Conseil Stratégique des Technologies de l'Information English
Español
                                                                        










 

Dans le site
Sur la toile
  > Avis   > Etudes   > Réunions   > Thèmes de travail   > Entretiens

Entretiens du CSTI


SEMINAIRE DU CSTI DU 2 DECEMBRE 2002

Ce compte-rendu est diffusé par le CSTI à titre d'information afin de susciter et d'accompagner la réflexion. Ils ne reflète ni l'opinion du CSTI, ni de l'un quelconque de ses membres, ni encore celle d'un participant au séminaire du 2 décembre 2002.

Consulter ce document au format pdf


PROGRAMME DES TABLES RONDES

INTRODUCTION :
Présentation du séminaire et éléments de problèmatique

TABLE RONDE N° 1
Dégroupage : freins/accélérateurs pour le haut débit

TABLE RONDE N° 2
Numérisation et droits associés : quelles rémunérations ?

TABLE RONDE N° 3
Voix et images sur IP : convergence technologique

TABLE RONDE N° 4
Sortir l’Europe de la crise des télécoms

TABLE RONDE N° 5
Technologies critiques, perceptions et réalités

TABLE RONDE N° 6
Confiance et usages : perceptions et réalités

 


INTRODUCTION DES ENTRETIENS :

Présentation du séminaire du CSTI le 2 décembre 2002

Le CSTI présente au Premier ministre des orientations, des avis, des impulsions sur un certain nombre de sujets concernant le développement des technologies de l’information en France. Créé voici un peu plus d’un an, son mode de fonctionnement est aujourd’hui établi. Un certain nombre d’avis ont été rendus public, dont certains ont été suivis d’effets comme l’actualité récente l’a montré.
Sont réunies aujourd’hui 2 décembre 2002 un nombre important des personnalités les plus représentatives du monde des technologies de l’information (les présidents de grands groupes, quelques présidents de PME et de start up, des membres du monde de la recherche et de la finance). Cette assemblée n’est pas ouverte au public, et cette réunion a vocation à assurer le contact avec les réseaux existant dans les secteurs des TIC. Une première réunion, publique, avait eu lieu en mars 2002 au Ministère de la recherche.
Les membres du CSTI ont souhaité pour cette réunion organiser un séminaire. Les débats resteront anonymes et cette réunion ne donnera pas lieu à un avis du CSTI.

Eléments de problèmatique

Après plusieurs années de croissance à deux chiffres, les acteurs des secteurs des technologies de l’information vivent aujourd’hui un retournement de situation brutal. Leur situation financière s’est dramatiquement détériorée au cours des deux dernières années et a conduit à des restructurations profondes.
Parallèlement, les usages continuent de croître avec une hausse importante du nombre d’abonnés à Internet et à la téléphonie mobile et depuis quelque mois une très forte montée en puissance du haut débit. Les résultats du commerce électronique en 2002, alors même que les faillites des dot-com se sont multipliées laissent espérer aux acteurs en place, une stabilisation des marchés et une pérennisation de leur activité.
La question posée aux différents acteurs est bien celle de la relance d’un secteur en difficulté financière – comme en témoigne le taux d’endettement de certains opérateurs - mais également stratégique – l’exemple du WAP témoigne de la difficulté croissante pour les opérateurs et les fournisseurs de services d’anticiper les besoins et les attentes de leurs clients.

L’État dispose d’un certain nombre de moyen d’actions pour aider à la reprise de ces secteurs. Les mesures mises en œuvres peuvent concerner les différents éléments de la chaîne de valeur depuis l’équipementier fournisseur de technologie à l’utilisateur final en passant par l’opérateur, fournisseur d’infrastructure et l’éditeur fournisseur de contenus.

  • La clarification du contexte juridique de l’économie numérique :

    L’adaptation du cadre réglementaire existant aux technologies numériques, s’il se fait pour l’essentiel de manière simple – le plus souvent le cadre juridique existant répond aux questions de l’économie numérique – pose quelques questions spécifiques dont les principales sont celles du de la propriété intellectuelle (et notamment de la copie privée) et de la protection des données personnes.
    Dans ces deux domaines des directives européennes sont en passe d’être transposées en droit français et suscitent de houleux débats.

    Une table ronde spécifique a été consacrée à la numérisation et au droit associé avec pour interrogation sous-jacente la définition des modèles économiques des fournisseurs de contenus numériques.
    Une autre table ronde a traité de la question des données personnelles et plus généralement des outils – techniques, juridiques ou réglementaires - à mettre en œuvre pour rassurer les consommateurs et instaurer un climat de confiance. Le lien entre les usages et la sécurité des transmission, où plus précisément, la perception des consommateurs de cette sécurité , a été particulièrement discutée.

  • Une régulation du marché des télécommunications qui permette l’entrée de nouveaux acteurs et l’établissement d’une concurrence loyale et efficace :

    Parallèlement, le cadre réglementaire français des télécommunications devrait être revu dans le courant 2003 avec la transposition d’un ensemble de directives européennes communément appelées « paquet télécoms». Ce nouveau cadre réglementaire devrait permettre d’harmoniser le cadre juridique des « communications électroniques » et pose les jalons de la convergence informatique / télécommunications / audiovisuel. Une table ronde spécifique a été consacrée à la réalité de cette convergence autant au niveau des usages que des technologies.

    Les régulateurs doivent viser l’instauration d’une concurrence efficace et durable sur le marché peu contesté des télécommunications. Si la baisse de tarifs de l’interconnexion à permis un baisse importance des tarifs de téléphonie et de l’accès à Internet par le réseau téléphonique classique, la diffusion rapide du haut débit pose la question spécifique des tarifs d’accès et en particulier du dégroupage. Si la baisse des tarifs de dégroupage en avril 2002 a permis une baisse rapide des tarifs avec en particulier la multiplication des offres à 30 euros, la question demeure de l’efficacité de ce dégroupage en terme de facteur de diffusion de la technologie DSL. Cette question a fait l’objet d’une table ronde particulière.

  • Le soutien à la R&D :

    Dans le contexte économique actuel et faute de liquidité financières, opérateurs et équipementiers réduisent de manière drastique leurs budgets de recherche et développement. Une table ronde avait donc pour objet l’analyse des technologies critiques et des moyens à mettre en œuvre pour que la France et l’Europe puissent se positionner avantageusement sur ces technologies.

    Une des tables rondes a enfin permis de faire le point sur les actions à mener pour sortir l’Europe de la crise des Télécommunications avec en amont une analyse approfondie des origines de cette crise. Elle traite en priorité de la situation des équipementiers et des opérateurs.

TABLE RONDE n° 1

DÉGROUPAGE : FREINS/ACCÉLÉRATEURS POUR LE HAUT DÉBIT

Présentation par M. Laurent ZENOU (cabinet Analysis) d'une étude réalisée pour le CSTI

Présentation

Cet exposé présente les principaux résultats d'une étude réalisée pour le CSTI par le cabinet Analysis sur la comparaison internationale des conditions de mise en œuvre du dégroupage dans des pays où le haut débit 1 est relativement développé 2.

Le dégroupage moteur de la diffusion du haut débit ?

Une question préliminaire se pose des facteurs de diffusion du haut débit et en particulier d’une éventuelle corrélation entre les développements respectifs du dégroupage et du haut débit. Une telle corrélation n’est pas explicitement démontrée par cette étude. Deux cas extrêmes peuvent être présentés :

  • la Corée du Sud, célèbre pour le développement de son haut débit, alors que le dégroupage n’y a été officiellement lancé que fin août 2002 ; le rapide déploiement du haut débit est, en Corée, le résultat d’une politique très volontariste du Gouvernement qui vise à favoriser le déploiement d’infrastructures de haut débit (DSL et câble) ;

  • le Japon, où le dégroupage s’est développé de manière assez significative (58 % des lignes DSL sont actuellement dégroupées), bien que le développement du haut débit soit peu avancé.

Néanmoins, le développement du haut débit semble corrélé à la date développement des lignes dégroupées d’opérateurs alternatifs et le décalage temporel entre le développement des lignes dégroupées par les opérateurs alternatifs et le lancement d’offres DSL par l’opérateur historique constitue un facteur à prendre en compte.

Freins / facteurs de succès du dégroupage

Les principales difficultés relatives au dégroupage sont :

  • Comportement de l’opérateur historique : Le comportement de l’opérateur historique peut parfois être jugé discriminatoire.
    - l’accès aux informations : La transmission d’informations (qualité des lignes, zones de couverture des répartiteurs, caractéristiques des salles de colocalisation…) de l’opérateur historique vers les opérateurs alternatifs est souvent difficile. En Allemagne, par exemple, les informations sur la qualité et la longueur des lignes sont transmises de manière manuelle (par courrier postal) aux opérateurs alternatifs, alors qu’elles le sont de manière électronique (c’est-à-dire bien plus rapidement et de manière bien plus efficace) pour les filiales ou divisions de l’opérateur historique qui exploite le haut débit sous DSL.
    - Délai de traitement des informations : Toutes les démarches prennent plus de temps pour l’opérateur alternatif qui dépend complètement de l’opérateur historique
  • L'allocation et l'exploitation des salles de colocalisation :Au Royaume-Uni, le processus a au départ laissé une liberté assez importante aux acteurs concernés (Bow-F Process). Mais ce système était inefficace, du fait de l'apparition rapide de conflits d'intérêts entre les opérateurs alternatifs (ce qui a paralysé le processus d'allocation de salles de colocalisation).
  • Responsabilité des interventions en exploitation : S'est également posé le problème de la responsabilité des interventions nécessitées par les problèmes ou incidents constatés au niveau de l'exploitation des lignes. Ce facteur s'est avéré particulièrement important au Japon.
  • Courbe d'apprentissage : Les nouveaux entrants, qui lancent généralement plus tard que les opérateurs historiques leurs offres dégroupées DSL, se situent moins en aval au niveau de la courbe d'apprentissage et présentent en conséquence un retard au niveau opérationnel, qui a un impact sur l'efficacité de mise en œuvre des lignes dégroupées.

À partir des expériences internationales réussies, certains facteurs de succès peuvent être identifiés :

  • Un régulateur contrôlant bien le processus sans intervention excessive. En Allemagne, le régulateur a plutôt le rôle de modérateur, et laisse le plus possible les opérateurs alternatifs et l'opérateur historique discuter entre eux, et n'intervient qu'en cas de réel problème.
    - Une régulation rapide et efficace… : Des organismes de régulation ou d’autre nature (gérant par exemple la concurrence) ayant de réels pouvoirs d’intervention et agissant dans des délais rapides (c’est-à-dire arbitrant dans les trois mois suivant leur saisine), constituent également un facteur de réussite.
    - … qui donne une donne visibilité pluriannuelle aux opérateurs et entre autres l’évolution des prix des lignes totalement ou partiellement dégroupées. La présentation d’objectifs par le régulateur permet aux opérateurs alternatifs de mieux préparer leur plan de déploiement et de voir dans quelles conditions économiques ils pourront exploiter le dégroupage.

  • Les échanges d'information : Les échanges d'information sous format électronique génèrent des gains de temps évidents, de même que les processus automatisés et la mise en parallèle de procédures (à l'inverse de leur séquençage).
    Cette dernière démarche a un impact important sur :
    - la mise à disposition des salles de colocalisation, ce qui permet de déployer de nouvelles zones sur les dégroupages ;
    - la livraison ligne par ligne, ce qui permet d’avoir une meilleure réactivité des opérateurs par rapport à leurs clients (élément particulièrement important pour les clients entreprises).

  • Le co-mingling : Le co-mingling est une option de dégroupage où les équipements de l'opérateur alternatif sont installés dans la même salle que ceux de l'opérateur historique, procédé induisant des gains de temps et d'argent et ayant un impact important sur le déploiement du dégroupage.

Quels enseignements en tirer pour la France ?

Les services DSL sont disponibles depuis fin 1999, via l’opérateur historique et des opérateurs alternatifs (qui lançaient des offres DSL, non sous forme non totalement dégroupée, mais en tant que vente en gros de trafic DSL fourni par l’opérateur historique). Le dégroupage total est apparu au troisième trimestre 2001, c’est-à-dire assez tardivement. Mais la situation évolue rapidement. Le haut débit progresse de façon significative. Le DSL, avec plus de 75 % des lignes haut débit, est le principal contributeur à ce développement. Le ratio lignes dégroupées sur nombre total de lignes DSL est bien inférieur à 1 %. Et même si l’on est passé d’environ 700 lignes à un peu plus de 1 000 lignes en deux mois, la proportion demeure très faible.

De nouvelles offres sont apparues depuis septembre, avec des prix de détail moindres, devant bientôt être proposées, principalement en région parisienne, pour des lignes DSL totalement dégroupées. Les annonces de base de clients haut débit et DSL semblent montrer une forte croissance de la diffusion de ces technologies : en novembre, France Télécom a par exemple annoncé avoir dépassé le million d'abonnés DSL.

On constate par ailleurs :
- que l’opérateur historique fournit désormais l’information disponible sous forme électronique, ce qui peut être intéressant pour mettre en place le processus ;
- une automatisation progressive des échanges d’information, avec la mise en place d’un extranet dégroupage ;
- que l’option du co-mingling est disponible en France depuis juin 2002.

Conclusion

Le dégroupage est un processus relativement complexe, qui nécessite du temps. Il ne constitue pas une solution miracle, qui garantisse du jour au lendemain un développement important du haut débit. La mise en œuvre du dégroupage passe en outre par une courbe d'apprentissage nécessaire pour tous les acteurs (opérateur historique, opérateurs alternatifs et régulateur).

Discussion

Au contraire du marché des de télécommunications mobiles, la concurrence est faible sur le marché du fixe. Elle prend la forme d’une part de technologies alternatives notamment avec les réseaux câblés et la boucle locale radio et d’autre part du dégroupage de la boucle locale en cuivre de l’opérateur historique.

Cette table ronde avait pour objet de traiter la question du dégroupage comme moyen de diffusion du haut débit chez les résidentiels et les entreprises français. Il est important que le dégroupage reste un moyen parmi d’autres d’atteindre l’objectif qui est la diffusion du haut débit.

Les commandes de lignes dégroupées se sont considérablement développées tout récemment. Voici quelques semaines, ces commandes cumulées dépassaient à peine le millier de lignes, volume que représentent aujourd’hui les commandes hebdomadaires. Certes, au regard des 33 millions de lignes, ces chiffres demeurent faibles, mais le mouvement semble initié.

La mise en œuvre du dégroupage en France

Au cours de ces dernières années, a ainsi eu lieu un large débat, arbitré par l’ART, sur les grands principes tarifaires de l’économie du dégroupage. Aujourd’hui, ce débat est pour grande partie achevé.

