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RAPPORT DE TRAVAIL DU GROUPE B : APPLICATIONS ET SERVICES

Le 8 mars 2002

Le groupe B "Usages, Applications et services" a terminé un premier tour d'horizon des divers sujets dont, pour le second semestre de l'année 2001 au cours duquel il a débuté ses réunions, ses membres avaient proposé la mise à l'étude.

De cet examen, ressortent 6 premiers projets de recommandations soumises au CSTI, propres à favoriser un développement des usages, ainsi qu'un septième ptojet élaboré en collaboration avec le groupe C "Besoins en spécialistes" ; elles sont relatives :

Au titre de l'enrichissement des contenus et la diversification
des modes de paiement en ligne

  • à la Diffusion des œuvres audiovisuelles sur Internet,
  • à la Numérisation du patrimoine français des savoirs,
  • au Micropaiement en ligne.

Au titre de l'appropriation des services et la maîtrise des outils

  • aux usages des TIC et à l'appropriation des services par les PME et PMI,
  • à l'adaptation de l'e-administration à la vie quotidienne des usagers,
  • à l'appropriation de l'Internet par le réseau éducatif, en liaison avec le groupe C.

Au titre de la dynamique de l'innovation et l'observation des usages

  • à la dynamique et économie des modèles d'usage

L'enrichissement des contenus vise notamment à accélérer le développement d'offres tirant pleinement parti de la généralisation d'infrastructures à haut débit (Cf. les travaux du groupe A).
La nécessaire appropriation des services et maîtrise des outils conduit à préconiser la mise en place de " supports de proximité ", dont la création ou le renforcement induisent des besoin en spécialistes des technologies de l'information et de la communication (Cf. les travaux du groupe C).

 

I. ENRICHISSEMENT DES CONTENUS ET DIVERSIFICATION DES MODES DE PAIEMENT EN LIGNE

I.1. Diffusion des œuvres audiovisuelles sur Internet

La mise en ligne de films en vue de leur téléchargement sur Internet se heurte à plusieurs obstacles. Or la diffusion de films récents sur Internet contribuerait au développement du haut débit en France. Trois obstacles de nature juridique ont retenu l'attention du CSTI :

I.1.1- La titularité des droits d'exploitation

Les droits d'exploitation sur Internet ne figurent pas d'ordinaire dans les contrats de cession des droits d'exploitation d'origine. Il y a là un obstacle juridique majeur.

Toutefois un consensus semble se dégager pour que les " droits Internet " soient présumés avoir été cédés avec les autres droits d'exploitation, même en l'absence de clause de cession expresse. Tous les films deviendraient alors exploitables sur Internet sans avoir à clarifier les droits un à un par des avenants au contrat initial.

Le consensus de la profession serait formalisé par un accord contractuel entre sociétés d'auteurs et syndicat de producteurs, dans le prolongement de l'accord sur le pay-per-view signé en 1999.

I.1.2- La "chronologie des médias"

Actuellement, les films sont exploités (en Europe et aux Etats-Unis) suivant une chronologie précise de diffusion, où sont à respecter des fenêtres de première commercialisation : salles, vidéo-DVD (+ 6 mois), " pay-per-view " (+ 9 mois) chaînes cryptées par abonnement (+ 12 mois), chaînes en clair (+ 24 mois s'il s'agit d'une coproduction, + 36 mois sinon).

Visionnage du film sur demande individuelle du consommateur, disponibilité permanente des œuvres, fonctionnalités identiques à celles d'un magnétoscope (pause, avancer, reculer...), paiement d'un prix individualisé par film, militent pour que l'insertion de la "vidéo à la demande " (VOD) intervienne dans la fenêtre des 6 à 12 mois après la sortie en salle, ce qui la positionnerait avant les chaînes de télévision.

La place de la VOD dans la chronologie des médias est du ressort du pouvoir réglementaire (décret du ministère de la culture).

I.1.3- L'accès des catalogues de films à des tiers

En France comme aux Etats-Unis, la détention des catalogues de films est fortement concentrée.
Lors de la création par les majors américaines de deux sites de diffusion de films, le Département de la justice des Etats-Unis a imposé le principe de non-exclusivité : les films diffusés par un détenteur de catalogue doivent pouvoir être accessibles aux tiers diffuseurs, aux mêmes termes et conditions. En France, le Conseil de la concurrence se prononcera sans doute dans le même sens, et veillera à son application.

Le CSTI est d'avis qu'une telle position qui favorise la fluidité de la diffusion des contenus éditoriaux sur Internet soit adoptée par la France. Les opérateurs Internet devraient à cet égard être éligibles aux mécanismes existants d'aides publiques en faveur de la distribution de contenus éditoriaux (films, musique, livres...).

