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RAPPORT DE TRAVAIL DU GROUPE C : BESOINS EN SPECIALISTES

Le 8 mars 2002


Se doter d'une capacité de prospective
et d'analyse des compétences en technologies de l'information

Le marché du travail des technologies de l'information recouvre les métiers de l'informatique, des télécommunications et du multimédia. Déjà, le seul marché du travail des informaticiens déroute tous ses acteurs et tous ses observateurs.
Le rapport rendu public par le Commissariat général du plan, le 19 décembre dernier, sous le titre " Entre chômage et difficultés de recrutement : se souvenir pour prévoir ", rend très bien compte du " fonctionnement tout à fait atypique de ce marché de l'emploi ". Les caractéristiques principales en sont :

- des métiers en évolution permanente, qu'ils soient exercés dans des entreprises du secteur des technologies de l'information - constructeurs, opérateurs de télécommunications, éditeurs de logiciels, sociétés de services - ou dans les entreprises utilisatrices, qui, maintenant, sont de toutes les tailles et de toutes les branches professionnelles ;

- un périmètre indéterminable, qui englobe de l'ordre de 700 000 spécialistes des technologies de l'information en incluant les métiers de réalisation de produits et de services et les métiers d'assistance à leur usage, alors que l'INSEE ne recense que quelque 360 000 informaticiens au sens strict ;

- la part importante des entrées et des sorties de ces métiers par reconversion, dont l'effet global sur le marché de l'emploi est variable et mal connu ;

- sur un marché de l'emploi toujours tendu, la concurrence entre deux types d'entreprises aux intérêts divergents, les sociétés de services qui recrutent au moins les trois quarts des nouveaux cadres informaticiens et les entreprises utilisatrices qui emploient plus de la moitié du total des informaticiens ;

- une offre de postes majoritairement orientée vers des débutants de haut niveau, choix tactique de nombreux employeurs, souvent des sociétés de services ou des entreprises d'autres secteurs utilisatrices de services multimédia, sensibles à la nouveauté des métiers concernés, à la variation très rapide des besoins et au coût d'une reconversion d'employés en place ou de demandeurs d'emploi.

A la suite du CISI du 19 janvier 1999, un réseau d'expertise et d'observation s'est bien constitué, au plan national, sur l'emploi et l'évolution du travail dans la société de l'information. Ce réseau, ainsi que l' Observatoire des formations et des métiers de l'informatique (OFMI), ont pu fournir des éléments de compréhension du marché du travail de l'informatique, mais ils n'ont ni les moyens ni l'autorité nécessaires pour éclairer en permanence les acteurs directement intéressés, entreprises, système éducatif, étudiants, demandeurs d'emploi, etc..

Au delà de l'analyse rétrospective des évolutions de ce marché du travail, l'ensemble de l'économie française a besoin de se référer à une source indépendante des intérêts des diverses catégories de recruteurs, qui lui apportera les résultats :

- d'une capacité d'analyse à chaud des évolutions les plus récentes du marché ;

- d'une capacité de prospective des besoins, notamment de l'émergence de nouvelles compétences.


Ces capacités impliquent des relations permanentes avec les organismes professionnels représentatifs des employeurs, avec les grands organismes de médiation en matière d'emploi (ANPE, APEC), avec les grandes structures de formation initiale (Universités, Ecoles, …) et de formation continue (AFPA, …) et avec les organismes d'animation de la recherche et du développement en matière de production et d'usage des technologies de l'information (ANVAR, Réseaux nationaux de recherche, …).

La priorité initiale serait accordée à la partie la moins bien maîtrisée de ce marché du travail, les métiers de techniciens et les métiers de création et de mise en forme multimédia, correspondant le plus souvent à des niveaux inférieurs à " bac+4 ".

Recommandations


Face au marché du travail des technologies de l'information, le plus complexe de l'économie française, le CSTI recommande :

- de doter la France d'une capacité permanente de prospective et d'analyse des compétences en technologies de l'information, apte à analyser les évolutions les plus récentes de ce marché et à anticiper les besoins futurs, notamment l'émergence de nouvelles compétences ;

- d'en déterminer la place et les ressources de façon à assurer son indépendance vis-à-vis des entreprises qui recrutent sur ce marché ;

- de lui assigner comme objectif prioritaire les emplois du niveau des formations supérieures courtes (" bac + 2 " et " bac + 3 ").