Le dégroupage est désormais en phase opérationnelle, où à la fois France Télécom et les opérateurs doivent progresser dans leurs courbes d’apprentissage respectives. La mise en œuvre de la présélection en matière de voix a de même nécessité un certain temps d’apprentissage. Les opérateurs alternatifs en général font le même constat : on ne peut pas demander de mettre en place des processus opérationnels de façon instantanée. Le process nouveau se met en place progressivement. S’il y a eu quelques dysfonctionnements, les opérateurs alternatifs disent aujourd’hui réussir à dialoguer avec les équipes de France Télécom sur le terrain, à dégrouper des lignes, à améliorer les services. Les points d’achoppement qui demeurent concernent notamment le co-mingling ou la colocalisation virtuelle.

Le succès du dégroupage dépendra de la pérennité des opérateurs alternatifs

Les vraies contraintes du le dégroupage concernent :
- la capillarité ;
- les investissements nécessaires ;
- le raccordement du répartiteur à un réseau (backbone).

Le dégroupage concerne essentiellement les zones urbaines denses, où la desserte du DSLAM (l’équipement installé dans le répartiteur de France Télécom par l’opérateur tiers) n’est pas chère, parce qu’il existe un point de raccordement de l’opérateur géographiquement proche. Dans les grandes métropoles (Paris, Lyon, Marseille…), le dégroupage va donc être une réalité.

La question est alors de savoir quelle économie doit sous-tendre ce mécanisme qui s’appuie d’une part sur le dégroupage, d’autre part sur une offre de revente de France Télécom. En effet, un opérateur ne peut lancer une offre et essayer d’atteindre un seuil critique, que s’il dépasse la clientèle uniquement desservie par les sites où il a décidé de dégrouper. Il a donc besoin de compléter son marché par des offres de revente de France Télécom (il s’agit en l’occurrence de l’option 3). Les options 3 et 5 (qui représentent, non du dégroupage, mais des offres de revente de la ligne équipée de haut débit par France Télécom) complètent l’action du dégroupeur au niveau des sites où il est installé.

Procéder à du dégroupage partout ne relèverait pas de la rationalité économique. L’ouverture de l’accès doit se faire de façon multi-technologique.
- Le DSL, s’il permet effectivement des déploiements rapides, impose par ailleurs des contraintes d’investissement réel, puisque le dégroupage se fait au niveau du répartiteur de France Télécom, c’est-à-dire très bas dans le réseau – or les réseaux des opérateurs alternatifs disposent d’une certaine capillarité, mais ne peuvent raccorder l’ensemble des 12 000 répartiteurs de France.
- Le dégroupage doit donc être compléter par d’autres solutions : par exemple la BLR ou les options de vente en gros d’ADSL de France Télécom, dites « options 3 et 5 », qui permettent à un opérateur alternatif de pouvoir se positionner sur une couverture nationale et d’offrir au consommateur (entreprises et résidentiel) des offres de DSL haut débit tout en permettant d’accompagner le déploiement au niveau de l’option 1 et d’aller le plus bas possible dans le réseau.

C’est un leurre de penser que l’on peut arriver à déployer du dégroupage instantanément et avec une couverture nationale. Mais cette instantanéité n’a pas été de mise non plus pour la voix, domaine où tout s’est également fait progressivement : les opérateurs ont commencé par s’interconnecter à des PRO pour avoir du simple transit, et au fur et à mesure, les volumes aidant, ils ont pu autofinancer une capillarité allant jusqu’au CAA. Ce mouvement a été progressif car dans le catalogue d’interconnexion de France Télécom trois niveaux tarifaires existaient :
- un tarif de double transit, avec un seul point de présence opérateur au niveau national ;
- un tarif de simple transit, applicable aux opérateurs ayant un point de présence dans chaque région métropolitaine ;
- un tarif au CAA, beaucoup plus bas dans le réseau et beaucoup plus intéressant en proportion du volume de minutes de connexion.

L’existence dans l’offre de dégroupage de France Télécom d’un tarif intermédiaire (plus bas que la région) permettrait aux opérateurs qui ont déployé des réseaux pour les services de voix de mieux les utiliser. L’ART doit arbitrer cette question de la pertinence d’un tarif intermédiaire.

De facto, l’opérateur a une économie dépéréquée ; il s’installe en effet en dégroupage là où les coûts sont moindres pour lui – ce qui est bien compréhensible. Les offres de France Télécom sont en revanche péréquées, ce qui pose une question de fond, à laquelle doit répondre l’ART.

Le dégroupage permet de répondre à la question de la desserte mais ne résoud pas la question de l'accès également cruciale dans le cas des zones moins denses

Si tous les acteurs s’accordent à penser que la boucle locale est le goulet d’étranglement ; ce qui justifie a priori le dégroupage. La question de la concurrence sur les backbones est plus discutée. Elle existe a priori puisque c’est à ce niveau que la concurrence des télécommunications a été initiée. Néanmoins dans beaucoup de zones, l’offre de raccordement du répartiteur à un réseau haut débit n’existe pratiquement pas. Si de la fibre optique est installée le long de presque toutes les autoroutes, fleuves, voies SNCF, elle ne permet pas toujours de proposer des offres rentables. S’il y a possibilité de travailler sur un secteur, il ne faut pas perdre d’argent au niveau de la prestation d’acheminement vers le point d’interconnexion de son propre réseau.

Le réseau métropolitain est un point clef dans le développement de cette offre haut débit au résidentiel et aux entreprises; il concerne cependant davantage ces dernières que le premier, qui y accède via la liaison capillaire (radio, cuivre…). Les techniques basées sur des arbres optiques qui viendraient directement se brancher sur les réseaux métropolitains de nouvelle génération davantage adaptés à l'Internet intéressent actuellement fortement les entreprises du marché nord-américain. Le coût des équipements optiques s'est écroulé en l'espace de dix ans. A l'heure actuelle, le seul défaut de la fibre est le coût du génie civil (encore qu'existent désormais des techniques permettant de poser des fibres sans faire de tranchées ; il suffit de disposer de canalisations).

En France, un nombre important d’organismes, notamment de grandes collectivités locales, ont bien compris qu’intervenir aussi au niveau métropolitain, et pas seulement sur la partie terminale, représente un facteur clef de développement.

Le marché du réseau métropolitain (qui fédère les boucles locales avant d’accéder au réseau de cœur) présente des spécificités, constitue peut-être un maillon faible dans la chaîne du haut débit. Les réseaux métropolitains sont aujourd'hui tous basés sur des technologies de type Sonet-SDH, qui ont le grand avantage d’être extrêmement robustes (par exemple en cas de coupure de fibre), mais font du haut débit sans aucune flexibilité dans l’allocation de bande, et sont faites pour véhiculer du trafic téléphonique plutôt que du trafic IP. Elles posent donc problème, quelle que soit l’option retenue pour la partie terminale (radio, cuivre, fibres…).

L'accès haut débit pour les collectivités locales

Au niveau de la couverture du territoire, il semblerait que l’opérateur réclame, plus que des aides incitatives, de ne plus être contraints à des déploiements déficitaires. Les collectivités locales ne sont pas forcément intéressées par le dégroupage, mais elles le sont par la couverture Internet haut débit. Les collectivités locales peuvent alors constituer un relais, et permettre aux opérateurs d’étendre les zones d’investissement, pour des offres qui seront revendues aux opérateurs tiers, non sous la forme de dégroupage, mais sous celle des offres de revente précitées (options 3 et 5). Encore une fois, distinguons donc le dégroupage comme moyen (non unique) d’aboutir à une concurrence, et le haut débit lui-même, qui est la finalité de la démarche.

À ce niveau se pose la question de savoir si les collectivités locales pourront, le cas échéant :
- permettre à un opérateur d’utiliser du matériel auxquelles elles pourraient concourir (de façon directe ou indirecte) ;
- bénéficier du fait que ces matériels installés dans des répartiteurs soient des matériels mutualisés dans le cadre de dégroupages.

Solutions alternatives

Le dégroupage est une solution, d'autres solutions technologiques ou réglementaires pourraient être envisagées.
- Le dégroupage a-t-il une chance de fonctionner?
- La séparation structurelle entre le réseau et le service de l'opérateur historique est-elle envisageable ?
- L'institution des services publics locaux, pour permettre aux collectivités d'investir dans un opérateur local avec éventuellement une structure mixte d'actionnariat pour développer des accès alternatifs pourrait-elle contribuer à la diffusion du haut-débit dans les zones peu denses ?
- La mise en place de l'Ethernet dans des zones très denses (non loin des répartiteurs), sur des lignes totalement dégroupées est-elle option mure et intéressante ?
- À quel moment les entreprises choisiront-elles de faire le pas vers les technologies optiques ?

TABLE RONDE n° 2

NUMERISATION ET DROITS ASSOCIES : QUELLES REMUNERATION ?

Présentation

Derrière l’intitulé « Numérisation et droits associés » , sont posées les questions :
- des limites du tout gratuit ;
- de l’impact de l’identité de la copie et de l’original dans l’univers du numérique ;
- de la valeur ajoutée qu’apporte cette numérisation et la répartition de celle-ci entre les différents acteurs concernés.

La transposition de la directive « droits d’auteur dans la société de l’information » a fait l’objet d’un avant-projet de loi. Celui-ci n’a pas encore été arbitré, et peut être commenté par les parties intéressées jusqu’au 15 décembre 2002; il sera examiné par le Conseil Supérieur de la Propriété Littéraire et Artistique (CSPLA) en séance plénière le 5 décembre 2002.

Ce projet de loi contient la plupart des enjeux législatifs dont les intervenants vont débattre au cours de cette table ronde. Les questions clefs de cette réflexion sont relatives à :
- l’application de la loi (lutte contre le piratage) ;
- la propriété intellectuelle (adaptation du code de la propriété intellectuelle aux enjeux de la société d’information et du numérique).
La question de la propriété intellectuelle renvoie notamment à des débats plus spécifiquement français, car liés à la nature du droit d’auteur français (par exemple ce qui relève de la réforme de la création salariée et de l’œuvre collective).

D’autres débats sont spécifiquement américains, communautaires ou internationaux, tels que ceux portant sur la gestion numérique des droits ou l’avenir des exceptions (fair views en système de copyright ; exceptions pour copie privée ou listes limitatives d’exceptions en système de droits d’auteurs).

En France, toutes ces questions sont traitées principalement par le CSPLA. La Commission « Brun Buisson » s’occupe d’adapter les modalités de la loi sur la copie privée de 1985 aux supports d’enregistrement numérique et aux nouvelles œuvres écrites, graphiques et plastiques depuis la loi du 17 juillet 2001 (qui étend le bénéfice de la rémunération pour copie privée à de nouvelles catégories d’œuvres).

Discussion

Un cas concret : l'image, l'enseignement de l'histoire de l'art

En matière d’histoire de l’art, la photographie constitue un élément essentiel à la fois de l’enseignement, de la recherche, et de la diffusion des connaissances.

La situation a beaucoup évolué au cours de ces deux dernières années.
- L’arrivée de ces nouvelles technologies a profondément fait évoluer le mode d’enseignement, en France et partout ailleurs. Jusqu’ici l’enseignement s’appuyait sur des diapositives ; les Américains s’appuient désormais sur des photos numérisées, notamment hébergées sur des sites associés aux enseignements. Les programmes mis en place dans les grandes institutions américaines (Columbia, MIT …) mettent ainsi à disposition en ligne, non seulement des bases de données, mais également des enseignements.
- La directive européenne sur la propriété intellectuelle décrite dans la présentation, publiée voici deux ans, est un frein évident à l’enseignement de l’histoire de l’art. En effet, l’enseignement de l’histoire de l’art fonctionnait jusqu’alors dans l’illégalité, puisque les diapositives et les photos numérisées étaient issues d’ouvrages ou de prises de vue en plein air (pour les monuments), sans que quiconque soit rémunéré.
- L’évolution parallèle du droit à l’image tend à rendre de plus en plus difficile la reproduction iconographique gratuite de quelque œuvre, document ou même monument que ce soit (le bâtiment où se tient la présente réunion, par exemple, appartient au Sénat en termes de droit à l’image).

Plusieurs points sont ressortis de cette réflexion.
- Il semble aujourd'hui impossible de question de renoncer aux possibilités offertes par le numérique, notamment la mise à disposition à l’endroit des étudiants de photos visualisables en dehors des cours. Il faut également envisager l’enseignement sur Internet, qui représente une opportunité très porteuse.
- En matière d’histoire de l’art, le cadre juridique qui se dessine ne permettra plus de projeter des photographies en cours. Quatre personnes doivent ainsi être rémunérées :
- le possesseur ;
- les ayants droits lorsque l’œuvre n’est pas encore
du domaine public ;
- le photographe de l’œuvre ;
- le média support de cette diffusion photographique.
Pour près de 200 heures de cours et 30 à 50 photos projetées par cours. Un tel système déclaratif est impossible à mettre en œuvre et surtout à financer.

Deux systèmes juridiques existent à l’étranger qui permettraient de résoudre cette situation :
- En Suisse, tout ce qui concerne l’enseignement est exempté de droit, la salle de classe étant étendue au Web . En France, les historiens d’art souhaiteraient s’orienter vers cette voie.
- Aux États-Unis, le fair views à l’américaine implique qu’à partir du moment où une personne utilise une image à des fins non commerciales, elle est exemptée de droit. A l’Université de Yale, les cours d’histoire de l’art sont appuyés par de la photo numérisée, et toutes les photos numérisées, y compris d’œuvres contemporaines, sont accessibles aux étudiants via un code personnel, et sont mises en ligne libres de droit.

Les étudiants français s'acquittent d'environ 300 euros de droits d'inscription à l'Université. Les ressources propres des départements sont en conséquence extrêmement minimes, d'autant plus que ces droits ne sont pas différenciés suivant les disciplines. Les universités ne sont pas en mesure de s'acquitter des droits qui leurs seront demandés. Les grandes institutions publiques elles-mêmes (Bibliothèque Nationale, Louvre…) ne peuvent proposer leurs œuvres libres de droit. Un cours ou un enseignement se bâtissent à partir d'un corpus relativement large. Ce serait limiter complètement la marge de manœuvre des enseignants que de leur imposer de n'avoir pour base d'enseignement que les fonds des institutions françaises ou européennes.

Un autre cas concret : le livre, le point de vue des éditeurs

La comparaison des conditions de l’enseignement en France et aux États-Unis se justifie d’autant moins que l’enseignement outre Atlantique est payant et que le modèle économique et les moyens financiers des universités y sont sans commune mesure. La connaissance des étudiants américains se base désormais sur les réseaux, les bases de données. La base de données juridique Lexis Weslaw est accessible dans une salle d’informatique ; dans la salle voisine, où se trouve une bibliothèque extrêmement riche, il n’y a plus personne. Néanmoins, il ne faut pas oublier que si les élèves ont accès à des bases de données, l’Université acquitte pour ce faire une redevance à des ayants droits.

