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SYNTHÈSE de l'étude sur « La Recherche
& Développement en Sciences
et Technologies de l'Information dans les grands pays industriels »

(Canada,Corée du Sud, États-Unis, Japon, Union européenne dont Allemagne, Espagne, Finlande, France, Italie, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède)

- Analyse Statistique des Investissement
- Aspects Réglementaires et Fiscaux

Etude du GFII pour le CSTI, octobre 2003



SOMMAIRE


1 - Introduction

2 - En valeur absolue la R&D STIC des États-Unis représente plus de 2 fois celle de l'Europe et du Japon

3 - L'intensité de la R&D STIC est en Europe 3 fois moindre qu'au Japon et aux États-Unis en dépense par habitant, 2 fois moindre rapportée au PIB

4 - Le différentiel d'intensité en R&D STIC au détriment de l'Europe est plus marqué que le différentiel au niveau de la R&D dans son ensemble

5 - Le " décrochage européen " en matière de R&D STIC tend à s'accroître

6 - La R&D du domaine des STIC est la seule où l'Europe affiche un tel différentiel négatif avec les autres grandes économies

7 - L'insuffisante intensité de la R&D STIC des entreprises européennes dans leur ensemble est la variable explicative essentielle de ces différences

8 - L'érosion de la part relative de l'Europe et du Japon dans l'investissement mondial en R&D STIC ne se fait qu'au bénéfice des États-Unis

9 - Le volume exceptionnel de crédits publics de R&D STIC bénéficiant aux entreprises américaines est un facteur explicatif essentiel

10 - Crédits publics de R&D STIC : de meilleures performances européennes … mais qui ne modifient pas les constats de base

11 - L'effet levier des crédits publics de R&D STIC sur les financements privés est en Europe comparativement insuffisant, sauf en Finlande et en Suède

12 - Des typologies de R&D STIC très différentes au sein des douze pays étudiés

13 - Des politiques publiques de R&D STIC contrastées au sein des douze pays

14 - Des politiques publiques de R&D STIC contrastées quant au soutien à la R&D STIC des entreprises

15 - La dégradation forte de l'aide fiscale indirecte à la R&D des entreprises place la France à contrecourant des autres grands pays développés.

16 - Estimation de l'investissement en R&D STIC dans douze pays : principales hypothèses méthodologiques

 

1 - Introduction

La présente synthèse rassemble les principales données et conclusions de l'étude "Recherche et développement en sciences et technologies de l'information et de la communication (STIC) dans les grands pays industriels : analyse statistique des investissements, aspects réglementaires et fiscaux, indicateurs brevets", lancée par le CSTI en décembre 2002, sur la base d'un premier essai d'analyse comparative de l'investissement public et privé dans les pays développés dont les conclusions avaient été publiées en avril 2002. On se réfèrera au corps principal de l'étude (volume 2) et à ses annexes (volume 3) pour accéder à l'intégralité des résultats de cette étude.

Cette étude se fixait deux objectifs principaux :

1) disposer d'une estimation aussi à jour que possible des volumes et des tendances de l'investissement, tant public que privé, en R&D STIC dans 12 grands pays industrialisés (Etats-Unis, Canada, Japon, Corée, France, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Suède, Finlande, Espagne) ;

2) évaluer l'impact des mesures de soutien indirect prenant, par exemple, la forme de crédits d'impôt recherche. Au-delà de la simple mesure de ces financements indirects cette facette de l'étude visait à rendre compte du cadre fiscal et réglementaire et de son impact sur la R&D STIC. Sur ce point, l'effort a été limité à quatre pays - Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni et Allemagne.

Un troisième axe de l'étude, l'utilisation de la statistique brevets pour cerner l'"output" de l'investissement en R&D STIC en terme d'innovation industrielle, a démontré que la statistique brevet est dans cette perspective un indicateur assez pauvre, en raison de la relation complexe, non linéaire, entre effort de R&D et innovation industrielle protégée par le brevet. Les résultats décevants de cette partie " statistique brevets " ne sont pas synthétisés ici, mais figurent dans le corps de l'étude.

Comme toute étude statistique, les données et analyses présentées ici ne valent que si la méthodologie ayant présidé à l'élaboration des estimations est transparente et fiable : on se reportera à l'abrégé méthodologique accompagnant la présente synthèse, ou à la note méthodologique détaillée figurant dans l'étude elle-même, pour connaître les principales hypothèses sous-tendant les données présentées dans cette étude.