Afin d'enrichir l'offre de services haut débit, le CSTI recommande de faciliter la diffusion d'œuvres audiovisuelles sur Internet, et en premier lieu d'œuvres cinématographiques, en :

  • engageant les acteurs à rechercher par voie contractuelle la conclusion d'accords interprofessionnels appropriés qui pourraient conduire à reconnaître que la cession des droits d'exploitation inclut implicitement les droits de diffusion sur Internet ;

  • adaptant le cadre réglementaire, voire législatif, en vigueur, pour introduire la diffusion d'un film sur Internet comme une modalité s'apparentant à un " paiement à la séance " et relevant à ce titre d'une " chronologie " spécifique ;
  • étendant à la diffusion sur Internet les mécanismes d'aide existants.

I.2. Numérisation du patrimoine français des savoirs

Au moment où les principales bibliothèques et les fonds documentaires de grands pays sont non seulement numérisés mais de plus connectés au réseau par des liaisons à très haut débit, force est de constater que bien peu de bibliothèques en France ont entrepris de se raccorder au réseau Renater ou de se doter d'un plan méthodique à court terme de numérisation de leurs inestimables richesses.

Le CSTI estime qu'au moment où, dans la situation actuelle, le discours sur l'exception culturelle se résume trop souvent aux œuvres cinématographiques, il convient de ne pas prendre de retard pour les œuvres écrites, dessinées ou photographiées que ces bibliothèques ou musées recèlent.

Pour accélérer et généraliser la numérisation des fonds documentaires (éditeurs, universités, bibliothèques, archives et musées), le CSTI recommande que des mesures d'incitation soient prises en faveur des détenteurs de ce patrimoine afin de promouvoir la numérisation, la diffusion en ligne et l'interconnexion à haut débit.
Le CSTI souhaite que ces mesures incitatives soient assorties de conditions garantissant :

- que la numérisation se fonde sur des formats ouverts de documents et de description ;

- que la valorisation des fonds numérisés est maximale, ce qui suppose d'une part une politique d'indexation et de mise en commun, et d'autre part une politique de mise à disposition non-exclusive des fonds dans des conditions raisonnables, à destination d'éditeurs ou fournisseurs de services privés à vocation commerciale ou non-commerciale.

I.3. Micropaiement en ligne

Le modèle de l'Internet "gratuit" est désormais révolu dans bien des domaines. Tel est en particulier le cas des diffuseurs commerciaux de contenus. Ils avaient jusqu'à présent adapté leurs modèles économiques à un financement indirect de leur offre qui provenait de la publicité et de prestations dérivées ; ils sont aujourd'hui à la recherche de sources additionnelles de financement.

A coté des solutions traditionnelles de paiement par carte en ligne, qui appeleront en 2002 le groupe B à se pencher sur l'aspect confiance de ces outils, la réflexion du groupe a d'abord porté sur les micro-paiements.

En France, le succès qu'a connu le mécanisme des paliers kiosque introduit pour le Minitel, incite les fournisseurs à se tourner vers des solutions de ce type. Le contexte ayant changé avec l'ouverture à la concurrence et l'internationalisation des offres, force est de constater qu'il n'y a pas encore à ce jour dans notre pays de plate-forme reconnue par tous.
Des palliatifs, dont certains pourraient être de courte durée, se mettent en place centrés sur l'audiotel ou sur l'utilisation du téléphone mobile : l'usager se voit contraint de consommer du temps sur un média (audiotel ou portable) pour obtenir de l'information ou du téléchargement sur l'autre (internet).

La situation dans la majorité des autres pays n'est guère plus satisfaisante. Les solutions de paiement différé par mél, de type Paypal, sont pratiques lorsqu'il s'agit d'achats conséquents, mais apparaissent plutôt de nature à dissuader les consommations d'impulsion au fil de l'eau.

Sans attendre l'émergence d'une solution transfrontière largement répandue, il apparaît indispensable aux membres du CSTI qu'une plate-forme soit spécialement conçue pour favoriser l'essor en France de l'achat anonyme, immédiat et facile d'informations ou de téléchargements instantanés.
Un groupe de travail spécifique, réunissant les acteurs français, permettrait de valider rapidement un premier système qui soit reconnu par une majorité d'entre eux.

La diversification des modes de paiement sur internet est susceptible de conforter l'industrie du contenu, l'incitant à une plus grande créativité et prise de risque dans l'offre de nouveaux services. Le CSTI recommande à cet égard de retenir pour objectif la mise en place d'un système commun de micro-paiement, reconnu et promu par les acteurs de l'économie numérique, en plus des options de paiement existantes.
Il préconise la création d'un groupe de travail à cette fin, et son installation dès le premier semestre 2002.