Les contenus numériques vont progressivement remplacer les supports physiques. La musique présente sur un Compact Disc peut être copiée sur d’autres Compacts Discs ou être enregistrée sur un ordinateur. L’écrit papier est aussi apparu très tôt comme un support appelé à se "dématérialiser". Les 25 volumes de La Comédie Humaine de Balzac peuvent être contenus sur un seul CD-ROM.

Le secteur de l’édition continue à se cramponner à une gestion individuelle de ses droits. La rémunération des droits peut être effectuée de deux façons :
- par la gestion dite individuelle;
- par la gestion dite collective.

À ce jour, dans l’édition, les éditeurs disposent par contrat du droit de reproduire et de représenter l’œuvre des auteurs, et les rémunèrent en conséquence. Le livre constitue a priori le support permettant d’obtenir cette rémunération, mais celle-ci sera de plus en plus obtenue à partir des bases de données (CD-ROMs…) qui permettent de diffuser ces connaissances.

La rémunération est essentielle pour l’auteur, et garantit la création. La reproduction des œuvres a déjà été problématique avec la photocopie; 15 ans ont été nécessaires avant d’arriver à la loi du 3 janvier 1995, qui a mis en place un système de licence légale, 100 millions de francs étant recueillis annuellement par une société agréée (le Centre Français du Droit de Copie), et répartis au niveau de l’ensemble des œuvres scolaires universitaires. Ce système n’a cependant pas permis de maintenir la diversité dans le domaine de l’édition scientifique. Les auteurs comme les éditeurs, sont désormais très attentifs aux conséquences de la numérisation.

Dans le monde musical, où la gestion collective des droits est l’objet d’une histoire plus importante, dans le monde du cinéma et dans d’autres, des sociétés comme la SACEM, la SACD ou la DAGP (pour les œuvres graphiques) ont constitué la société Sésame, sorte de guichet unique permettant déjà aux utilisateurs de s’acquitter d’une redevance négociable en fonction de l’usage (les rémunérations ne sont pas les mêmes dans le cadre d’une exploitation commerciale et dans celui d’une exploitation éducative ou de recherche). Il existe donc un aménagement des droits et de l’acquittement des droits par les sociétés ou les titulaires les représentant.

Dans une tradition de gestion individuelle et d’exclusivité du titulaire qu’est l’éditeur, le principe de la copie privée constitue une respiration nécessaire à la connaissance et à la liberté individuelle. La rémunération pour copie privée permet à l’organisme qui s’en acquitte de proposer à des étudiants des copies sur Internet.

La commission Copie Privée présidée par M. Brun-Buisson a prévu une redevance sur tous les supports de type CD-ROM, à l’instar de celle qui continue d’exister pour les cassettes audio et vidéo vierges. Cette rémunération permettra de compenser des pertes de revenu découlant d’un usage hors achat. Pour les éditeurs, il s’agit là d’une rémunération équitable, tant pour les auteurs que pour leurs ayant droits, mais également pour l’ensemble de la communauté des créateurs puisque 25 % du montant total de la rémunération aidera les créateurs pour leur formation personnelle. L’objectif est de trouver un équilibre entre les intérêts respectifs des créateurs et du public. Dans un pays qui a toujours défendu un droit d’auteur humaniste, qui permet une rémunération et assure la diversité et la richesse de la culture, il semble essentiel que cette approche soit reconnue, et que ne soient pas créées artificiellement d’exceptions dans les domaines de l’éducation ou de la recherche. En Suisse ou aux États-Unis, les moyens d’accéder à la culture ne sont pas les mêmes. La valorisation d’une œuvre est déjà une forme culturelle et une éducation en soi. Il faut maintenir un seuil minimum de protection pour que les créateurs puissent créer.

Il existe donc de nouveaux modèles de gestion de la propriété intellectuelle. Cela étant, le droit d’auteur, tel qu’il a été conçu en 1957, considère la propriété intellectuelle comme une propriété immatérielle, et s’adapte donc parfaitement à l’économie de demain. Il n’y a pas carence de droit en la matière ; il est seulement nécessaire de trouver l’assiette du montant du droit, et de bien le répartir.

Le livre est un support. Que le texte et l’image soient intégrés à des bases de données et soient reproduits sur des CD-ROMs et d’autres supports qui peuvent le diffuser représente une révolution technologique. Cette révolution est déjà une réalité pour le film, puisque la télévision hertzienne donne seulement lieu à une redevance (qui en outre ne concerne que le service public). De même, il existe des systèmes de licence légale pour la diffusion de la musique à la radio, mis en place par la gestion collective. Cela étant, le problème de la licence légale est qu’elle peut parvenir à une unicité du choix et de la sélection des œuvres diffusées. Au demeurant, on peut aujourd'hui accéder, via des abonnements, à des éditions législatives et juridiques, qui donnent lieu à une rémunération des auteurs au prorata du montant de droits acquittés.

Les droits d'auteurs aujourd'hui ne rémunèrent pas l'auteur mais l'éditeur, pas le contenu mais le support

L'enjeu est que l'Europe soit d'ici quelques années leader sur le plan économique (comme le prévoient les critères de Lisbonne) dans une économie nouvelle dans laquelle la création de valeur est essentiellement basée, non sur la transaction, mais sur le partage (partage de connaissances et d'informations, capacité à diffuser et à créer de la valeur), dans des communautés actives faisant de l'innovation, donc de la création.

Les modèles économiques sur lesquels a reposé le marché de l'édition jusqu'à ce jour rémunéraient moins les supports que les contenus ; la preuve en est qu'un livre d'Agatha Christie vaut le même prix que le livre d'un auteur beaucoup moins connu. La très grande majorité des auteurs ne vivent pas de leurs livres. Ne se trompe-t-on pas lorsqu'on affirme qu'au-delà du support on gère des droits ? En fait, pour l'essentiel, on gère le service (au niveau des banques de données, on paye le temps d'accès).

Les dispositifs de réflexion collective ont pour base une économie marchande où la règle du jeu est la transaction. Les avocats, les juristes, les comptables aident les acteurs à se maintenir à tout prix dans ce système de pensée, qui leur permettra d'accroître leurs revenus. Ce sont les droits des intermédiaires que les dispositifs existants défendent, et non véritablement ceux des créateurs et des ayants droits.

La propriété intellectuelle est le pivot clef et le carrefour international des affrontements commerciaux des cinq prochaines années. Si l'Europe veut introduire une appropriation par les créateurs et les ayants droits des objets de patrimoine, de culture, d'enseignement, il y a vraiment un défi à porter. C'est d'ailleurs dans cet esprit que le Conseil de l'Europe travaille sur un instrument dédié à la défense des patrimoines culturels face à la mondialisation actuelle.

Le problème est complexe et difficile. Il ne faut pas avoir peur d'avoir une vision un peu copernicienne de la transformation de la société ; il ne sera alors pas possible de continuer à créer de la richesse. De fait, créer cette richesse revient de plus en plus à capitaliser sur l'immatériel, et s'appuie sur des logiques d'identité collective dans lesquelles les logiques de patrimoine et de numérisation d'informations culturelles rapidement accessibles au plus grand nombre deviennent essentielles.

En théorie économique classique, si le coût marginal est nul il n'y a pas de prix. Faut-il vouloir construire les règles de la nouvelle économie sur celles de l'ancienne économie - ce que l'on essaye désespérément de faire -, comme si une œuvre était semblable à une voiture ? Par ailleurs, le droit se construit en fonction du consensus social. On ne peut donc pas construire une économie sur des clefs si personne ne veut les utiliser. Il convient d'identifier clairement les acteurs présents sur la chaîne de valeur et de définir les sources de revenus pour chacun d'entre eux.

L'importance d'une réflexion globale

Le Réseau de Recherche et d'Innovation en Audiovisuel et Multimédia a été créé au début de l'année 2001, faisant suite au Programme PRIAM (Programme de Recherche et d'Innovation en Audiovisuel et Multimédia), et a pris la forme d'un réseau dans le cadre d'un RRIT 3 (Réseau de Recherche et d'Innovation Technologique). L'objet du RIAM est de s'intéresser aux contenus et aux usages, avec l'idée sous-jacente qu'un des moteurs du développement du haut débit pourrait notamment être les contenus diffusés sur Internet.

Les objectifs du RIAM sont de fédérer plusieurs communautés d'industriels autour de leaders nationaux tels que Thomson, Thales, Canal Plus Technologies, etc. Cette démarche englobe bien entendu également le monde de la création (audiovisuel, divisions multimédia des éditeurs) et celui de la recherche (laboratoires travaillant dans le domaine de la numérisation et des contenus audiovisuels ou audio).

Les deux axes de recherche privilégiés du RIAM sont :
- les recherches concernant la protection des droits de propriété intellectuelle et la gestion des droits (DRM) ;
- l'auto-production (le développement de la téléphonie mobile et le phénomène des SMS ont en effet montré qu'une large part du développement du réseau est dû aux contenus auto-produits et aux échanges inter-personnes).

Internet n'est pas uniquement un vecteur de piratage, mais peut servir :
- à mieux gérer et à mieux utiliser les droits, à travers de nouvelles utilisations non autorisées par les médias existants (certains sites vendent des morceaux de musique ou des vidéos avec une gestion des droits diversifiée : pour une écoute, une semaine, etc.).
- à appliquer à Internet le système de la pay TV ou du pay per view, via des décodeurs, des cartes à puce ou le récent système Smart Right (porté par un consortium piloté par Thomson et soutenu par le RIAM) visant à bien contrôler la gestion des droits, y compris sur le home réseau, c'est-à-dire pour l'ensemble des utilisations pouvant être constatées au domicile.

Les enjeux des problèmes de DRM renvoient d'abord à la sécurité. En effet, les ayants droits sont bien entendu attentifs à ce que le système ne soit pas trop rapidement piratable (le codage CSS des DVD a par exemple rapidement été diffusé sur Internet). A ce titre, la carte à puce représente une solution fonctionnelle pour les transactions en ligne. La protection de la vie privée et des données représente un autre enjeu. Se pose également la question du logiciel libre, sachant qu'une des premières sécurités dans le domaine consiste à ne pas publier les algorithmes (même les brevets sur la cryptographie sont rarement publiés).

Enfin, il ne faut pas oublier l'intervention du réseau dans un domaine international. Les acteurs français doivent être capables de diffuser leur contenu en langue française de façon suffisamment accessible et permettre une bonne utilisation des droits, pour éviter d'être submergés sur Internet par des contenus en langue anglaise, voire en langue française en provenance du Québec.

Dans les domaines de la connaissance (domaines artistique, culturel, patrimonial), l'utilisation des nouveaux outils technologiques doit relever d'une démarche globale et ambitieuse. L'invention doit vraiment défendre les créateurs (et non les intermédiaires), ainsi que le collectif, c'est-à-dire le dispositif d'identité et de partage de connaissances (enseignement, formation, dispositifs ouverts…). En ce domaine, les discours et les logiques très "court-termistes" se multiplient, avec des approches systématiquement défensives sur la question des droits. Il est crucial de revoir les fondamentaux d'une nouvelle économie basée sur l'immatérialité des œuvres et des documents, pour laquelle n'existent pas à ce jour d'éléments définitifs.

Les solutions envisageables

La question peut s'articuler dans les domaines suivants :
- l'amélioration de la prévention ;
- l'éducation du public ;
- l'efficacité des procédures.

  • Pour la première matière, le renforcement du cryptage, à l'aide ou sous couvert d'un organisme public, ne serait-il pas la bonne solution ? L'information et le contrôle du public par une instance dirigeante semblent par ailleurs importants.
  • Pour l'éducation, la gratuité de l'information éducative doit être analysée dans le détail.
  • S'agissant des procédures, il est important d'inciter les fournisseurs d'Internet à renforcer leurs actions préventives et répressives sur les contenus qu'ils hébergent. La crise des télécommunications est très positive à ce sujet, puisqu'il y aura de moins en moins de FAI - il sera donc beaucoup plus facile d'exiger de leur part un contrôle des messages qu'ils diffusent.
  • Enfin, Microsoft n'a pas été tellement pénalisé par le piratage de ses contenus. Il faut être attaché à l'innovation perpétuelle, qui permet souvent d'être un bon substitut à la gestion des droits.

Il est intéressant de mettre en parallèle ce que font Microsoft et le MIT. Ce dernier a mis ses cours en ligne, via l'open crosswave. Son modèle de revenu est différent de celui de Microsoft, qui est l'une des entreprises les plus piratées au monde, et qui parvient pourtant à faire 85 % de marge (son business modèle lui permet donc d'intégrer les coûts du piratage). La protection à tout prix est-elle une solution? N'existe-t-il pas un modèle qui permettrait de percevoir une rémunération autrement, au bénéfice des consommateurs, et non seulement des majors compagnies ?


TABLE RONDE n° 3

VOIX ET IMAGES SUR IP : CONVERGENCE TECHNOLOGIQUE

Présentation

La convergence fait partie de ces mythes existant depuis quasiment la naissance des réseaux Internet. Il n'en reste pas moins qu'aujourd'hui, si l'on définit la convergence comme la possibilité d'offrir des services voix-données-images sur un même support, on peut constater que pour l'essentiel, les réseaux dédiés à la voix supportent la voix, les réseaux dédiés à la télévision supportent la vidéo, et les réseaux dédiés aux données transmettent des données. La question sous-jacente à cette table ronde est donc de savoir si pour des raisons économiques et techniques cet horizon restera fuyant, ou si l'on s'achemine vers une certaine réalité de cette convergence, avec pour moteur technologique de celle-ci l'émergence d'une technologie unique (à savoir le protocole IP).

Voix sur IP

Un certain nombre de facteurs sont à prendre en compte pour éclairer cette problématique.
- Des normes existent aujourd'hui pour permettre la transmission de la voix sur IP dans des conditions correctes et l’on assiste dans certains cas à des déploiements réels.
- La pénétration des technologies d’accès à haut débit devient une réalité grâce aux réseaux câblés et au réseau ADSL.
- Du côté des cablo-opérateurs, un certain nombre de normes ont été mises en place, qui permettent d’envisager, non seulement la poursuite de l’existant, à savoir la transmission de données sur le câble, mais également la transmission de la voix.
- Un certain nombre de facteurs économiques peuvent également constituer des moteurs à l’émergence de cette concurrence voix-données-images.