Quoi qu'il en soit de ses limites, ce rapport pose des questions qui méritent d'être approfondies. On n'en relèvera ici que quelques-unes :

- Quelles sont les conséquences à terme - conséquences économiques, géopolitiques et sociétales - de la prépondérance écrasante et croissante des Etats-Unis dans la R&D STIC ?

- L'Europe aujourd'hui distancée, alors que son potentiel humain la désigne comme une "grande puissance" virtuelle en matière de R&D STIC, peut-elle à l'échelon d'une économie continentale, intégrer ses efforts dispersés de R&D dans un projet industriel porteur, comme ont réussi à le faire des pays aussi différents que la Finlande et la Corée ?

- L'équilibre non-optimal constaté en Europe - et en France tout particulièrement - entre financements publics et financements privés est-il susceptible d'être amélioré et si oui au travers de quels leviers ?

Cette étude ne prétend pas répondre à ces questions, mais simplement les poser. Et les poser sur la base de diagnostics élaborés à partir des données qui rendent raisonnablement compte des ordres de grandeur et des tendances, dans un cadre comparatif international. Notre objectif serait atteint si cette étude stimulait le large débat qu'appellent ses conclusions, au delà des querelles de chiffres, mais en faisant des chiffres un apport essentiel à ce débat. On notera enfin que dans notre étude, les valeurs exprimées par une unité monétaire le sont en dollars PPA (à Parité de Pouvoir d'Achat). Il est en effet indispensable pour établir des comparaisons internationales de ne pas se référer à une unité en monnaie courante ($ ou €), mais de prendre en compte - au travers d'une approche en parité de pouvoir d'achat (PPA) - la force réelle d'une monnaie.

2 - En valeur absolue la R&D STIC des États-Unis représente plus de 2 fois celle de l'Europe et du Japon

En valeur absolue, le montant de l'investissement total en R&D STIC réalisé sur le territoire américain (51 milliards de $ en 1997, 70 milliards en 2003) est systématiquement plus du double de celui constaté en Europe des 15 (24 milliards de $ PPA en 1997, 28 milliards en 2003).
Entre 1997 et 2003, l'écart États- Unis/Europe a augmenté de plus de 50%.

3 - L'intensité de la R&D STIC est en Europe 3 fois moindre qu'au Japon et aux États-Unis en dépense par habitant, 2 fois moindre rapportée au PIB

Le Japon et les États-Unis dépensent environ 200 $ PPA par habitant en R&D STIC, contre 75 $ PPA environ en Europe des 15. De plus, alors que cette dépense pro capita a progressé aux États-Unis de 30% entre 1997 et 2003, elle n'a progressé que de 25% en Europe. Les mêmes constats sont vrais s'agissant du ratio R&D STIC rapporté au PIB mais cette fois le rapport est de 1 à 2 entre l'Europe et les deux autres grandes économies.

4 - Le différentiel d'intensité en R&D STIC au détriment de l'Europe est plus marqué que le différentiel au niveau de la R&D dans son ensemble

Le fossé entre États-Unis, Europe et Japon est nettement plus marqué s'agissant du différentiel relatif à la R&D STIC qu'il ne l'est pour la R&D dans son ensemble. Le différentiel d'intensité (mesuré en dépense par habitant) de la R&D est au niveau global de 1 à 2 en faveur des États-Unis, il est de 1 à 3 s'agissant spécifiquement de la R&D STIC. Le même constat, légèrement atténué, est vrai si l'on prend le Japon comme point de comparaison.

5 - Le " décrochage européen " en matière de R&D STIC tend à s'accroître

Le différentiel entre les volumes d'investissements en R&D STIC des États-Unis et ceux de l'Europe tend à s'accroître, passant en valeur absolue de - 27 à - 42 milliards de dollars. Alors qu'aux États-Unis et sur la période 1997/2001, ces crédits ont progressé de 37%, ils n'ont progressé que de 16 à 17% en Europe et au Japon. Mais on l'a vu, le Japon affiche déjà une intensité pro capita en R&D STIC très élevée.