L'école et les technologies de l'information

L'école est le socle de la Société de l'information. Le système d'enseignement primaire et secondaire a commencé à s'organiser à cette fin, cet effort doit être soutenu mais plusieurs actions fortes sont encore nécessaires.
La France, engagée un peu tard sur la voie de l'appropriation des technologies de l'information par le système éducatif, a rattrapé la moyenne des pays européens, mais elle est significativement en dessous des niveaux atteints en Amérique du Nord, dans les pays scandinaves et dans certains pays d'Extrême-Orient : l'enjeu national d'établir la Société de l'information se double de l'enjeu de la compétitivité internationale.

Les technologies de l'information à l'école :
une discipline à enseigner, un outil de travail et un média pédagogique

La simultanéité de ces trois aspects explique la difficulté du sujet et justifie l'importance des moyens à y consacrer.
Les utilisations les plus courantes des technologies de l'information - aujourd'hui le traitement de texte, le calcul et la recherche d'informations sur internet - sont devenues une compétence de base du citoyen, dans sa vie privée et dans sa vie professionnelle. Tout comme pour lire, écrire et compter, il revient à l'école d'apporter à tous ses élèves la maîtrise de cette nouvelle compétence, orientation prise depuis l'année 2000, avec l'institution du Brevet informatique et internet (B2i).
Dix millions d'élèves, la plupart intéressés - et souvent passionnés - par le multimédia, constituent un moteur exceptionnel de la Société de l'information et un relais très efficace pour la sensibilisation des générations précédentes.
A l'issue de la scolarité, le premier poste de travail ou les études supérieures impliquent le plus souvent l'utilisation des technologies de l'information : l'école doit avoir familiarisé l'élève à cet outil de travail.
Les métiers de spécialiste, chez les fournisseurs et chez les utilisateurs de technologies de l'information, représenteront une part croissante des premiers emplois : l'école doit avoir suscité l'intérêt des élèves pour ces métiers.
Les enseignants sont aujourd'hui presque aussi nombreux que l'ensemble des professionnels des technologies de l'information. L'appropriation des technologies de l'information dans leur propre métier d'enseignant justifie des moyens importants et spécifiques.

Les facteurs clés :
équipements, réseaux, formation, services, R&D

L'appropriation des technologies de l'information par le système éducatif implique des actions coordonnées dans tous les domaines :

- L'équipement des écoles en ordinateurs, auquel des moyens importants ont déjà été consacrés, doit être poursuivi. Le travail de l'enseignant se répartissant toujours entre son école et son domicile, cet effort doit s'accompagner d'une aide significative à l'équipement personnel des enseignants.

- La mise en réseau des terminaux et des serveurs informatiques de chaque établissement (l'intranet d'établissement), l'accès de ces réseaux à l'internet par des connexions performantes (1 Mbps au minimum dans un établissement de taille moyenne) et l'accès à ces réseaux depuis le domicile des enseignants, depuis le domicile des élèves et chez certains partenaires institutionnels, pédagogiques et logistiques des établissements (l'extranet d'établissement).

- La mise en réseau des établissements d'enseignement entre eux, pour faciliter leurs travaux collaboratifs et leur donner accès aux ressources logicielles et pédagogiques partagées.

- Un effort massif de formation des enseignants, non seulement à l'utilisation des outils technologiques, mais aussi à l'usage des technologies de l'information dans leur enseignement et leur relation avec les élèves, les parents, l'institution. Cet effort doit s'accompagner d'une reconnaissance, au minimum en termes de carrière, de l'investissement personnel consenti pour l'appropriation collective des technologies de l'information.

- La mise à disposition de chaque élève d'un espace numérique individuel, enrichi d'outils et de contenus et relié de différentes manières aux espaces collectifs que sont la classe, l'établissement, éventuellement la famille - le cartable numérique -. Les expérimentations en cours doivent être encouragées et mises en relation les unes avec les autres, de manière à en tirer rapidement les enseignements préalables à une extension rapide. Elles doivent aussi avoir pour objectif de recréer ou renforcer le lien avec les familles, qui ne doivent pas se trouver écartées de la vie scolaire de leur enfant du fait de l'irruption d'outils technologiques.