La concurrence entre le fixe et le mobile au niveau des opérateurs télécoms conduit à une certaine érosion de la croissance de la téléphonie sur les réseaux fixes, et peut pousser ces opérateurs à souhaiter élargir leur offre, tant en termes de services que de contenus vidéos. En termes d’enjeux économiques, la convergence permettrait aux opérateurs fournisseurs de services de réduire leurs coûts, en fusionnant deux services sur un même support.
- La concurrence, toujours plus vive entre le câble et la télévision numérique, peut conduire les cablo-opérateurs à souhaiter diversifier leur offre, ce qu’ils ont d’ailleurs déjà fait avec les offres d’accès à haut débit. Une concurrence existe entre les opérateurs télécom et les cablo-opérateurs sur ces accès ; la question se pose de savoir si elle ira jusqu’à une concurrence frontale sur des offres de voix.
- A contrario, les opérateurs télécom pourraient le cas échéant répliquer à cette pénétration de leur marché réservé par des offres vidéo. Les différentes dynamiques possibles du champ concurrentiel permettent de penser que cette convergence voit effectivement le jour, avec une interpénétration entre les services et les réseaux.

De nouveaux entrants auront de même la possibilité d’offrir des services de voix sur des réseaux larges bande déjà très largement en concurrence.
- La voix sur IP existe d’ores et déjà. Dans l’hypothèse d’un déploiement à plus grande échelle, se pose la question de savoir si le service sera de qualité au moins identique à celle des réseaux filaires classiques.
- Malgré un certain nombre de normes, elle est aujourd'hui très largement utilisatrice de systèmes propriétaires, d’où sa pénétration d’abord dans le domaine des réseaux d’entreprise et de l’interconnexion de ceux-ci et, de façon marginale dans le domaine de l’accès grand public (même si un certain nombre de technologies permettent de transporter de la voix sur des accès large bande).
- En matière de nouveaux services, le portage de la voix sur des réseaux IP permet d’envisager d’offrir sur le fixe des services désormais très largement utilisés dans le domaine du mobile (messageries, annuaires améliorés, téléconférences, etc.).

Vidéo sur IP

En ce qui concerne la vidéo sur IP, les technologies sont aujourd’hui mûres ; la compression vidéo (Mpeg 2, Mpeg 4) et les débits pour transmettre de la vidéo deviennent compatibles avec les technologies d’accès aujourd'hui disponibles. On atteint désormais des débits de l’ordre de 2 megabits, pour une qualité comparable à celle de la télévision hertzienne.

La pénétration potentielle des réseaux à haut débit est très importante. Le transport de la télévision sur des réseaux de type télécoms permet aujourd’hui d’envisager des services qui ont aujourd'hui du mal à pénétrer sur le câble (vidéo à la demande et autres, c’est-à-dire tous les services interactifs point à point). Cette opportunité de la télévision pour les opérateurs télécom peut permettre à ceux-ci de compenser une partie de la baisse actuelle de la croissance sur la téléphonie.

Certaines incertitudes demeurent quant à la diffusion de ces technologies :

- Au moins 6 mégabits par foyer : La question se pose d’abord de savoir si les réseaux d’accès vont permettre d’avoir des offres comparables à celles existant aujourd'hui sur le câble et le satellite. Sera-t-il possible de transmettre au moins deux programmes de télévision sur un même canal à haut débit, ce qui suppose d’avoir 6 mégabits par foyer en comptant les services associés ? L’offre constatée en France n’est pas encore de ce niveau.
- Un éventuel phénomène d’attente : Un certain nombre de standards de compression vidéo permettent d’envisager la migration de la vidéo sur les réseaux télécoms. Néanmoins ces standards évoluent et on peut s’attendre à des ruptures technologiques avec des algorithmes de compression permettant de dépasser les capacités actuelles ; cette évolution constante de la technique peut provoquer un phénomène d’attente des acteurs concernés.
- La sécurité des contenus : Se pose également la question de la sécurité des contenus. Les éditeurs manifestent une certaine réticence à voir leurs contenus diffusés sur ces réseaux, sachant qu’ils peuvent éventuellement être diffusés de façon illicite avec l’ampleur du phénomène Napster dans le monde de la musique.

Enfin, se pose toujours la question de savoir si l’économie générale de ces nouveaux modes de distribution de la télévision permet d’atteindre des prix compétitifs avec les offres existant aujourd'hui (câble et satellite), en tenant compte :
- du prix des contenus ;
- du prix des réseaux ;
- de l’investissement que les particuliers devront faire au niveau de leur domicile (pour l'équipement terminal).

Les expérimentations laissent penser que le point d’équilibre peut être atteint.

Une des questions sous-jacentes qui mérite d’être posée aux intervenants de cette table ronde est celle de savoir si les réalités économiques et technologiques précitées permettront aux réseaux utilisant le protocole IP de devenir le canal principal, universel pour transporter des données, de la voix et des images.

Par ailleurs, l’avantage économique induit par la migration de l’ensemble des services sur un seul et même réseau – à tout le moins sur une seule et même technologie – sera-t-il du même ordre de grandeur que l’investissement nécessaire ? En d’autres termes, y a-t-il un véritable avantage économique à la convergence, ou l’utilisation de réseaux dédiés ne représente-t-il pas a contrario un optimum économique ? Enfin, dispose-t-on d’un cadre réglementaire permettant d’envisager cette migration de la voix sur le câble et de la télévision sur les réseaux télécom ?

Discussion

La convergence est une proposition de nature technologique. Mais si la technologie propose, le marché et les usages disposent ; or on constate que l’écart se creuse entre ce que la technologie est capable de mettre en place et la façon dont les acteurs s’en saisissent. Qu’en déduire, comment y remédier ?

La question est de savoir si les réseaux unifiés sont même appropriés aux applications multimédia.
Les moyens de communication ne fonctionnent pas par substitution mais par addition. La convergence technologique se fera peut-être avec des usages assez différents que ceux constatés sur les réseaux actuels (qui perdureront sans doute encore longtemps).

Technologies

Historique

IP a une vocation fédératrice, pour le fixe comme pour le mobile. Il est cependant nécessaire d’adapter les infrastructures au multimédia. S’agissant des défis technologiques, le multimédia, notamment synchrone, s’oppose totalement à l’IP : il est a priori contraire au best effort, à l’intelligence aux extrémités du réseau, à l’égalitarisme des applications, et même au principe du point à point. IP est actuellement en phase d’adaptation au multimédia. Cette adaptation s’est faite à différents niveaux :

- Les pionniers du multimédia synchrone sur IP faisaient de l’adaptation de bout en bout, c’est-à-dire adaptaient le débit du serveur à celui du client ; c’était d’ailleurs là la base du streaming audio et vidéo actuel. L’approche consistant à augmenter le débit est toujours d’actualité.

- Il s’est ensuite agi de réfuter l’égalitarisme, c’est-à-dire de traiter différemment les différents flux. Au départ, chaque flux était traité différemment et la compléxité dans le réseau s’en est trouvée inutilement accrue. La notion de classes de services, en regroupant les services en classes, avec des priorités et des caractéristiques différentes, a permis de résoudre en partie cette question.

- Le multicast a permis de lever le problème du point à point. Les architectures CDN ont joué un rôle important pour rapprocher les contenus audiovisuels des clients. Il s’agissait de mettre des serveurs dans le réseau pour relayer les contenus audiovisuels et pour les rapprocher des clients.

Enfin, une autre solution consiste à utiliser un autre média qu’IP. Il existe effectivement encore une partie d’ATM dans les réseaux de télécoms pour gérer ce type de configuration.

Les technologies xDSL présentent au demeurant une adaptabilité s’appliquant notamment à la montée en haut débit et à la symétrisation.

L’avenir d’IPV6 est également important pour le multimédia sur IP. Le sujet principal reste celui de la qualité différenciée selon le service (jeux, visioconférence…) ; il reste en la matière des progrès considérables à faire (en R&D, en normalisation, en termes de mise en œuvre opérationnelle et d’opérabilité au niveau des équipementiers).

Les performances technologiques – notamment en terme de débit – restent un enjeu réel

La maturité du public en matière de services sur IP est très importante et croissante. Un utilisateur qui joue en ligne au jeu Everquest sur le site dédié de Sony peut voir apparaître en haut à gauche de son écran une barre verte, jaune ou rouge en fonction de l’état de votre réseau. Cette barre indique :
- le temps de délai que votre transporteur/opérateur a en réseaux de paquets IP entre vous et le serveur de jeu ;
- la perte de paquets in et de paquets out entre vous et l’autre joueur avec lequel vous jouez en réseau.

Aujourd’hui, la maturité technique de transmission IP du joueur est très grande ; en cours de jeu, il va changer d’opérateur en fonction de la qualité de la transmission. Cela pose la question de la qualité d’éventuels réseaux à moindre coût.

Coûte-t-il beaucoup plus cher de délivrer 200 mégabits que d’en livrer 2 ? L’évolution récente du marché est plutôt celle de l’augmentation du prix du bit transporté ; cette évolution va-t-elle dans le sens de la diffusion massive des débits ?

Il n’est pas de pays où l’opérateur ne réserve pas une part de la bande passante de l’ADSL pour pouvoir l’offrir l’année d’après, sachant que le prix de la bande basse (qui porte la voix et éventuellement les données bas-débit) diminue chaque année. S’agissant de l’offre télévisuelle, un opérateur de bouquet satellite a tout intérêt à offrir la télévision, ce qui représente d’entrée deux mégas, sinon trois ou quatre. Le débit n’est pas le même, mais il ne doit normalement pas concerner Internet.

Usages


Alors que la technologie supportant la voix, les données et la vidéo est effectivement en voie de convergence en termes d’infrastructures et de solutions techniques (ce qui passe par la numérisation généralisée des contenus, des protocoles, de l’infrastructure, etc.), les modèles économiques et les usages qui gouvernent la voix, les données et la vidéo restent différents. Ce fait est sous-estimé, en particulier par le monde des télécommunications.

Cette différence des modèles économiques tient au fait que l’offre d’audiovisuel, de multimédia, n’est pas une offre de supermarché, de matière première. Elle est packagée et proposée au consommateur à travers le filtre de l’agrégation de contenus, filtre qui est même de nature éditoriale. Il existe bien une démarche éditoriale visant à rassembler un certain nombre de matériaux bruts pour en faire un produit ayant une identité propre. Le succès vient évidemment récompenser les packagings intelligents, qui apportent un plus de nature éditoriale.

La voix sur IP

À ce stade, la technologie nécessaire aux services de voix sur IP est tout à fait au point. La compression est efficace ; la largeur de bande sur cuivre est disponible. Il n’existe pas de réel problème technique.

Il est possible de faire de la voix sur IP dans le canal de données du large bande, qu’il s’agisse d’ADSL, de Wireless Lan ou du câble. Quand on fait de la voix sur IP, on est capable d’avoir sur un seul cuivre ou un seul câble plusieurs communications simultanées, c’est-à-dire d’offrir cinq communications simultanées à un même foyer, chacun ayant son numéro d’appel, son service et son filtrage ; on est aussi capable d’offrir exactement ce que propose un mobile (SMS, messagerie vocale…). Apparaissent d’ailleurs des petits postes, dits NOS-IP, que l’on peut par exemple installer dans la chambre des enfants, et sur lesquels peuvent s’afficher des SMS, et pour lesquels l’on peut acheter des forfaits horaires ou des forfaits illimités sur la zone locale. La voix sur IP conduit donc à un rajeunissement de la téléphonie fixe. Le renouvellement complet de toute la technologie de téléphonie vocale grand public par la voix sur IP se heurte à l’immaturité des standards de fonctionnement.

Les contenus audiovisuels

L’offre télévisuelle est tirée par trois produits d’appels principaux :
- le cinéma ;
- le sport ;
- l'actualité.

Le produit d’appel leader est le cinéma. Dans la logique de convergence, on est amené à penser que la solution est la vidéo sur demande, le pay per view, la disponibilité de n’importe quel film à n’importe quel moment. Or, du point de vue du consommateur et de celui du producteur de contenu, la référence dans ce domaine de distribution est le DVD, bien avant la référence broadcast.

Le DVD représente aujourd’hui la plus grande ligne de revenus des producteurs de contenu ; en croissance de l’ordre de 100 % par an, c’est le moteur de cette industrie. Or il est possible de louer un DVD pour un euro ou un euro et demi, pour une qualité, si le DVD est bien fait, autorisant une projection sur quatre mètres de base, proche de la qualité cinéma. Le consommateur ne perçoit le plus souvent qu’une partie de cette qualité. Un euro pour une qualité numérique superbe en image et son sur une heure et demie constitue un point de référence économique qui pose la question suivante au monde des télécoms : à quel horizon sera-t-on capable de diffuser l’équivalent de 4 gigaoctets en distribution pour un euro sur un marché de masse ?

La deuxième locomotive qu’est le sport peut être agglomérée avec les news. Le sport tire sa valeur de l’immédiateté. Peu de personnes regardent un match de football datant de deux ou trois mois. Le modèle économique correspondant représente donc une opportunité intéressante pour le monde des télécoms. La façon de packager le produit de façon séduisante reste cependant à inventer. Encore plus que le sport, la valeur des news est liée à l’immédiateté. Ce domaine est l’objet de davantage d’innovations, à tout le moins d’investissements de la part des producteurs spécialisés. Pourtant, si on peut concevoir que l’on puisse regarder un spot d’info pendant cinq minutes sur un mobile, on l’imagine moins pour un match entier ou un film, pour une question de confort ou de surface d’écran.

Sans ces locomotives de l’offre audiovisuelle, il est difficile de construire une économie pérenne pour une offre dans ce domaine. L'offre globale est essentiellement composée de ces produits d'appels – qui constituent la matière première - auxquels s'ajoutent l'agrégation des programmes et la rédaction de la ligne éditoriale.


La radio, en tant que médium populaire, n’a en rien souffert de l’explosion des téléchargements de musique sur Internet. La radio a su, dans un contexte de multiplication de stations, protéger une complicité, un message, une ligne éditoriale.

Dans le domaine de la vidéo, on constate que le monde du câble s’est mieux saisi que le monde des télécoms de cette dimension d’agrégation de contenus – probablement pour des raisons culturelles. Le monde des télécoms, s’il veut véritablement s’emparer de cette possibilité de convergence et construire des offres répondant à l’attente du public, va devoir évoluer pour mieux comprendre les logiques de l’agrégation et de la consommation de ses contenus audiovisuels.

