arrivée des télé-services à domicile

    La montée en puissance du haut débit doit également donner lieu à l'émergence de nouveaux usages comme le travail à domicile, l'enseignement et la formation à distance, la création personnelle de contenus, les jeux interactifs, … Ces nouveaux usages ont commencé à voir le jour avec l'arrivée du réseau Internet aujourd'hui accessible à bas débit ; ils doivent encore être réinventés et démultipliés avec l'arrivée des réseaux à large bande.

    Si les pouvoirs publics n'ont pas un rôle prééminent à jouer dans l'émergence de ces nouveaux services et de ces nouveaux usages, ils doivent, à l'échelon national, mais surtout local, inciter et faciliter la création d'initiatives privées dans ce domaine. Des mécanismes de labellisation pourraient par exemple être mis en place afin de sélectionner, dans des domaines d'intérêt général, les services les plus novateurs

     

     

    7. Cas particulier de réseaux

    7.1. IPv6

    L'évolution du protocole de base d'Internet vers une nouvelle génération, IPv6, permet d'apporter des évolutions nécessaires au déploiement de fonctionnalités nouvelles sur l'Internet à haut débit et constitue par ailleurs une opportunité unique pour repositionner la France et l'Europe à la pointe du déploiement de l'Internet et des nouveaux services associés. De plus, par la démultiplication des adresses Internet que ce nouveau protocole autorise, sa large utilisation est à même d'opérer un effet de levier considérable sur l'emploi de mobiles de 3ème génération ou encore d'équipements comportant un accès embarqué à Internet (automobile, électronique grand public, …).

    Le Conseil européen du printemps dernier a par ailleurs appelé à une transition efficace et rapide vers IPv6 et invité les Etats membres à l'introduire progressivement dans leurs propres réseaux.

    En France les plates-formes expérimentales de réseaux mises en place par le RNRT disposent de ce protocole et le réseau Renater vise à en être entièrement équipé pour la fin 2003.

  • En conséquence, le CSTI recommande que la migration vers IPv6 soit favorisée rapidement sur les réseaux du domaine public et qu'un programme d'expérimentation de nouveaux services dans ce domaine soit mis en place en utilisant par exemple les réseaux de recherche technologique (RNRT, RNTL, RIAM).
  • Le CSTI recommande la création d'un observatoire ayant pour mission d'encourager la migration vers IPv6 et de suivre la progression de son déploiement en France.
  • 7.2. Cas du RTEdé d'engager l'étude d'un déploiement d'artères à haut débit sur les infrastructures du Réseau de Transport de l'Electricité (RTE) créé par la loi de février 2000. Un groupe de travail piloté par le Secrétariat d'Etat à l'Industrie est chargé d'étudier les modalités techniques et juridiques d'un tel déploiement.

    La plupart des lignes à haute tension de RTE sont susceptibles de supporter des câbles optiques, soit au sein d'un câble de garde, soit par enroulement autour du conducteur. Ce type de pose engendre un coût nettement moins élevé que la pose classique en souterrain le long d'un ouvrage. La densité de desserte du territoire est telle que quelques 1 200 agglomérations sont situées à proximité immédiate des " points sources ", terminaisons du réseau RTE.

    Les possibilités du réseau RTE sont ainsi utilisables pour compléter les réseaux de fibre optique existants (complément du maillage, desserte de points non pris en considération jusqu'à présent pour des raisons de coût de pose du câble), sous réserve que les dispositions juridiques nécessaires soient prises. Le RTE pourrait jouer un rôle important dans l'accélération de la couverture territoriale des réseaux de collecte et du maillage des réseaux " longue distance ", avec la participation financière de collectivités locales. Ces réseaux permettraient de relier au réseau dorsal général tous les points du territoire dont on veut faire des points d'accès haut débit, et qui ne sont pas spontanément traités par les opérateurs.

    La constitution de ces réseaux de collecte peut faire appel aux possibilités du RTE, soit pour constituer la totalité du réseau de collecte, soit pour n'en réaliser qu'une partie. Il serait en effet économiquement souhaitable que le concepteur du réseau puisse tirer le meilleur parti de l'ensemble des infrastructures existantes, quels que soient les propriétaires de ces infrastructures.

    Le CSTI reconnaît l'intérêt que présente le réseau RTE pour la desserte en haut débit (et plus tard en très haut débit) du territoire, et recommande que les obstacles éventuels à son utilisation soient levés rapidement pour que les collectivités locales puissent engager des expérimentations sur plusieurs régions dès 2002.

    La mise en œuvre de tels réseaux supposent qu'un cadre juridique adapté et stable soit défini et les modifications réglementaires éventuellement nécessaires adoptées rapidement. La notice d'information issue du groupe de travail du Secrétariat d'Etat à l'Industrie permet de clarifier ce cadre.

    Enfin, la question du prolongement de ces infrastructures sur les réseaux propriété des communes et des syndicats d'électrification devra également être traitée. En effet, ces réseaux complémentaires à ceux du RTE peuvent offrir des opportunités importantes pour la constitution de réseaux de collecte ou de desserte.


    SOMMAIRE

    1 - QUELQUES ELEMENTS DE CONSTAT

    2 - LES DIFFERENTES TECHNOLOGIES D'ACCES 

      2.1. Les technologies XDSL
      2.2. Le câble
      2.3. Le satellite
      2.4. La fibre optique
      2.5. Les technologies radio
      2.6. Le réseau électrique
      2.7. La télévision numérique terrestre
      2.8. Les technologies plus lointaines


    3 - ACCÉLÉRER LA PÉNÉTRATION DE L'ACCÈS AUX TECHNOLOGIES À HAUT DÉBIT

      3.1. Vers une baisse des prix d'accès
      3.2. L'investissement public dans les infrastructures
    3.2.1. Actions aux niveaux des réseaux " longue distance " et de collecte
    3.2.2. Investissements au niveau de l'accès
      3.3. Mesures d'accompagnement
      3.4 Les pouvoirs publics, utilisateurs des réseaux à haut débit

    4 - L'ACCÈS AUX RÉSEAUX À TRÈS HAUT DÉBIT

      4.1. Les expériences d'accès à " très haut débit " à l'étranger
      4.2. Recommandations d'actions gouvernementales

    5 - LES TERMINAUX D'ACCÈS

    6 - LES CONTENUS (en liaison avec le Groupe B "Applications et services")

      6.1. Convergence voix/données/images
      6.2. Des contenus spécifiques
      6.3 L'arrivée des télé-services à domicile

    7 - CAS PARTICULIER DE RÉSEAUX

      7.1. IpV6
      7.2. Cas du RTE
     
     
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