- Un soutien important aux recherches et expérimentations pédagogiques portant notamment sur l'utilisation des TIC, en présentiel, à distance ou sous des formes mixtes, ainsi qu'au développement de " manuels " adaptés à l'ère électronique.

Dans tous ces domaines, de nombreuses actions ont été engagées, à l'initiative du Gouvernement, des collectivités locales et des communautés d'enseignants. L'effort ne doit pas se relâcher et sur certains points, il doit être fortement accru : connexions à l'internet à haut débit, formation des enseignants, recherches et expérimentations.

Il reste deux domaines qui appellent une attention particulière : en amont, l'ingénierie des réseaux et du système d'information et, en aval, le soutien de proximité à l'usage des technologies de l'information dans l'enseignement. Il y a là une double fragilité qui, faute d'une action énergique, pourrait remettre en cause l'efficacité de l'ensemble des mesures prises pour la diffusion des technologies de l'information dans le système éducatif.

Le renforcement de la capacité d'ingénierie passe par la mobilisation de compétences internes et externes, ce qui implique des mesures exceptionnelles d'accompagnement, compte tenu de la rareté et du coût de ces compétences sur le marché européen.
Alors que l'accès aux services et la motivation des acteurs ne sont plus des freins durables au déploiement des technologies de l'information dans l'enseignement, des actions s'imposent pour surmonter les réticences, voire les découragements, qui résultent surtout de la complexité des modes opératoires et de la trop grande fréquence des blocages et des pannes, inconvénients qui devraient persister encore quelques années, puis s'estomper sous l'effet des résultats obtenus en ingénierie amont (architectures plus fiables et plus faciles à exploiter).


Il devient donc essentiel d'apporter systématiquement un soutien de proximité aux utilisateurs des technologies de l'information dans les établissements d'enseignement, à l'instar de ce qui s'est mis en place dans les grandes entreprises et dans la plupart des services des administrations. Ce soutien a commencé à apparaître avec les aides éducateurs (8 000 postes actuellement) mais la croissance très rapide du nombre d'ordinateurs simultanément en service va réduire l'efficacité de cette assistance. De plus cette forme d'assistance n'est pas abordable pour des milliers d'établissements de petite taille. Et la création de centres d'appels au niveau des académies ne pourra répondre qu'à une partie des besoins.

Recommandations
renforcement des mesures actuelles, ingénierie et soutien de proximité

Pour une appropriation réussie des technologies de l'information par le système éducatif, le CSTI recommande :

- d'étendre l'effort d'équipement des écoles, des collèges et des lycées à leur mise en réseau et à la généralisation de connexions internet à haut débit ;

- de renforcer l'effort de formation des enseignants et de les aider à s'équiper ;

- de fixer comme objectif la définition, pour la rentrée 2002, d'une plate-forme minimale de " cartable numérique " en réseau commune à tous les établissements en réseau ;

- de doubler l'effort public de recherche et de soutien à la recherche en matière d'enseignement, d'usages des technologies de l'information dans l'enseignement et de contenus pédagogiques adaptés à l'ère de l'information ;

- de lancer un plan de mobilisation des compétences internes et externes en ingénierie des réseaux et des systèmes d'information pour les établissements d'enseignement ;

- d'évaluer le besoin en postes de soutien de proximité permanents, à temps plein ou à temps partiel, dans les plus grands établissements d'enseignement et de programmer les recrutements correspondants ;

- de faire appel, de façon souple et pragmatique, à toutes les compétences disponibles, en plus des jeunes professionnels en début de carrière, pour le soutien de proximité dans les autres établissements ;

- de définir à cet effet les types de contrat utiles pour faire appel aux spécialistes momentanément inemployés, aux entreprises locales du secteur des technologies de l'information et aux autres personnes connues pour leur compétence ;

- d'inciter les collectivités locales à prendre des mesures en vue d'un soutien de proximité conçu simultanément pour les PME et pour les écoles.

 
 
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