Usages domestiques

Dans le domaine domestique, il ne faut pas considérer uniquement la télévision, mais également la photographie, la musique et la vidéo.
- L’explosion du marché de la photo numérique déclenche automatiquement des échanges sur le réseau (entre particuliers, ainsi que pour accéder à des services : impression…). Il s’agit actuellement de l’un des moteurs importants du développement sur IP
- S’agissant de musique, il est prévu qu’aux États-Unis le nombre de baladeurs à mémoire numérique atteigne les 15 millions en 2003. Les sites de téléchargement deviennent de plus en plus ergonomiques et devraient monter en puissance.
- La capacité des disques durs explose ; elle progresse beaucoup plus vite que la loi de Moore. En 2008, un disque dur moyen contiendra un teraoctets de données, soit un mois de vidéo Mpeg 2 en continu. Le disque dur sera présent dans le magnétoscope, la console de jeux, le baladeur, etc.
- Le multi-PC constitue un phénomène très important au niveau du foyer. Aujourd'hui, 300 000 foyers français ont plus de deux PC. Des réseaux existeront bientôt au sein du foyer, ce qui pose la question des connexions vers l’extérieur. En termes d’échanges au sein du réseau de la maison, il est certain que le sans fil jouera un rôle primordial.
- Les consoles de jeux raccordables au réseau viennent d’apparaître (X-Box, Playstation). Les clients de ce marché sont particulièrement exigeants en termes de débit et de qualité de service des réseaux.

Tous les appareils devront échanger avec l’extérieur, ce qui nécessitera un plus haut débit. On verra apparaître une passerelle (gateway), qui reliera ces différents appareils vers l’extérieur. Cette passerelle aura pour fonctions :
- le raccordement réseau ;
- la sécurité (notamment via des firewall) ;
- la translation d’adresses (dans l’attente d’IPV6) ;
- la gestion des services et des différentes qualités de service nécessaires.

Usages multimédia en entreprise

Pour l’instant, il y a très peu de multimédia, de voix et d’images animées en entreprise.
- En termes de prospective, on pense qu’il y aura beaucoup de communications de personne à personne enrichies, c’est-à-dire une manière de chat adapté à l’entreprise et enrichi (texte, son, image).
- Il faut également relever la communication descendante (par exemple du président vers ses troupes), qui passe encore souvent aujourd'hui par des réseaux audiovisuels classiques.
- En matière de communication de groupe, la visioconférence et le partage de documents vont se développer rapidement.
- La consultation de pages associées à de la vidéo est également appelée à se développer fortement, et constituera un outil typique de e-learning.

Grâce au RNRT, un certain nombre de ces applications ont été expérimentées : avec l’augmentation de la qualité, la visioconférence s’impose (notamment en matière d’enseignement à distance et de travail coopératif). France Télécom a récemment expérimenté un mur de télé-présence de plusieurs mètres, avec un son spatialisé permettant plusieurs conversations simultanées.

Où en est-on du déploiement de ces usages ?

Sur la partie vidéo sur DSL, l’année 2002 a davantage été celle des expérimentations que de déploiements véritables. Le nombre d’expérimentations mondiales a cependant considérablement crû, passant de cinq à une quarantaine.

Certains opérateurs sont très ambitieux :
- Yahoo Softbank et Tellus visent chacun 600 000 lignes l’année prochaine ;
- Belgacom vise également un nombre important de lignes.

Dans la plupart des pays d’Europe, au moins un opérateur (télévisuel ou télécom) vise plusieurs centaines de milliers de lignes à l’horizon où la réglementation le lui permettra. Les pays les plus avancés tels que le Japon, les États-Unis ou le Canada sont les premiers à atteindre la centaine de milliers de lignes.

S’agissant de la voix sur paquets, il y a énormément de déploiements au niveau des câblo-opérateurs – ce qui est logique au regard du fait qu’il s’agit pour eux de l’action au coût le plus faible. Sur l’ADSL, cette offre a été initiée, et se constate presque partout ; ouverte voici environ un an, cette offre s’est adressée d’abord aux professionnels, mais commence à toucher les adolescents dans le domaine domestique (au Canada, notamment).

Recommandations ?

Fracture

À l’âge de huit ou neuf ans, les jeunes élèves coréens rendent leurs exposés via leurs PC, avec des illustrations animées et musicales. La fracture large bande s’est résolue très rapidement en Corée ; de fait, les élèves ont tous besoin de disposer du large bande à la maison pour faire leur travail scolaire.

En France, cette fracture se traduit aujourd'hui à l’âge de 13 ou 14 ans, dès que les jeunes sont en âge de télécharger de la musique, des jeux ou de la vidéo. Tous les acteurs sont responsables de la réduction, en termes sociaux et géographiques, de cette fracture large bande, qui va bien au-delà de la fracture numérique. Cette réduction se fera aussi dans l’intérêt économique de la Nation, dans la mesure où le taux de pénétration du large bande et l’augmentation du trafic par abonné (ou de la recette par abonné) sont moteurs aussi bien de l’économie des opérateurs et des fabricants que de l’industrie du contenu (fabrication des exposés scolaires, mise en vente d’un certain nombre de contenus pour les PME, possibilité de travailler chez soi en teleworking efficace, possibilité d’accéder à des contenus vidéo, etc.).

Au niveau du business case, le modèle économique de ces contenus existe. Certes, le nombre d’opérateurs pouvant se partager cette économie dans un département très rural est peut-être discutable ; mais globalement, entre la péréquation des villes et des zones moins denses, le business case est très bon et tire derrière lui une économie qui va bien plus loin que les télécoms elles-mêmes. Tous les acteurs ont intérêt à pousser ce marché émergent.

Freins réglementaires

Au niveau réglementaire, en revanche, se pose un problème sur la vidéo sur large bande en général, à savoir celui du partage des droits entre les télécoms et les producteurs audiovisuels. Il existe en la matière une certaine confusion entre le droit du CSA et le droit de l’ART. Une certaine maturité doit donc être apportée dans ce domaine pour distinguer ce qui relève du contenu commercial diffusé ou des bouquets de programme, de ce qui relève de la communication multimédia de personne à personne. Aujourd'hui, des incertitudes juridiques existent comme l'obligation pour les opérateurs de mobiles d'ouvrir leur réseau à des opérateurs virtuels ou le droit pour France Télécom d’offrir, à titre de transport, de la télévision sur ses réseaux.

Le RIAM est l’un des réseaux de soutien à la recherche et l’innovation. Ce réseau couvre spécifiquement les métiers de l’audiovisuel et du multimédia et est soutenu par les ministères de l’Industrie, de la Recherche, de la Culture et de la Communication.


TABLE RONDE n° 4

SORTIR L'EUROPE DE LA CRISE DES TÉLÉCOMS


Présentation

  • La crise des télécoms s'explique en identifiant quatre bulles d'inflation :
    - Le surinvestissement (au sens du Capex 4 ) d’un trop grand nombre d’opérateurs dans des marchés identiques (essentiellement des CLECs 5 aux États-Unis et des opérateurs alternatifs de longue distance en Europe). La courbe d’investissement, linéaire jusqu’à ces deux dernières années, a alors connu une subite inflation.
    - Les investissements des fonds de pension américains dans les nouvelles technologies. Les investissements ont été largement redondants (plusieurs entreprises ont reçu de l’argent pour le même type de projets) et n’ont pas suivi une stratégie globalement rationelle.
    - Les licences UMTS en Europe, payées par les opérateurs de téléphonies mobiles à des prix astronomiques alors même que les usages du haut-débit mobile semblent mal identifiés.
    - Les opérations de fusions et acquisitions, alors que les cours de Bourse étaient à leur plus haut niveau, d’opérateurs ou d’entreprises de fabrication. La majorité des opérateurs a suivi une politique d’expansion internationale qui leur a fait acquérir des opérateurs étrangers à des prix élevés qu’ils ont été amenés à dévaluer dès l’année suivante.

    Ces quatre bulles, dont chacune représentait entre 200 et 300 milliards de dollars, se sont dégonflées en même temps. Il est aujourd'hui admis que l'investissement ne peut repartir tout seul : même si au bout d'un certain temps la bulle de Capex sera résorbée, le manque de financement des entreprises entraîne un sous-investissement alors même que les besoins semblent clairement identifiés.

  • Malgré la crise, on doit constater que les clients n’ont pas arrêté de téléphoner ; le trafic augmente même, dans le fixe comme dans le mobile. La reprise tient donc surtout à une croissance de la demande dans des domaines nouveaux. La forte croissance des usages du large bande permettrait d’atteindre à horizon 2006 un marché haut débit de 140 milliards d’euros au niveau européen.
    - 40 milliards d’euros de revenus au niveau du marché de la connectivité (opérateurs touchant des mensualités ADSL, wireless lan, etc.) ;
    - 40 milliards d’euros de revenus au niveau du contenu écoulé (de type télévisuel, commerce e bay, etc.) ;
    - 60 milliards induits d’effet de croissance indirect (la fabrication de contenus fait appel à des SSII, à des équipements informatiques, à de l’emploi, etc.).

  • Aux États-Unis, un énorme fonds public a été alloué pour la relance des télécoms, dirigé vers deux cibles :
    - la recherche ;
    - les fabricants, puis les opérateurs.

    Aucune décision de ce type n’a été prise en Europe, bien que des lobbies multiples travaillent en ce sens.

  • Toute action doit donc d'abord se donner pour objectif d'inciter les usages.

Dans de nombreux pays, les gouvernements se sont saisis de cet objectif et se sont impliqués financièrement dans la diffusion rapide des technologies de l'information et de la Communication.
- En Corée, une partie importante de l’enseignement public est faite sur Internet. Un enfant qui ne dispose pas du broadband à la maison ne peut apprendre l’anglais et ne peut donc accéder à une bonne école en cours élémentaire. Tous les parents coréens ont donc acheté l’ADSL. Un type d’enseignement de ce genre n’est probablement pas importable immédiatement en France. Cela étant, on peut constater que le seul investissement de l’État dans de l’enseignement a suffi à faire totalement décoller l’économie correspondante.
- Aux États-Unis, l’État a beaucoup misé sur le e-gouvernement, c’est-à-dire sur la possibilité de pouvoir remplacer toutes les démarches de Sécurité sociale, de paiement d’impôts, de demande de permis de chasse et de pêche, etc., par des opérations en ligne. Un certain nombre d’actions dans le e-gouvernement nécessitent le large bande.

D’autres applications sont développées incitant les populations à s’équiper en haut débit :
- la télé-sécurité : un nombre considérable de caméras, reliées à des centres en large bande, a été installé, notamment en tant que mesures anti-terroristes. Au niveau individuel, ce genre de dispositif est également très utilisé pour les personnes âgées.
- la télé-médecine, déjà poussée dans le domaine du RNIS, et qui ne fonctionne vraiment qu’en large bande.

La question essentielle est de savoir quel pourcentage d’abonnés l’on veut atteindre en large bande, quelle que soit la technique employée. Si l’on arrive à atteindre les deux tiers de la population large bande (ce que vise officiellement le gouvernement américain, ce qu’a atteint la Corée, et ce qu’atteindra le Japon fin 2003), il faut assurer environ 7 % de pénétration chaque année, ce qui n’est pas déraisonnable. Il est cependant nécessaire d’avoir un objectif commun à tous les acteurs concernés (pouvoirs publics, opérateurs et fabricants).
- Pour inciter la diffusions des nouvelles technologies, il faut identifier les freins à l’utilisation des réseaux et à la multiplication des offres de contenus et services. Le manque confiance des offreurs de contenu limite largement l’innovation. Si la confiance est assurée au niveau du télétravail, du téléenseignement, du e-gouvernement, elle ne l’est pas encore au niveau des contenus télévisuels. En effet, la cession de droit à des opérateurs télécoms n’est pas parfaitement négociée, et appelle sans doute la médiation du gouvernement ou d’institutions publiques.
- Enfin, au niveau de la recherche, un effort doit sans doute être réalisé au niveau européen, et plus spécifiquement au niveau français. La France n’est pas dans les 20 premiers pays développés en matière de large bande, d’Internet ou d’usage des technologies de l’information et de la communication. Il n’est pas normal que l’on ne prenne pas des mesures pour y remédier, alors que l’industrie française s’y prête tout à fait et que dans bien d’autres domaines la France se situe parmi les six premiers pays du monde.

Discussion

Introduction : Discussion des causes

Les Américains, au cours des années 70, ont vu apparaître un décalage considérable entre les capacités de la NASA (et d’autres acteurs de la Défense), et le réseau très daté des télécommunications. Les potentialités des technologies de la communication existaient mais elles n’étaient pas exploitées. Tout l’objet de la déréglementation du marché des télécommunications aux États-Unis a été de créer les mécanismes obligeant à s'approprier les technologies les plus modernes.

L’Europe a pour sa part toujours "rationné" la téléphonie. Voici encore sept ou huit ans, un téléphone américain générait cinq fois plus de trafic qu’un téléphone français. Les mêmes technologies sont utilisées de part et d’autre de l’Atlantique mais avec des modèles économiques très différents, qui ont conduit les utilisateurs européens à limiter leur consommation et leurs usages de téléphonie. Ainsi, en matière de téléphonie, les États-Unis ont très largement développé les usages dès les années 20-30, alors que la plupart des pays européens ne l’ont fait que dans les années 70.

Depuis à peu près 15 ans que se développe l’Internet, la croissance a toujours été stable ; Internet a considérablement facilité le processus d’innovation par l’adoption de standards rustiques, mais communs et accessibles à tous. Internet a donc autorisé l’expression, d’une part, des gains permis par les développements technologiques, d’autre part, des gains de productivité (gains qui continuent à se manifester et continueront longtemps à le faire dans les entreprises par le biais de pertes d’emplois et de créations de nouveaux emplois). Le monde de la finance, des banques, de la distribution, va être bouleversé – bien que cela se produise lentement car les esprits n'évoluent pas aussi vite que la technologie. Pourtant, force est de constater qu’Internet attire et prospère sur la gratuité et qu’il est difficile d’y vendre des services chers.

Au cours de ces dernières années, la valeur est passée ailleurs (DVD, applications périphériques…). Les télécoms sont uniquement des « tuyaux ». Par ailleurs, l’information qui représente aujourd’hui l’essentiel de la valeur, est un matériau très instable, difficile à évaluer. Les usages ont aujourd’hui d’autant plus de mal à se diffuser que l’accès à ces contenus est "rationné". Il faut revoir les modèles économiques pour s’adapter à ces nouvelles réalités. Cet élan a constitué un formidable effet d’aubaine pour le corps social et pour l’économie en aval ; il a également été rude pour les opérateurs, en particulier ceux qui sont allés trop loin, soit vers les licences (Bouygues a eu l’intelligence de résister), soit vers des achats en liquide d’actions à des prix beaucoup trop élevés.

Que faire ?

Accompagner la Recherche

La recherche et l’innovation constituent aussi une chance pour l’Europe. Aujourd’hui, il est crucial que le potentiel des industriels ne disparaisse pas. Les acteurs sont dans une situation difficile, suite à la bulle Internet dont ils ne sont pas responsables. Il serait grave que la France perde son savoir-faire par exemple dans le domaine de l’optique.