6 - La R&D du domaine des STIC est la seule où l'Europe affiche un tel différentiel négatif avec les autres grandes économies

Dans aucun autre domaine de la R&D à finalité technologique on ne retrouve un tel différentiel négatif, alors même que les STIC sont des " technologies habilitantes " qui ont un impact direct sur les performances de tous les secteurs d'activité.
On remarquera de plus que sauf dans le domaine de l'aérospatial (en raison de sa composante militaire), cette hiérarchie de la " balance R&D " reflète assez fidèlement celle de la balance des échanges commerciaux.

7 - L'insuffisante intensité de la R&D STIC des entreprises européennes dans leur ensemble est la variable explicative essentielle de ces différences

La structure de l'investissement en R&D STIC est très semblable entre États-Unis et Europe, les crédits privés représentant environ 82% contre 18% pour les crédits publics. Au Japon, la part de ces derniers est encore plus faible. Mais derrière ces structures semblables se dissimule le fait que les entreprises européennes affichent une intensité en R&D STIC deux fois moindre qu'aux États-Unis et trois fois moindre qu'au Japon.

8 - L'érosion de la part relative de l'Europe et du Japon dans l'investissement mondial en R&D STIC ne se fait qu'au bénéfice des États-Unis

La dégradation de la part relative de l'Europe et du Japon dans l'investissement en R&D STIC mondial financé par les entreprises est du même ordre de grandeur (-2 points de perte de part relative). Ces 4 points se retrouvent intégralement dans l'augmentation de la part relative des entreprises américaines dans le financement de la R&D STIC.

9 - Le volume exceptionnel de crédits publics de R&D STIC bénéficiant aux entreprises américaines est un facteur explicatif essentiel

L'importance des crédits publics en R&D STIC, dont une large part relève des crédits défense dont bénéficient les entreprises américaines est un facteur explicatif important. Les crédits militaires ont toujours joué un rôle moteur dans les politiques de R&D aux États-Unis, particulièrement dans le domaine des STIC. Mais l'accentuation de ce phénomène est nettement marquée dans la période récente.

Cependant le fait que le Japon affiche des positions fortes (mais déclinantes) sans transferts massifs de crédits publics vers la R&D privée montre que le " modèle américain " n'est qu'un scénario parmi d'autres d'articulation privé/public lié aux impératifs de puissance militaire de ce pays.


10 - Crédits publics de R&D STIC : de meilleures performances européennes … mais qui ne modifient pas les constats de base

L'évolution des crédits publics affectés à la R&D STIC modifie la hiérarchie constatée au niveau des investissements globaux de R&D STIC. En raison de la faiblesse des crédits publics de recherche affectés à des technologies à finalité industrielle (hors spatial), le Japon passe ici nettement au 3ème rang. Mais l'Europe est largement supplantée, avec un écart sur les États-Unis qui s'accroît de 30% entre 1997 et 2003, tandis que l'avance sur le Japon se réduit de 16%.


11 - L'effet levier des crédits publics de R&D STIC sur les financements privés est en Europe comparativement insuffisant, sauf en Finlande et en Suède

Du point de vue des crédits publics alloués à la R&D STIC, le différentiel est moindre que ce que l'on constate au niveau des investissements privés : sur ce critère l'Europe fait deux fois mieux que le Japon et le différentiel avec les États-Unis n'est ici que de 1 à 2. Il existe une grande symétrie entre les niveaux d'investissement privé et public. Toutefois si l'on considère ce dernier comme un levier stimulant l'investissement privé, il faut constater qu'à 1 $ de crédit public correspond 10,5 $ d'investissement privé au Japon, 7,1 $ aux États-Unis et seulement 5,2 $ en Europe.
Ce qui est en cause dans le modèle européen, c'est donc bien le volume global de la R&D STIC mais aussi l'articulation des crédits publics avec le tissu industriel et sa productivité en termes d'innovations.

12 - Des typologies de R&D STIC très différentes au sein des douze pays étudiés

Les leaders absolus : il s'agit bien sûr du Japon et des États-Unis. Le premier affiche une part relative dans l'investissement mondial de R&D STIC de 50% environ, en augmentation de 1 point sur la période. Le Japon voit au contraire sa part relative décliner. Malgré des ordres de grandeur en valeur absolue plus faibles, la Corée se met en position de rejoindre le Japon. La Finlande a le même profil de " gagneur ", mais qui se traduit mal dans les parts relatives en raison de volumes limités en valeur absolue.