 

II. APPROPRIATION DES SERVICES ET MAITRISE DES OUTILS

II.1. Usages des TIC et appropriation des services par les PME et PMI

Les PME-PMI peuvent accroître leur compétitivité par le recours aux Nouvelles Technologies. Leurs dirigeants se sont en règle générale convaincus de cette réalité après les premières campagnes de sensibilisation. Ils n'ont pas pour autant tous décidé d'appliquer à leur entreprise la démarche correspondant aux exemples génériques qui leur ont été présentés et d'effectuer en conséquence les investissements correspondants.

Le CSTI est donc d'avis de compléter pendant deux ans (2002-2003) l'approche collective antérieure des différents secteurs de l'activité économique par une sensibilisation ciblée et des " prédiagnostics " individualisés, afin d'offrir au chef d'entreprise intéressé une vision plus précise de l'impact de sa décision en terme de retour sur investissement une fois la migration opérée, mais aussi en termes de durée de cette migration et de répercussions sur son activité pendant la phase de transition, en ne laissant à sa charge pour cette prestation d'étude qu'une participation minime.

Cette approche devrait :

- associer étroitement les acteurs locaux et chercher de manière délibérée à obtenir la participation active des relais les mieux à même de toucher les PME : associations, centres de gestion, experts-comptables...

- labelliser des prestataires sur la proposition de ces acteurs ;

- fédérer l'action au niveau national, sous l'égide du MINEFI et de l'AFCCI, pour assurer la promotion, le suivi d'ensemble, la mutualisation des expériences, la cohérence des évaluations.

Les démarches aujourd'hui engagées rencontrent cependant pour se répandre plus avant, certaines limites liées à la motivation insuffisante des petites entreprises non connectées. Une action sur l'offre et les offreurs de services aux PME serait sans doute susceptible de provoquer un regain d'intérêt, suscitant une demande nouvelle.

Elle concernerait :


- d'une part l'offre de " services support " de communication et d'internet, et l'offre des sociétés de conseil aux PME en informatique et nouvelle économie : les principales actions sont du ressort des acteurs locaux et les premières sont pour l'essentiel traitées par le groupe " infrastructures " ;

- d'autre part l'offre de services par les administrations d'Etat et les collectivités locales, et la mise en place d'échanges électroniques entre les entreprises et les collectivités publiques : information, téléservices publics, marchés publics...

Pour que les TICs innervent bien l'ensemble de la vie économique française, le CSTI recommande :

  • que soit mis en place dès 2002 pour les PME et PMI, en prolongement des actions antérieures, un programme national de sensibilisation et de pré-diagnostic dont l'adaptation et l'exécution reposent pour l'essentiel sur la participation active des relais professionnels locaux ;


  • que les PME bénéficient de dispositions incitatives pour l'achat de services de conseil et d'ingénierie associés aux TIC et à l'internet, ainsi que pour l'achat ou le renouvellement d'équipements ;

  • que les administrations d'Etat placent au premier rang des priorités le développement de téléservices publics à destination des entreprises, ainsi que la mise en ligne des démarches liées aux marchés publics, et incitent éventuellement de manière financière à leur usage.
  •  

    II.2. Adaptation de l'e-administration à la vie quotidienne des usagers

    Les administrations françaises et les collectivités locales ont entrepris, sous l'impulsion du gouvernement, la mise en place de sites web. Cette démarche, en dehors de quelques " portails " fédératifs tels que service-public.fr, se fait encore par "îlots" au sein des diverses entités. La plupart des sites demeurent exclusivement dédiés aux applications du département ministériel ou du service public qui les a initiés.

    La "seconde étape" de l'administration électronique annoncée par le ministre de la Fonction Publique doit être celle de l'enrichissement et de la diversification des téléservices offerts au public, mais aussi du partenariat et de la mutualisation.