Le déploiement en masse des technologies large bande et en particulier des services et applications multimédia nécessite la poursuite des travaux de recherche dans différents domaines.

Dans le contexte défavorable actuel, les équipementiers tentent de maintenir leur effort de R&D, et en particulier un effort de recherche, pour pouvoir rebondir au moment où la situation économique le permettra. Ainsi, les autorités américaines ont injecté deux milliards de dollars dans Lucent et deux autres milliards dans Nortel.

Un certain nombre d’acteurs des télécoms européens ont entamé des discussions et ont cherché des solutions, en particulier en matière de recherche collaborative. Toutefois, les investissements que sont prêts à réaliser les industriels doivent également être soutenus par les pouvoirs publics, aussi bien au niveau national qu’au niveau européen.

Le sixième Programme cadre de recherche et de développement de l’Union européenne vient d'être lancé. Il ne répond qu’en partie aux attentes des acteurs et, en particulier, présente deux défauts majeurs :
- Le niveau insuffisant des financements publics, de l’ordre de 500 millions d’euros, alors que le soutien nécessaire estimé est de 2 à 3 milliards d’euros pour la relance du secteur
- Une orientation affirmée vers le long terme, les projets devant se terminer vers 2006-2007, et donc pouvant être transférés au niveau du marché vers 2007-2008.

Les industriels européens du secteur des télécommunications se sont donc réunis pour proposer une initiative commune qui réponde à leurs impératifs et l’ont nommé CELTIC (Coopération for a Sustain European Leadership in Telecommunications).

Soutenue par l’ensemble des compagnies industrielles majeures dans le domaine des télécoms, cette initiative prend le visage d’un grand programme Eurêka, sur le modèle de ce qui existe aujourd’hui dans le domaine du logiciel embarqué et distribué avec le programme ITA et dans le domaine de la micro-électronique avec le programme MEDEA Plus. L’objectif est de lancer le nouveau programme au milieu de l’année 2003, les premiers projets pouvant démarrer début 2004, pour des premiers transferts de services ou d’applications dès 2005 ou 2006, en complément du sixième programme cadre (PCRD).

En France, la recherche académique et la recherche industrielle sont très bonnes. Cela étant, la réactivité du secteur est beaucoup plus importante que la capacité à monter des programmes. Il faut donc aménager des perspectives d’avenir. Il n’est pas intéressant de faire travailler la recherche publique uniquement sur des projets industriels, bien que cela soit indispensable pour l’orienter correctement. La recherche publique doit pouvoir dégager suffisamment de marges pour pouvoir financer de la recherche plus amont, de façon à préparer les innovations ultérieures. Il faut adapter les systèmes d’orientation de la recherche propre aux grands organismes de recherche, où le critère de distribution des budgets se limite à celui de la publication, qui est très loin des réalités industrielles et ne permettra pas de remonter la pente.

Aider à la diffusion des usages

Par le développement d’une offre télécoms claire et adaptée

Le premier point d’achoppement est celui de l’offre. Aujourd’hui, une PME cherchant une liaison optique n’en trouvera qu’à un prix prohibitif, non rentable. De même les offres de boucle locale radio ont complètement disparu.

Seule, la rencontre de l’offre et de la demande des utilisateurs peut relancer l’économie des télécoms, et dans une certaine mesure celle de l’informatique, qui lui est relativement liée. Encore faut-il que les services offerts ne déçoivent pas les usagers et que la qualité technique des services satisfasse les utilisateurs. Les opérateurs ont réalisé un réel travail de promotion de l'ADSL auprès des PME.

Toutefois, pour convaincre les entreprises, il faut que le service soit sans faille. En particulier, il ne sert à rien d’avoir un très haut débit ou un débit confortable entre l’abonné et le DSLAM si derrière les opérateurs ont des réseaux à petite vitesse.

Pour résorber l’insuffisance de leurs investissements, les opérateurs doivent résoudre un problème de stabilité. Le business case d’un opérateur télécoms (dans le mobile, le large bande ou l’accès des entreprises au haut débit) n'est viable qu’avec un retour sur investissements de moins de trois ans. Une stabilité d’au moins trois ans est donc nécessaire, quel que soit l’opérateur (dominant ou alternatif).

Par la formation de l’ensemble des acteurs à ces technologies et aux nouveaux usages qu’elles permettent

Dans la plupart des pays, principalement au Royaume-Uni et aux États-Unis, lorsque se sont dégonflés les centraux, tout le personnel technique est devenu très largement surabondant. Dans le cas de France Télécom, ce même personnel a été « stérilisé » dans des transferts vers des emplois commerciaux ; il s’agissait de personnels à statut, qu’il fallait réemployer dans l’entreprise (on parle aujourd'hui de 45 000 licenciements ou mises à la retraite anticipées). British Telecom et les opérateurs américains ont pour leur part « libéré » tous ces personnels techniques, qui se sont alors tournés vers les PME et ont ainsi joué un rôle d’essaimage de leurs compétences techniques, ce qui a contribué à une demande très forte pour les applications télécoms.

Les PME manquent donc aujourd’hui de personnel formé, en particuliers de techniciens dans les domaines des réseaux et de l’informatique. L’essentiel de la formation se fait sur le tas, par reconversion de personnels ayant une formation initiale dans d’autres domaines. Actuellement, Les DUT fournissent trop peu de personnel qualifié. Les licences professionnelles sont très bien faites, mais fournissent du personnel à dose homéopathique. Les DESS, quant à eux, ne diplôment chacun que dix ou quinze personnes par an. Les petites, moyennes et grandes entreprises connaissent une pénurie de cadres ayant une double compétence (contenu et technique), le système de formation français ne répondant que très peu à ce besoin.

Enfin, le système public de formation français est gratuit. Les établissements de formation ont donc en général des moyens limités, alors que les domaines de l’histoire de l’Art nécessitent pour partie des moyens importants. Les industriels jouent heureusement assez bien leur rôle en termes de dons de matériel.

Par la baisse des tarifs grand-public

Dans le grand public, il est clair qu’il existe une demande, qui ne concerne pas uniquement les cadres de haut niveau. Mais il faut savoir que le Français moyen a un salaire proche du SMIC. Il ne faut donc pas espérer vendre des services quelques centaines d’euros par an, mais quelques dizaines d’euros pour l’ensemble que constituent la télévision, le mobile, le téléphone fixe et l’Internet. Dans certains pays européens, il est possible d’avoir une liaison de deux mégabits pour quelques dizaines d’euros par mois. La question est de savoir si les opérateurs français ont les moyens de proposer de telles offres. La technologie est en outre d’autant moins chère qu’elle est fabriquée en grande série ; en Corée, par exemple, les seuils critiques nécessaires pour pouvoir fabriquer en grande série ont déjà été atteints. En France, la stratégie de régulation sur les coûts a poussé les opérateurs à ne proposer à l’interconnexion que des services assez chers, alors que le marché est situé sur des services plutôt bas de gamme. Seule la diffusion des contenus pourra relancer le marché ; ceux-ci émergeant très vite dès que les « tuyaux » existent, et la population, tous milieux confondus, se les appropriant immédiatement.

En profitant de la large diffusion du mobile en Europe

Pour développer les usages large bande, il faut aussi jouer sur les synergies entre services fixe et services mobile. L’UMTS a quelques problèmes de retard. Les initiatives prises récemment par le gouvernement et par le président de la République semblent aller dans le bon sens : Il faut, au niveau européen, libérer les contraintes pesant sur les opérateurs en matière de licences et laisser le marché un peu plus libre de redémarrer.

Les contenus pour le GPRS et pour Internet large bande se ressemblent considérablement. Les entreprises qui proposent du contenu ont aussi besoin d’avoir un accès large bande pour l’offrir en ligne et ont donc besoin pour cela de l’ADSL ou d’un gigabit Ethernet. Réciproquement, les personnes utilisant ce débit en sont satisfaites.

Certaines initiatives menées dans le domaine des services, telles que celles liées à l’i-mode de Bouygues, sont de nature à habituer la population à consommer un peu plus de services bande moyenne, ce qui les amènera de plus en plus à consommer dans le large bande.

Laisser le marché faire sa propre purge ?

L’erreur stratégique collective a été de croire que l’on pourrait constituer des rentes durables. Ces rentes sont, au contraire, en train de disparaître ; de fait, le contexte technico-économique ne se prête plus guère à la constitution de rentes dans ce secteur, sauf dans le cas d’une rente de type copyright (à l’instar de Microsoft).

Selon certains, il ne faut pas essayer de tenter de sauver le gisement de l’industrie des télécommunications. Un certain nombre d’opérateurs tombent en faillite parce qu’ils ont fait de mauvaises affaires ou de mauvais choix (WorldCom…). Il faut cependant comprendre, comme les États-Unis, que la situation actuelle constitue une véritable aubaine.

Depuis la destruction « cannibalistique » des rentes (selon l’expression d’Andy Grove, ancien patron d’Intel), se pose la question qu’énonçait régulièrement Bill Gates voici cinq ou six ans : « Que se passe-t-il quand tout devient gratuit ? ». Voici vingt ans, les États-Unis voulaient passer de l’économie de la communication à l’économie de gratuité, dont le peuple américain devait bénéficier. Le fait que cela entraîne la mort d’un certain nombre d’opérateurs était considéré par les pouvoirs publics américains comme une bonne chose pour faire évoluer l’industrie.

S’agissant du surinvestissement dans les télécoms, le Financial Times l’évalue à 2 000 ou 3 000 milliards de dollars – surinvestissement qui a grevé tant les comptes des banques que ceux des opérateurs. Un article du Financial Times fait sien l’espoir que Bruxelles détournera les autorités françaises de la croyance qu’elles peuvent sauver France Télécom en se contentant d’y injecter de l’argent. Selon cet article, il faut laisser, le cas échéant, les opérateurs faire faillite, pour rendre l’industrie plus efficace.

Conclusion : Quel marché au final ?

Quel marché trouvera-t-on une fois les quatre bulles dégonflées ? Sera-t-il le même qu'avant la crise, avec relativement peu de concurrence, des marges raisonnables et des acteurs (équipementiers et opérateurs) verticalement intégrés ? Ou, au contraire, constatera-t-on beaucoup de concurrence, des marges faibles et des acteurs sujets à un processus d’horizontalisation et déplaçant leur valeur ajoutée sur des segments plutôt que de tout couvrir – à savoir le modèle constaté dans le secteur de l’informatique ? La réponse semble importante notamment pour pouvoir calibrer les efforts de R&D.

Selon l’avis général, la taille du marché après résorption de la bulle devrait être légèrement moindre. Même avec le 3G et l’ADSL, on n’attend pas la même croissance que celle constatée pour le GSM voici trois ans. Selon la plupart des analyses, la croissance du marché devrait être celle d’il y a cinq ou six ans.

S’agissant de la forme du marché et du nombre d’acteurs, les analyses financières s'accordent à dire que le marché a été moins marqué par l’arrivée des starts-up ou des nouveaux petits opérateurs que, du côté des fabricants, par l’arrivée de la concurrence asiatique (les marges sont basses et le resteront). Du côté des opérateurs, les marges resteront également faibles. Le nombre d’acteurs sera cependant moindre qu’au moment de la bulle. La globalisation qui est en train de se mettre en place va se poursuivre, chez les opérateurs comme chez les fabricants, de nouveaux entrants étant cependant attendus au niveau des télécoms (parmi lesquels Microsoft) et au niveau des contenus. Il y aura sans doute des sortants.

 

TABLE RONDE n° 5

TECHNOLOGIES CRITIQUES : PERCEPTIONS ET RÉALITES

À l'époque de la conception du modèle du monde télécommunicant ayant servi de base au rapport " Internet du Futur pour le RNRT ", co-écrit par Gérard Roucairol et Jean-Claude Merlin dans le courant de l'année 1999, on présentait le monde télécommunicant (numérisé) sous la forme de trois mondes :
- le monde réel, fait d'individus, d'organisations et d'objets quotidiens ;
- le monde de la communication, de la connectivité ;
- le monde des intermédiaires, passage obligé entre toute communication, des services en ligne, fait de logiciels, d'ordinateurs et de bases de données.

Ces trois mondes se distinguaient via un standard qui s'imposait alors, et s'impose aujourd'hui plus que jamais, à savoir celui de l'IP, qui rompt la chaîne bi-univoque entre l'abonné au téléphone, l'opérateur de télécommunications et l'offreur de services, et rend ces trois mondes complètement interdépendants. En outre, le monde de la communication étant entre deux standards, les services dits commoditifs sont devenus des objets de volume, à faible marge.

L'éclatement de la bulle Internet n'a pas fondamentalement changé ce schéma :

- Au niveau du monde des intermédiaires, on a abouti à l'interconnexion sur le Web d'une grande multitude de logiciels, de machines et de bases de données. Le phénomène majeur est l'intégration de tous ces éléments par des standardisations, par de la relation entre applications (les webservices), et par l'intégration des données par le mouvement qui a démarré au sein de W3C (le " sémantique Web "). Dans le monde Internet, où l'unité de temps est la microseconde ou la nanoseconde, l'intervention humaine ne peut plus se justifier. Il faut donc que le système ait un fonctionnement quasi autonome.
La convergence sur les infrastructures logicielles se construit, visible dores et déjà dans systèmes d'information d'entreprise (marché privilégié de l'informatique au sens traditionnel) ou les services à valeur ajoutée de télécommunication accessible à distance. Une application ERP dans l'entreprise comme un de service en ligne de télécommunication sont aujourd'hui accessible à travers le Web. Les deux grands standards sont ceux de Microsoft (" .net ") et JEE (poussé par Sun et beaucoup plus ouvert).

- S'agissant du monde de la connectivité, le point important à noter est que l'IPV6 commence enfin à se généraliser. L'idée communément répandue selon laquelle le cour du réseau est relativement " stupide " par rapport aux réseaux à structure ancienne, et que l'intelligence se trouve aux extrémités est très contestable. Certes, l'intelligence reste aux extrémités, mais elle se rapproche fortement du réseau. Ainsi, dans les réseaux de bordure, se multiplient les infrastructures prenant en compte ce qui est transféré par le réseau, les contenus ou les applications.

- Le monde réel est surtout impacté par le sans-fil et le haut débit fixe à partir du DSL ou du gigabit Ethernet. De même, la question est posée de savoir si l'UMTS va re-propriétariser la relation entre l'individu, l'opérateur et l'offreur de services.

Le monde réel se transforme. La Commission européenne emploie à son sujet l'expression à la mode d' "ambient computing" (tous les objets et les individus deviennent des êtres communicants). A ce niveau, se manifeste la nécessité de faire du logiciel embarqué - se pose alors la question de savoir quels seront l'operating system et les processeurs utilisés. Bien entendu, pour faire en sorte que le calcul ambiant soit réaliste, il faut pouvoir disposer de capteurs ou d'actionneurs répartis dans l'ensemble des objets concernés. On constate à ce niveau une forte tendance au proactive computing, c'est-à-dire à un degré d'autonomie de plus en plus important du digital, en aide à l'individu et avec des relations personne à personne généralisées.