Un peloton hétérogène : il s'agit de tous les autres pays dont la part relative est inférieure à 10%. Leur profil n'est cependant pas homogène. Les grandes économies d'Europe continentale, (France, Allemagne) voient leur part relative s'éroder : en 7 ans, leurs volumes de R&D STIC n'ont progressé que de 4% (France) à 13% (Allemagne) alors que la moyenne sur les douze pays est de 35%.
D'autres pays (Royaume-Uni, Italie, Suède) font 20 points de mieux et s'alignent globalement sur la moyenne des 12 pays. L'Europe des 15 prise dans son ensemble fait beaucoup moins bien que ces quelques éléments dynamiques puisque la progression y est de 16% sur la période, 20 points de moins que la moyenne.

13 - Des politiques publiques de R&D STIC contrastées au sein des douze pays

Les crédits publics alloués à la R&D STIC progressent en moyenne de 41% sur la période 1997-2003 pour les douze pays étudiés, mais de 15% seulement au sein de l'Europe des 15. Certains de ces pays (dont la France, les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Europe dans son ensemble) affichent un net hiatus entre le relatif dynamisme de la R&D sur fonds publics et l'atonie de l'investissement privé, comme l'illustre l'indicateur ci-contre.

Les pays à valeur moyenne
En dehors des "volontaristes " (cf. ci-dessous), on note que seuls la France, l'Italie et le Japon se rapprochent de la moyenne des 12 pays (+41%) avec un écart de moins de 10 points.

Les retardataires
Tous les autres pays : Allemagne (+10%), Royaume-Uni (+12%), Pays-Bas (+18%) décrochent nettement par rapport à cette évolution moyenne des budgets publics de R&D STIC.

Différence pour chaque pays entre part relative mondiale au niveau de
l'investissement public en R&D STIC et part relative au niveau de l'investissement privé.

Un indicateur positif signifie une non adéquation (par excès) entre volume de R&D STIC publique et privée.

Etats-Unis
3,3%
Japon -6,3%
Corée du Sud -2,3%
Allemagne -0,5%
France 3,1%
Canada -1,6%
Royaume-Uni 1,4%
Italie 1,6%
Finlande -0,6%
Suède -0,6%
Pays-Bas 0,3%
Espagne 2,4%
Europe des 15 9,0%

Evolution en valeur indiciaire des crédits publics alloués
à la R&D STIC :

  1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003
Etats-Unis 100 102 108 110 115 132 144
Japon 100 97 104 109 122 126 131
Allemagne 100 99 103 107 111 109 110
France 100 101 102 122 141 136 139
Royaume-Uni 100 89 95 100 106 109 112
Italie 100 100 95 119 136 143 150
Canada 100 100 106 112 114 114 115
Corée 100 114 129 154 190 212 233
Pays-Bas 100 99 103 104 115 117 118
Espagne 100 145 149 174 250 263 289
Finlande 100 102 105 108 113 117 119
Suède 100 102 115 147 187 211 222
Total
100 101 107 113 122 133 141
Europe des 15 100 100 103 105 111 113 115

Les volontaristes : il s'agit des pays affichant, s'agissant de la progression des crédits publics alloués à la R&D STIC, une évolution supérieure à la moyenne des douze pays. On trouve dans ce groupe
restreint la Corée (+133%), la Suède (+122%), les États-Unis (+44%).

14 - Des politiques publiques de R&D STIC contrastées quant au soutien à la R&D STIC des entreprises

Le plus ou moins grand dynamisme des politiques publiques dans les financements de la R&D STIC se traduit aussi par le soutien des états à la R&D des entreprises. Si les valeurs absolues classent les États-Unis en tête de peloton - de très loin, puis la France, l'Allemagne et le Royaume Uni - les évolutions en valeur indiciaire divergent radicalement entre États-Unis, Corée, Finlande, Espagne et Royaume-Uni dont les crédits de R&D STIC bénéficiant aux entreprises progressent fortement, tous les autres pays - dont la France - voient leur soutien à la R&D privée rester stable ou décliner. Alors même que, dans certains cas, France et Canada par exemple, les crédits publics dans leur ensemble traduisaient une politique volontariste - mais qui a essentiellement bénéficié aux organismes publics de recherche.