    Le CSTI considère:

    - que, pour améliorer l'efficacité du service rendu à moindre coût, les services publics doivent être très fortement incités à mutualiser les contenus qu'ils produisent et diffusent, notamment entre services de l'Etat et en direction des collectivités territoriales. Un administré doit pouvoir choisir le point d'entrée pertinent local ou national de son choix pour entreprendre et compléter une démarche. Cette approche peut être engagée de manière modeste au travers de la mise en place de liens, d'actions de " syndication " ou de la création de portails. A terme, elle aura cependant des incidences sur la structuration des données elles-mêmes, qu'il faut préparer dès maintenant ;

    - que, dans le développement des téléservices, les administrations doivent faire porter l'effort sur des services offerts au public (par exemple l'accès à son dossier personnel, ou le suivi d'une procédure), et pas seulement sur les formulaires, qui sont dans une large mesure, plutôt une facilité offerte à l'administration (qui n'a plus à en effectuer la saisie) ;

    - que la mise en œuvre concrète d'un système de signature électronique, de préférence inter-administrations, est une priorité, tant pour être en mesure d'apporter des téléservices complets, que pour jouer un effet d'entraînement sur ce marché ;

    - que la possibilité pour le citoyen de gagner du temps en ne répétant pas sans cesse les mêmes démarches et en ne fournissant pas sans cesse la même information pourrait constituer l'un des apports importants des TIC. A ce titre, le CSTI suivra avec attention les travaux de la mission " Données personnelles et administration électronique " présidée par M. Pierre Truche, et souhaite que ses conclusions concilient la nécessité de la protection des données personnelles de l'usager, avec l'impératif de qualité d'une administration qui adopte comme point de départ la simplification de la vie quotidienne de l'usager ;

    - que la dimension locale des services publics doit être pleinement prise en compte, car elle reflète bien souvent la réalité de l'administration de terrain. A ce titre, le CSTI propose de fixer à tous les ministère, d'ici la fin 2002, l'objectif d'intégrer sur leurs sites web une description de l'organisation territoriale de leur action, en fournissant au minimum une information d'orientation : qui fait quoi, où, … (adresses, informations pratiques).

    Dans le développement prioritaire de téléservices orientés vers l'usager, et vers les PME, pour la seconde phase de l'administration électronique, le CSTI recommande :

    - de mettre l'accent sur la mutualisation et le point d'entré local en fixant des objectifs à cet effet, et en identifiant des événements de la vie quotidienne donnant aujourd'hui lieu à un ensemble de transactions séparées qu'il serait plus simple de regrouper dans une même chaîne et d'effectuer comme un seul processus ;

    - de définir des règles et un calendrier assurant une mise en œuvre à brève échéance de dispositifs simples et raisonnablement sécurisés de signature électronique.

     

    III. DYNAMIQUE DE L'INNOVATION ET OBSERVATION DES USAGES

    La logique de l'offre a clairement dominé le marché des produits et des services exploitant les possibilités qu'ouvraient les avancées technologiques de ces dernières années. Même lorsque des études marketing étaient menées avec sérieux, la définition d'une offre à haut contenu technologique préexistait généralement à l'étude. Cette démarche a montré ses limites, le WAP en étant sans doute l'exemple le plus marquant. Mais le problème est plus profond : s'agissant de services nouveaux, une analyse des besoins ou des comportements actuels n'est pas nécessairement un très bon prédicteur de la demande future.

    L'interaction entre logique de l'offre et logique de la demande est plus complexe que les acteurs ne s'y attendaient et il est à prévoir qu'au fur et à mesure que les technologies diffusent dans des domaines de plus en plus intimes de notre vie personnelle, sociale et professionnelle, cette complexité aille croissant.

    Selon les membres du CSTI,

    - la connaissance et la compréhension des usages, des comportements, des critères et des dynamiques d'appropriation des nouveaux services par les utilisateurs potentiels, reste très insuffisante. De même, la source d'innovation (au travers de la création, du détournement, de l'adoption... de techniques, d'usages ou de services nouveaux) que constituent les communautés d'utilisateurs " actifs " (libre, " hackers ", jeunes...), demeure mal connue alors qu'elle est à l'origine de phénomènes majeurs tels que (aujourd'hui) l'échange de fichiers " de pair à pair ", le SMS, voire le web.

    - une approche multidisciplinaire est à privilégier, où se retrouvent diverses disciplines comme la sociologie, la psychologie comportementale, l'ergonomie,… pour mettre en évidence comment des fonctions jusqu'alors "inutiles" ou "inconnues" peuvent être rapidement devenir indispensables, ou être détournées pour des applications non anticipées mais solvables (à l'instar du SMS).

    Pour accroître les chances de succès des acteurs français dans le domaine des applications et services, le CSTI recommande la création, la labellisation, et la mise en réseau de laboratoires des usages à même :

    - de construire et de diffuser un corpus de connaissances sur les usages des TIC et les dynamiques d'appropriation des innovations dans ce domaine ;

    - d'enrichir la connaissance des dynamiques communautaires de création d'usages ;

    - d'aider les entreprises, et notamment les PME, à évaluer la valeur d'usage et les modes d'appropriation des technologies et des services projetés.

     
     
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