Discussion

Pour les opérateurs, l'horizon est un des éléments déterminnants des technologies critiques. Certaines technologies sont critiques aujourd'hui. Certaines technologies seront critiques d'ici trois ou cinq ans. D'autres enfin seront potentiellement très critiques à l'horizon d'une dizaine d'années.

Les technologies critiques sont celles qui vont réussir. Trouver un marché, outre avoir des prix compétitifs, suppose de trouver des acteurs capables de s'assembler dans une chaîne de valeur, et des clients ayant envie d'utiliser la technologie, c'est-à-dire y voyant la réponse à certaines de leurs frustrations profondes. À ce dernier titre, la technologie critique renvoie donc à de la sociologie et à de l'ethnographie.

Enfin, pour trouver les bons business modèles sur les chaînes de valeur, il est important de tester les technologies correspondantes assez tôt, via des plates-formes d'usage technologique, ainsi que de travailler concomitamment sur les business modèles.

Les technologies numériques génériques

Dans le domaine des technologies de l'information et de la communication, on peut distinguer quatre technologies numériques génériques.

- Le logiciel

Dès qu'on se préoccupe d'architecture de grands systèmes, de logiciels d'infrastructures, de fusion de données, de sécurité des réseaux, on est amené à faire appel à un certain nombre de technologies génériques, au premier rang desquelles le logiciel. Pour un systémier-équipementier, le logiciel représente 80 % ou plus du coût de développement.

- La microélectronique.

Certains aspects de celle-ci relèvent du commercial (DIRAMs, etc.) ; d'autres sont beaucoup plus pointus, notamment en matière de systèmes à très haut débit ou à très haute performance. Certains designs et applications tout à fait spécifiques pouvant amener vers des technologies de leadership. La microélectronique se prolonge par les nanotechnologies, qui ne sont pas toujours l'objet d'une réflexion suffisante au regard des avancées à venir du domaine commercial.

- L'opto-électronique

Développement des réseaux optiques, interactions optoélectroniques hyperfréquences et leurs applications civiles ou militaires.

- Le traitement de signal

Ces technologies génériques ont bien entendu leur propre vie, mais leur degré de pertinence et leur caractère critique ou de leadership dépendent beaucoup de leurs avancements respectifs. Parfois, des progrès dans une technologie générique rendent caduques certains progrès dans d'autres technologies.

Ainsi, les systèmes sur puce constituent par exemple une évolution très importante qui combine plusieurs technologies numériques (micro-électronique, traitement du signal, logiciel associé). Ils représentent une valeur ajoutée importante et peuvent devenir un élément déterminant dans la compétition technologique internationale.

Les technologies télécoms critiques d'ici 3 à 5 ans

Sont en premier lieu concernées les technologies concernant l'accès et la montée en débit de l'accès.

L'optimisation du débit sur la paire de cuivre

L'ADSL était encore une technologie critique voici peu de temps, l'enjeu est désormais de faire monter en puissance les réseaux à base d'ADSL et d'en bien concevoir une ingénierie pour des millions de clients. L'ingénierie des réseaux (backbone et support) d'accès ADSL devient à son tour critique.

Différentes technologies sont actuellement en phase d'implémentation :
- le VDSL (qui permet une forte croissance du débit)
- l'ADSL Plus ;

Ces technologies posent chacune des questions spécifiques de modèle économique et de chaîne de valeur. Tous les aspects liés à la sécurité feront également que ces technologies se développeront plus ou moins rapidement.

Les accès mobiles

Sont également critiques les technologies relevant de la radio et du traitement du signal pour celle-ci. Les clients exigeront de plus en plus de mobilité pour des ressources radio qui seront toujours assez rares. La capacité à optimiser le spectre radio pour en tirer le maximum demeurera longtemps un élément important.

Pour ce qui est de la troisième génération mobile - au-delà du prix des licences - est critique ce qui relève de l'inter-fonctionnement, l'interopérabilité des systèmes. Pour le GSM plusieurs années ont été nécessaires à la mise au point effective de l'interopérabilité ; l'échelle de temps devrait être la même pour l'UMTS.

Avec le Wi-Fi, il est possible d'avoir des réseaux locaux tout à fait intéressants ; cette technologie se développe d'ailleurs de manière pirate (à Paris, notamment).

Les business models de ces deux technologies sont assez différents, le Wi-Fi étant quasiment gratuit et l'UMTS coûtant relativement cher. Qu'en est-il de la complémentarité et de la concurrence entre les deux technologies ?

- S'agissant du Wi-Fi et de la 3G, il faut savoir que dans les pays qui ont ouvert les deux technologies, c'est-à-dire le Japon et la Corée, chacune d'entre elles dispose d'une bonne part de marché, notamment du fait que les terminaux sont différents. Les terminaux 3G (petits terminaux pour jeunes) visent un secteur ludique, photographique et visiophonique. Les terminaux du Wi-Fi sont professionnels (PDA, PC).

- Le Wi-Fi est tout à fait complémentaire de la 3G ; il permet d'avoir du haut débit sur un certain nombre d'endroits, sans contraintes fortes de capacité (pour l'instant). Il s'agit de traiter très rapidement ces contraintes, de même que celles relatives à la sécurité. Avec l'optimisation du spectre, la 3G devrait apporter de grandes capacités sur de plus grandes zones géographiques. A ce jour, il est donc tout à fait possible d'envisager la Wi-Fi et la 3G comme tout à fait complémentaires, et devant lever des frustrations de natures différentes 6 .

Les terminaux d'accès

Au niveau du foyer également, les impératifs d'inter-fonctionnement de différents équipements et l'arrivée de gateways domestiques (télévision, set-up box, micro-ordinateurs, modems ADSL, etc.) permettront de rendre la maison plus communicante.

Les opérateurs auront de façon croissante un rôle d'intermédiation. Les technologies qui vont devenir critiques dans ce domaine sont les technologies de mise en relation, d'intermédiation et des Web services, qui permettront d'assembler plus rapidement - et si possible de manière ouverte - des services venant du monde entier, afin de créer de nouveaux portails ou de nouvelles suites de softwares de plus en plus complexes (par simple assemblage et invocation de services).

Microsoft explique qu'il croit à la continuité servicielle entre des espaces Wi-Fi et des espaces qui pour l'instant sont pour l'essentiel GPRS, avec le PDA comme terminal privilégié. Un ensemble de techniques tient à l'identification dans un monde mobile. Les technologies d'information sont en conséquence probablement critiques. Il est clair que l'identification, et par voie de conséquence le contrôle d'accès, sont des domaines où la France, avec son école de mathématiciens de haut niveau, est capable de prendre position. Se pose aussi le problème de faire coexister l'identification nécessaire et le respect de la vie privée. C'est là un enjeu technologique intéressant.

La mise à niveau du cour des réseaux

Dans le cour des réseaux, trois éléments pourraient devenir critiques :

- L'évolution vers le tout optique, un peu retardée ces derniers temps, mais qui devrait se poursuivre, d'abord par le brassage optique (multiplexage, et probablement un jour routage). A la clef de cette évolution se trouve la remise à plat des architectures de réseaux, à base de tout optique. L'ingénierie de ces réseaux va devenir critique. Plus généralement, avec l'évolution de l'ensemble des technologies à l'accès ou dans les réseaux, l'ingénierie ou la ré-ingénierie de ces réseaux permettra de faire des économies importantes.

- Le personne à personne (peer to peer), important en termes d'usage comme de technologie et d'implémentation pour un opérateur et les questions de sécurité qui lui sont liées, autour de l'accès (identification, authentification) et de la transmission des informations.

- L'IP lui-même (il faudra dans les années à venir implémenter la multiplication des adresses sur IPV6, trouver les bons chemins de migration, ce qui va constituer un enjeu important).

L'informatique

Au niveau de l'industrie de l'informatique, dans les années 60, quand on voulait offrir une nouvelle application de comptabilité ou autre, on développait l'application, c'est-à-dire :
- le système de gestion de base de données ;
- le système d'exploitation ;
- le langage de programmation ;
- les mémoires ;
- les processeurs ;
- des technologies de microélectronique.

L'industrie était totalement verticale. Résoudre un problème de compatibilité supposait de passer par de la microélectronique. Au fil du temps, il a été considéré qu'il était difficile d'assurer tous ces métiers, qui se sont spécialisés. L'industrie elle-même a vécu cette évolution ultrarapide, ce qui lui a donné beaucoup de souplesse et de mobilité. La valeur ajoutée est de plus en plus devenue logicielle.

La prééminence récente du logiciel

À la fin des années 90, a émergée la Toile. Internet a été conçu avec cette idée que le logiciel devait y jouer un rôle important. Le poids du logiciel dans le déploiement d'une nouvelle infrastructure de réseau est devenu essentiel, au point qu'aujourd'hui la presse considère que Microsoft et Nokia sont en compétition (notamment pour l'environnement logiciel des mobiles). On observe donc la fusion des problématiques respectives du logiciel et des télécommunications.

Trop souvent, les acteurs rechignent à parler de l'industrie logicielle. Pour prendre du recul, il faut essayer de comprendre où se situent les champs d'opportunité, où est la valeur ; or la valeur se situe vraiment dans le logiciel, qui remplit des fonctions essentielles dans la production des nouveaux produits et services, mais aussi dans celle des infrastructures de télécommunication, des systèmes d'information des entreprises et du déploiement d'Internet au sens large.

Développement et déploiement simultanés

Le Web est venu à ce point rapidement sur les PC de millions d'utilisateurs que la conception et la standardisation a quasiment été faite simultanément par les mêmes équipes. Développement et déploiement se font de manière simultanée. Dans l'industrie du logiciel, la période des cycles de production n'est pas la même qu'ailleurs. Au moment où un standard est développé, les acteurs développant les produits les intègrent déjà dans leurs préoccupations.

La compétitivité technologique de l'Europe

Une typologie des technologies peut être la suivante :
- les technologies commerciales, qui se renouvellent et ont leur vie propre uniquement de par des aspects commerciaux (certains aspects de la microélectronique correspondent à cette définition) ; - les technologies de leadership, qui permettent d'avoir un avantage compétitif certain et d'être toujours présent dans la compétition ;
- les technologies de souveraineté, qui sont essentielles à la notion d'indépendance.

La valeur ajoutée se trouve davantage dans les deux dernières catégories que dans la première.

Combler l'insuffisance de l'effort de R&D

En ce qui concerne la nécessité d'un effort de recherche français, on constate un changement assez important avec la réduction de recherche des opérateurs publics. Estimez-vous que l'initiative à l'origine des nouvelles technologies, lorsqu'elle n'est plus le fait de France Télécom R&D, doit relever des grands constructeurs, des start up, des universités ?

La stratégie de France Télécom a effectivement changé : le CNET n'a plus vocation à conduire l'industrie française vers son développement. L'ensemble des acteurs, en réseaux, se prend en charge et travaille ensemble sur les technologies critiques du futur, mais aussi identifie ensemble les nouveaux marchés, les nouveaux usages, de façon à ce que les Français s'emparent des nouvelles technologies en les utilisant, en les consommant le plus tôt possible. Or trop souvent encore, comme en attestent les développements d'Internet et des mobiles, les citoyens ne sont pas en avance sur la consommation de ces nouveaux services ; il est important d'en comprendre les causes.

La dualité civil/militaire peut être appréhendée de différentes façons. Deux approches relèvent d'une dualité a posteriori : on utilise dans le domaine civil des technologies qui ont été utilisées dans le domaine militaire, et inversement. Dans le contexte actuel de mondialisation et de compétition, on développe également des technologies duales a priori ; après identification de technologies tout à fait essentielles a échelle de cinq ans, voire plus, il s'agit, du côté civil comme du côté militaire, de s'attacher à chercher un set commun de spécifications, permettant de lancer le développement des technologies concernées, avant une différenciation ultérieure.

Assurer un encadrement juridique propice à l'innovation

La régulation n'est pas neutre en matière de technologies radio. L'impact du prix de la licence UMTS a été éclairant en la matière. S'agissant de la concurrence entre l'UMTS et l'RLan, se pose tout à fait le problème de la régulation. De fait, les RLan fonctionnent aujourd'hui correctement car ils ne sont pas utilisés par un nombre important de personnes. La fréquence qui a été attribuée à cette technologie est celle utilisée par les fours micro-ondes, les applications industrielles, etc., mais le jour où elle se développera de façon importante, où elle devra assurer un débit important, son prix augmentera (il faudra notamment trouver des fréquences dédiées, ce qui n'est pas gratuit). Il sera donc nécessaire de disposer d'une régulation en la matière.

- Dans le domaine du traitement de signal appliqué à la radio, on voit émerger, aux États-Unis notamment, des réflexions sur une gestion flexible du spectre, avec une différenciation non seulement en espace et en fréquence, mais aussi en temps (certains systèmes pouvant cohabiter sur les mêmes bandes de fréquence). Le cadre réglementaire en Europe met un certain temps à se développer en la matière. Ne faudrait-il pas réfléchir au rôle de la régulation en matière d'innovation et de développement des technologies ?

- L'optimisation de la gestion du spectre radio, avec tous les besoins croissants de mobilité, va constituer un sujet de plus en plus important. Il faut y travailler, quel que soit l'état des réglementations.

En matière de technologies critiques, il faut dans une certaine mesure faire abstraction des régulations actuelles. Souvent, les technologies et ce qu'elles permettent de faire percutent des régulations existantes, qu'il faut alors réévaluer.

Dans le monde des télécommunications, il a beaucoup été fait appel aux brevets ; le monde de l'audiovisuel est très sensible au copyright. Quand on invente une nouvelle industrie, il n'est pas évident que l'environnement législatif et réglementaire qui va convenir pour soutenir cette industrie soit exactement celui de mise au cours des années précédentes pour d'autres besoins.

TABLE RONDE n° 6

CONFIANCE ET USAGES : PERCEPTIONS ET RÉALITÉS

Présentation

Il est généralement admis que le manque de confiance, fut-il des consommateurs, des utilisateurs ou des vendeurs, est un frein au développement d'un certain nombre d'usages des technologies de l'information et de la communication.

  • Ce problème est-il ancré dans la réalité, la technologie, les comportements ou simplement dans les perceptions ? S'agit-il de la confiance dans l'Internet lui-même, dans la sécurité des échanges et des paiements ou dans le sérieux ou l'éthique des interlocuteurs commerciaux ou administratifs des utilisateurs ?