Volume des crédits publics R&D STIC pour les entreprises

  1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003
Etats-Unis 5128 7364 7011 6628 6939 7959 8668
France 555 519 572 632 671 587 523
Allemagne 552 533 535 546 588 557 547
Royaume-Uni 303 330 405 440 463 475 488
Italie 239 210 215 252 303 249 244
Corée du Sud 218 237 318 461 490 510 510
Canada 146 137 120 158 175 127 124
Pays-Bas 79 73 73 72 73 74 72
Espagne 44 40 37 45 41 74 72
Finlande 38 49 63 74 75 70 71


Evolution en valeur indiciaire des crédits publics R&D STIC pour les entreprises

  1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003

Etats-Unis

100

144

137

129

135

155

169

France

100

94

103

114

121

106

94

Allemagne

100

97

97

99

107

101

99

Royaume-Uni

100

109

134

145

153

157

161

Italie

100

88

90

105

127

104

102

Corée du Sud

100

109

146

211

225

234

234

Canada

100

94

82

108

120

87

85

Pays-Bas

100

92

92

91

92

94

91

Espagne

100

91

84

102

93

168

164

Finlande

100

129

166

195

197

184

187

 

15 - La dégradation forte de l'aide fiscale indirecte à la R&D des entreprises place la France à contrecourant des autres grands pays développés.

Amplifiant les financements directs (publics et privés), les financements indirects, passant essentiellement par des mesures d'incitation fiscale, jouent un rôle significatif dans l'articulation entre crédits publics et crédits privés et sur les volumes de la R&D des entreprises. S'il n'existe dans aucun pays de mécanisme d'incitation fiscale à la R&D visant spécifiquement le secteur de la R&D STIC des entreprises, ce secteur est toujours le premier bénéficiaire de ces subventions budgétaires indirectes, représentant selon les pays entre 20 et 45% de la "dépense fiscale" induite par les mesures de fiscalité dérogatoire bénéficiant à la R&D.

Dans les pays à structure fédérale - Etats-Unis et Canada essentiellement - des incitations fiscales de niveau local viennent compléter les incitations fiscales fédérales. C'est ainsi qu'aux Etats-Unis, aux 753 millions de dollars de subvention fiscale fédérale s'ajoutent 489 millions de dollars de subvention fiscale des Etats. Au total et pour l'année 2000, la "dépense fiscale"américaine, locale et nationale en faveur de la R&D STIC représentait une aide indirecte de l'ordre de 1,24 milliards de dollars. Les subventions fiscales indirectes représentent en moyenne sur la période 1997/2000 un apport financier "caché" égal à 19% des financements fédéraux directs - déjà considérables - à cette R&D STIC des entreprises. Au Canada, la R&D STIC des entreprises, grâce à des mesures fiscales fédérales et provinciales parmi les plus incitatives du monde, a bénéficié en 2000 d'une "subvention fiscale" de 540 millions de dollars PPA en 2000, à comparer aux 153 millions de $ PPA environ de soutiens directs à la R&D STIC dont ont bénéficié les entreprises canadiennes la même année. Si les ordres de grandeur sont moins importants au Royaume-Uni et en Allemagne, on note dans ces pays comme aux Etats-Unis et au Canada une évolution positive des soutiens fiscaux à la R&D et à la R&D STIC en particulier.

En totale opposition avec cette tendance mondiale, on relève en France depuis 10 ans une détérioration très nette de l'incitation fiscale à la R&D, à cadre réglementaire constant, en raison d'une dégradation du nombre d'entreprises admises au bénéfice du crédit d'impôt recherche par rapport au nombre de postulants. Tous les indicateurs reflètent cette dégradation : nombre de bénéficiaires divisé par 2,6 ; montant global du "crédit d'impôt recherche divisé par 1,43. Cette dégradation de l'impact du levier fiscal est d'autant plus préoccupante qu'elle coïncide avec une nette diminution de la part des crédits publics directs dans la R&D des entreprises qui passe entre 1990 et 2000 de 19,8% à 9,9%, concomitance qu'on ne relève dans aucun autre pays. Parce qu'il est le premier bénéficiaire en France du mécanisme de l'incitation fiscale (27% du montant total du CIR), le secteur des STIC est aussi le premier touché par cette dégradation du soutien fiscal à la R&D.

16 - Estimation de l'investissement en R&D STIC dans douze pays : principales hypothèses méthodologiques

La constitution, à partir des séries statistiques sur la R&D de l'OCDE, seule référence statistique permettant des comparaisons internationales, mais qui n'est conçue que pour alimenter une réflexion "sectorielle", d'une base sur l'investissement en R&D STIC dans 12 pays pose des problèmes méthodologiques redoutables. Les données, présentées dans cette étude, sont en effet entièrement construites sur une série d'hypothèses à partir du socle statistique "généraliste" de l'OCDE. L'objectif de l'étude a été de réduire, grâce à l'affinement itératif de ces hypothèses, l'incertitude affectant les données : il semble qu'au terme de cet effort, l'incertitude résiduelle soit de l'ordre de 15% sur les grandeurs affichées. Ayant toutefois un impact de même sens et de même amplitude relative pour tous les pays traités, cette incertitude n'affecte cependant ni les hiérarchies entre pays, ni les tendances observées sur une période de 7 ans (1997-2003).

Un premier écueil méthodologique tient à la définition du secteur de STIC. Nous avons repris, s'agissant de la R&D STIC des entreprises, la seule définition internationale normalisée, arrêtée dans une série de travaux de l'OCDE, qui définit le secteur des STIC à partir de 5 codes d'activités empruntés à la classification internationale d'activité ISIC/CITI3 élaborée par l'ONU (Division: 30 - Fabrication de machines de bureau, de machines comptables et de matériels de traitement de l'information ; Division: 32 - Fabrication d'équipements et appareils de radio, télévision et communication ; Division: 33 - Fabrication d'instruments médicaux, de précision et d'optique et d'horlogerie ; Division: 72 - Activités informatiques et activités rattachées ; Division: 64 - Postes et télécommunications, groupe 642 - Télécommunications). Ces codes et leurs subdivisions sont loin de dessiner conceptuellement un périmètre qui épouserait fidèlement les contours du champ des STIC dans son ensemble tel qu'il se dessine aujourd'hui, et, par voie de conséquence, l'étendue de la R&D qui relève de ce champ. On peut cependant estimer que l'incertitude sur l'estimation de la R&D STIC des entreprises dérivant de ce périmètre non-optimal est comprise entre 5 et 10% au maximum.

L'autre écueil méthodologique majeure est la difficile "réconciliation" au sein d'un même cadre d'analyse des séries relatives à la dépense de R&D des entreprises, reconductibles à la nomenclature d'activités ci-dessus et des séries relatives aux financements publics qui ne sont aujourd'hui ventilés que par objectifs socio-économique larges (défense, environnement, énergie, etc.). En aucune façon, les séries statistiques nationales ou internationales disponibles aujourd'hui ne permettent de résoudre directement cette contradiction. La R&D STIC sur crédits budgétaires a été appréciée en faisant des hypothèses - calibrées grâce à l'étude de terrain et à un recoupage de sources - sur l'incidence de la R&D STIC au sein de trois de ces objectifs socio-économiques :

  • les crédits de R&D relevant de l'objectif " Défense " : selon les pays, la R&D STIC a été évaluée en choisissant une hypothèse d'incidence comprise entre 10 et 15% des crédits de cet objectif ;
  • les crédits relevant de l'objectif " Production et technologies industrielles " : l'incidence de la R&D STIC sur ce poste s'est située par hypothèse dans une fourchette 15%-30%, l'hypothèse retenue pour la plupart des pays étant de 20% ;
  • le Fonds général des universités (FGU). L'incidence de la R&D STIC sur ce poste s'est située par hypothèse dans une fourchette 4%-6%, l'hypothèse retenue pour la plupart étant de 4 %.
    L'incertitude résultant de ces hypothèses sur l'estimation de la R&D STIC sur crédits publics peut être estimée à 15% maximum.
  • Il faut enfin noter que l'agrégat DIRD (dépense intérieure de R&D) STIC est un chiffre "en exécution" intra-muros (c'est-à-dire dans le périmètre géographique national). Mais cet agrégat est construit comme somme de deux données qui sont, elles, des données "en financement" :

  • la "DIRD STIC financée par les entreprises et autres", qui regroupe les investissements en R&D exécutés sur le territoire national et financés soit par les entreprises privées nationales, par un apport de capitaux non-résidents pour la R&D des firmes étrangères, ou par les Institutions sans but lucratif. Ces dernières n'ont d'importance, et n'ont été estimées séparément, que pour les Etats- Unis;
  • la DIRD STIC sur fonds publics, qui regroupe aussi bien la R&D STIC civile que militaire.
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