    Au tout début de l'e-commerce grand public, il s'est de fait avéré que la qualité de service était tellement déplorable que même si les systèmes de paiement avaient été totalement sûrs, la fuite des clients serait demeurée une réalité. Il faut en outre tenir compte de l'utilisation des données personnelles, du spam, etc.
  • S'agit-il de la confiance dans les dispositifs de confiance eux-mêmes ?

    Cette question concerne les backdoors, les labels et la capacité de ces derniers à faire respecter les chartes signées par les entreprises et à se faire connaître.

Dan un premier temps, deux questions se posent :

- L'éventuelle existence, dans les domaines qui sont les leurs, de vrais points de blocage, de vraies difficultés qu'il va falloir lever ;

- Et parmi les points de blocage identifié, la possibilité de mise en place d'une action collective, publique (en termes de recherche, de régulation, de sensibilisation, etc.).

Discussion

La sécurité des paiements

Si la sécurité ne peut suffire en soi à assurer le développement des usages, elle peut y contribuer, notamment si elle est garantie: si les commerçants utilisent de plus en plus la carte bancaire, c'est parce qu'elle leur garantit le paiement.

La sécurité d'un système dépend uniquement du niveau de sécurité son maillon le plus faible. Ainsi, avec les mêmes usagers, les mêmes porteurs de cartes et les mêmes émetteurs de cartes, le niveau de sécurité n'est pas toujours le même dans le cadre d'un paiement sur un terminal de différents pays. Thales produit par exemple des pin pad de niveaux de sécurité différents selon le pays. La société Visa a défini avec le laboratoire américain Infoward certaines méthodes pour évaluer par exemple le niveau de protection du code confidentiel dans les pin pad.

Il serait nécessaire, au moins au niveau européen, de définir, à travers les critères communs (identifiés par la norme 15-408), des profils de protection et des méthodes de sécurisation publics accessibles aux différents compétiteurs. Il faut aussi que les utilisateurs des terminaux de paiement acceptent de payer le léger surcoût garant de la sécurité.

Encourager le développement de la carte bancaire pourrait également avoir un effet notable sur le développement des transactions en lignes. Les transactions payées par carte bancaire ne représentent aujourd'hui que 7 % des transactions mondiales totales. D'un point de vue macroéconomique, c'est-à-dire au niveau de l'ensemble des acteurs, ce moyen de paiement est beaucoup moins coûteux que le chèque et la monnaie fiduciaire. Les actions en faveur de l'usage de la carte bancaire permettraient d'une part des gains de productivité et d'autre part auraient sans soute un effet notable sur le développement des transactions en ligne.

Au demeurant, avec la carte à puce et l'expertise dans le domaine des transactions électroniques, l'Europe a acquis une expertise technologique réelle dans le domaine de la sécurité et exiger un certain niveau de sécurité revient peut-être également à protéger une industrie.

La protection des données personnelles

Selon certains, la directive européenne sur la gestion des signatures électroniques est implémentée dans certains pays de façon incompatible avec tout retour possible sur investissement. Les exigences de ce projet présentent un niveau trop élevé à l'heure actuelle par rapport à ce qu'il est possible de faire pour pouvoir accompagner les acteurs du marché. Cette critique est d'autant plus réelle qu'en Asie, la plupart des gens, à tout le moins les industriels, ne se soucient pas des problématiques de gestion de la vie privée. Aux États-Unis, la protection de la vie privée se gère à titre personnel, et n'est en aucun cas déléguée à l'État.

Néanmoins, parce qu'il n'y a pas de loi générale Informatique et Liberté aux États-Unis, les autorités publiques de ce pays ont créé la COPA, loi de nature très restrictive concernant Internet et les jeunes. Quinze de ses États membres ont en outre édicté des législations très dures (beaucoup plus qu'en Europe) sur le spam. Une problématique " vie privée " a donc émergé dans la conscience des citoyens, et les États-Unis sont en train de réglementer ce qu'ils n'avaient pas coutume de réglementer.

La réflexion sur la biométrie relève de la même problématique. La Commission européenne a lancé et financé une initiative sur la biométrie, considérant que celle-ci était une technologie améliorant la vie privée. Si l'existence de toute base de signatures digitales centralisée et exportée pose un problème à la CNIL, l'enregistrement d'une telle signature sur une carte à puce ne semble pas problématique. Un travail important sur le sujet est publié sur le site de la CNIL.

En 2001, dans le cadre d'un programme Proxy, Thalès a développé un terminal biométrique avec match on card, c'est-à-dire avec un contrôle à l'intérieur de la carte, qui permet d'authentifier son porteur avant la signature (la carte n'est donc pas transmissible). La technologie utilisée faisait appel à un capteur barreau de silicium, qui ne garde pas l'empreinte du doigt. Les moyens mis en ouvre doivent donc satisfaire la CNIL en matière de biométrie toutefois la technologie est bien plus complexe à mettre en ouvre que celles basées sur un code confidentiel.

En juillet 2002, la CNIL a lancé une boîte à spam, destinée à recueillir les plaintes éventuelles des internautes. 350 000 messages ont été reçus en moins de 6 mois.

Le lien entre la confiance et la sécurité

Le mot sécurité en français ne recouvre pas les deux acceptions anglo-saxonnes de " security " et de " safety ".

- Le problème essentiel en matière de sécurité est celui de la réparation. Des failles de sécurité conduisent éventuellement à la production de dommages pour les consommateurs ou les offreurs. On peut par ailleurs être responsable sans être fautif.

- Or un nouveau problème va se poser avec les nouveaux systèmes, les technologies ambiantes et l'intelligence ambiante : celui de la sûreté. Le principe de précaution, associé à tout problème de sûreté, sera vraisemblablement l'une des problématiques majeures des années à venir.

La notion de confiance s'entend d'un dispositif social d'organisation permettant de faciliter le partage. La société de la connaissance est la société de la confiance. L'enjeu est en fait celui de la transparence, ce qui est d'une toute autre difficulté. En matière de confiance, la sécurité et la transparence sont les deux facteurs primordiaux. La transparence est bien le principe de base de la loi Informatique et Liberté. Il y aura confiance s'il y a transparence et que tous les acteurs jouent cette transparence.

La confiance se pose essentiellement par rapport à la nouveauté et par rapport à l'inconnu. En matière de transactions de vente à distance, les Français utilisent la Poste et communiquent leur numéro de carte bancaire par téléphone sans se poser de questions. En revanche, ils utilisent très difficilement les réseaux, les interfaces Internet, et encore plus difficilement les interfaces WAP. Le manque de confiance des utilisateurs relève essentiellement du fait que ceux ci ne retrouvent pas dans le monde virtuel les repères qui leurs semblent évident dans le monde réel.

Une confusion existe en matière de normes de sécurité sur Internet. Le grand public croit qu'il est possible d'attaquer une banque via Internet. Dans le domaine de la santé, les personnels envoient des fax sans arrières pensées et laissent traîner des papiers confidentiels. On envoie bien par la Poste des feuilles de Sécurité sociale écrites ; or il n'y a pas de fuites. Le problème de la sécurité est donc celui d'un consensus, et ne relève pas uniquement de la technique.

Le risque zéro n'existe pas ; la confiance est donc affaire de croyance, et d'abord en la capacité à réparer le dommage. Certains dommages peuvent être facilement et totalement réparés (par exemple par un remboursement). D'autres sont plus facilement réparables, tels que les atteintes à la vie privée. La mise en place des mécanismes de dédommagement, nécessite la résolution du problème de l'aléa moral, c'est-à-dire de comportement dévié d'une partie de la population (fraude à la réparation).

- La confiance dans les systèmes (informatiques, télématique, de paiement) relève avant tout d'une confiance dans ceux qui les exploitent. Cette confiance en l'autre s'entend d'abord d'une relation avec une institution.

- Dans certains secteurs d'activité, l'amélioration de la sécurité n'entraîne pas forcément l'amélioration de l'usage. Ainsi le développement de la sécurité routière n'a pas développé l'usage de la route. Le concept même de confiance en appelle à l'individu.

Un certain nombre d'études montrent que la segmentation de la population en matière de confiance renvoie à la segmentation des usages. L'hétérogénéité de la population est de manière très générale un facteur de faiblesse de la confiance. Les populations du Sud sont de ce fait moins confiantes que celles du Nord. En outre, le niveau d'éducation conditionne relativement le niveau de la confiance.

L'objectif de la confiance est le développement. La " confiance " est en fait le terme marketing désormais utilisé pour juger la sécurité. Pour faire accepter au grand public l'importance des enjeux de sécurité et qu'il soit prêt à payer pour une garantie de sécurité, une solution un peu extrême mais sûrement efficace serait de le confronter aux dégâts d'une défaillance sécuritaire grave. La démonstration par l'exemple est la plus efficiente.

Moyens d'action et conclusions

Si les navigateurs Internet sont assez compliqués ; les outils logiciels pour payer en ligne sont cependant relativement compréhensibles. Néanmoins une fois que le paiement en ligne effectué, l'interface devient totalement opaque et il est difficile de trouver un interlocuteur en cas de problème. Les vendeurs doivent avoir l'obligation de disposer d'un guichet, d'une interface reconnus.

La pédagogie

La première action relève de la pédagogie. Dans le décret du 17 juillet 1978, la CNIL a pour mission de conseiller les " personnes et organismes " et elle considère cette mission comme particulièrement importante. Avant même de développer des outils de filtrage, anti-spam, (outils qui sont à ce jour insuffisamment efficaces), un travail important de sensibilisation, de formation est nécessaire. Dans le domaine du spam, la CNIL a tenu une conférence de presse la semaine dernière, au cours de laquelle a été présenté un module explicatif en matières juridique et technique.

- Le consommateur a besoin de repères. La grande majorité des consommateurs n'a pas forcément la capacité d'absorber les évolutions technologiques. Un navigateur Web constitue un objet très complexe d'utilisation pour la majorité des citoyens.

- Le commerçant a lui besoin de vendre et de livrer, et surtout pas de s'occuper d'implémenter une solution de paiement parmi les 300 ou 400 actuellement existantes. Il a besoin de pouvoir garantir l'utilisation vis-à-vis de son client.

- L'opérateur de télécommunication ou l'industriel ont pour mission de transporter des informations et de créer des standards et des produits standards. Aujourd'hui, on demande plus au monde industriel de se mettre d'accord sur des standards que de créer de multiples forums, lesquels sont facteurs de confusion (même chez les professionnels).

- L'État est le dernier des acteurs à qui l'on demande d'intervenir, mais seulement en cas de dysfonctionnement. Par exemple, il serait aujourd'hui particulièrement dommageable de chercher à labelliser (au sens de la DGCCRF, c'est-à-dire faire de la certification) les moyens de paiement utilisés en ligne.

Beaucoup des propos qui ont été tenus jusqu'à présent ont fait appel aux termes " contrôle ", " autorité ", " régulation ", " droit ", " pénalité ", c'est-à-dire ceux que l'on peut trouver dans un commissariat de police. Ces termes s'opposent à la confiance. La pédagogie renvoie autant à la pédagogie du risque qu'à celle de la labellisation. Si le monde devient plus incertain qu'auparavant, il convient de le montrer.

Ce travail pédagogique doit donc se faire en direction, non seulement des personnes physiques, mais aussi des professionnels et des institutions.

- Par exemple, trop souvent les liste de diffusion continuent à faire apparaître toutes les adresses mail des destinataires.

- De même il semble important de rappeler aux professionnels que toute personne a, dans la vie privée, un droit d'opposition. L'article 27 de la loi " Informatique et Liberté " stipule l'obligation de l'information préalable de toute personne au sujet de laquelle des données sont collectées. Il existe en outre un droit d'accès à ces informations, et un droit de rectification de celles-ci, ainsi qu'un droit d'opposition de la personne ayant rétrocédé à des tiers. Ces obligations existaient déjà dans le monde réel.

La régulation

La loi pour l'économie numérique est en cours de discussion qui vise à transposer la directive européenne de 2000 sur le commerce électronique, qui va valider le principe du double clic pour les contrats. Cette même loi sur l'économie numérique transposera également la directive de 2002 sur le traitement des données à caractère personnel et la protection de la vie privée (c'est à ce titre qu'elle traitera des aspects de publipostage électronique).

La concertation des acteurs

Depuis trois ans, les concertations des autorités avec les commerçants en ligne, les associations de consommateurs et avec les opérateurs depuis un peu moins longtemps, se multiplient mais souvent dans des enceintes dédiées.

- Il est aussi important de créer des référentiels en matière de solutions de paiement. Par ailleurs, la confiance dans la monnaie est spécifique ; elle est tout à fait essentielle dans la régulation économique. On ne peut pas transposer tous les mécanismes qui doivent être mis en ouvre en ce qui concerne la confiance dans la monnaie dans les mécanismes visant à assurer la confiance dans les autres biens et services.

- Enfin, il semble important de pouvoir disposer, aux yeux du consommateur et des professionnels, d'une forme de labellisation qui soit le fruit de cette concertation et de ces référentiels. Labels et certifications sont certainement nécessaires. Le problème sera peut-être cependant qu'il y en aura trop, la confiance n'étant alors pas assurée non plus. Un travail de coordination doit être mené en la matière pour éviter la confusion.

En conclusion, il n'existe pas de demande pour des nouveaux dispositifs techniques ou réglementaires. Les efforts doivent surtout porter sur l'information et la sensibilisation. Il s'agirait également d'envisager la confiance sous un angle positif, c'est-à-dire de considérer qu'elle se construit dans la relation, et non sous un angle strictement défensif.

 

Notes :

1. Par services haut débit, on entend des services s'appuyant sur des technologies haut débit, à savoir principalement le DSL et ses variantes, le câble et la fibre optique. Les débits offerts sont généralement supérieurs à 256 kbps, bien qu'actuellement sur ces technologies haut débit (et principalement le DSL) se développent des offres avec des débits inférieurs (notamment 128 kpbs).

2. L'étude concerne 9 pays en particulier : l'Allemagne, la Belgique, la Corée du Sud (où, si le dégroupage ne l'est pas, le haut débit est très développé), le Danemark, les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni et la Suède.

3. Dans le domaine de l'information et de la communication, les autres RRIT sont : le RNRT (recherches en télécoms) ; le RNTL (technologies logicielles).

4. Capex : capital expenditure, fonds propres.

5. CLEC : Local Exchange Carrier.

6. En matière de technologie, la prospective porte sur l'identification des frustrations à venir des consommateurs. Le premier enseignement du Wi-Fi sous l'angle des usages est qu'à partir du moment où on a la possibilité d'avoir du haut débit sans fil à certains endroits, la frustration subséquente est celle liée à la consommation électrique (l'arrivée du sans fil, pour la communication, va probablement révéler ce type de frustration).

 

 
 
Accueil